SOUTIEN DE ETO’O A PAPY BIYA

SOUTIEN DE ETO’O A PAPY BIYA

  Une insulte à l’avenir

Dans 48 heures, les Camerounais sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président parmi les huit candidats en lice, dont le président  Paul Biya qui est candidat à sa propre succession, pour un septième mandat. Mais ce qui fait les choux gras de cette fin de campagne au pays des Lions indomptables, c’est le soutien affiché de l’ancien goleador du Onze national, Samuel Eto’o fils, à Papy Biya, le « candidat président », un « leader rassembleur » pour qui il a dit qu’il votera, tout en invitant ses fans à en faire autant. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux où la star nationale du ballon rond essuie toutes sortes de critiques, certains le traitant de « traître » au moment où d’autres poussaient le bouchon jusqu’à contester sa nationalité camerounaise.

Une sortie inopportune et regrettable

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ex-capitaine des Lions indomptables a créé un buzz qui est loin de lui être favorable. Mais il y a lieu de dire qu’en tant que citoyen, c’est son droit le plus absolu d’exprimer ouvertement son soutien au candidat de son choix. Mais qu’elles qu’en soient les raisons, de par sa posture d’icône nationale et internationale, l’on peut comprendre la déception de ses compatriotes qui vivent cela comme une trahison.

En tout cas, s’il n’avait pas pris toute la mesure de l’exemple et de l’espoir qu’il incarnait pour ses compatriotes, il est à présent édifié à travers cette sortie qui apparaît d’ores et déjà comme inopportune et bien regrettable. Et pour cause. Primo, ce soutien affiché de l’ex-attaquant de l’équipe nationale qui a aussi roulé sa bosse en Europe et brillé dans des championnats aussi relevés que ceux d’Espagne, d’Angleterre ou d’Italie, n’était pas indispensable à Paul Biya pour gagner cette présidentielle qui lui tend déjà les bras car, entre lui et ses challengers, il n’y a  véritablement pas match. Secundo, devenu une icône mondiale,  Samuel Eto’o, à l’instar des autres grandes stars planétaires, ne s’appartient plus vraiment à lui seul. Il appartient à sa famille, à son pays, à son continent voire au-delà.  A ce titre, il doit faire beaucoup attention. Et dans le cas d’espèce, en raison de l’image fédératrice qu’il est censé incarner, il aurait pu garder le secret de ses intentions de vote d’autant que cela n’allait pas changer fondamentalement la donne pour son candidat. Car, même sans battre campagne, l’on ne voit pas comment Paul Biya pourrait perdre le fauteuil présidentiel sous lequel il a longtemps poussé des racines. Et cela aurait eu l’avantage de préserver au joueur, l’estime de ses nombreux fans, quel que soit leur bord politique.

Tertio, le contexte de l’heure, il faut bien se le dire, se prête peu à de telles sorties. En effet, au moment où la jeunesse africaine est engagée, un peu partout sur le continent, dans la lutte pour l’alternance, l’on peut s’étonner que du haut de ses trente-sept ans, Samuel Eto’o appelle à voter pour le presqu’octogénaire président qui, usé par plus de trois décennies de règne, continue d’afficher une insatiété du pouvoir à nulle autre pareille. L’on peut d’autant plus s’en étonner que le même Eto’o

avait encouragé son compatriote Issa Hayatou à ne plus briguer la présidence de la CAF en raison de son âge avancé et de sa longévité à ce poste qui a finalement échu à un plus jeune, le Malgache Ahmad Ahmad.

En appelant à voter pour le Papy, Eto’o a craché sur l’alternance

Si ce n’est donc pas une insulte à l’avenir, cela y ressemble fort. D’autant plus qu’après une telle longévité au pouvoir, Paul Biya ne peut visiblement plus rien apporter au Cameroun. Pire, non seulement ses compatriotes ont de nombreux griefs contre sa gouvernance, mais aussi, au vu de la poussée de fièvre qui agite les régions anglophones, l’on est porté à croire que la stabilité dont il se prévaut n’est qu’un leurre et que son pays présente aujourd’hui les caractéristiques d’un volcan qui peut entrer en éruption à tout moment. C’est pourquoi, en appelant à voter pour le Papy, l’on peut dire que Samuel Eto’o a craché sur l’alternance qui est le principal souci de la  jeunesse d’aujourd’hui,  qui ne veut plus se laisser diriger par des dinosaures qui ont fini de faire leurs preuves et qui ne rêvent maintenant que de pouvoir à vie. De ce point de vue, il se met du mauvais côté de l’histoire et c’est son image de jeune même qui s’en trouve écornée. Car, la jeunesse a pour vocation de se tourner vers l’avenir. En tout cas, sa posture jure avec celle d’un Boby Wine, grande star de la musique ougandaise, qui a choisi de mener le combat du peuple pour l’alternance et contre la dictature de Yoweri Museveni, un autre vieux caïman de la mare politique africaine qui ne s’imagine pas une vie en dehors du pouvoir. Mais peut-être tout cela procède-t-il d’une logique dont Eto’o seul a le secret, étant entendu que l’homme a plusieurs cordes à son arc. Entre autres, il est opérateur économique dans son pays où il a de grands investissements, et certaines sources qui croyaient savoir qu’il serait candidat à la présente présidentielle jusqu’à ce qu’il se fende d’un démenti formel, lui prêtent des ambitions politiques. Ceci expliquerait-il cela ? L’histoire le dira. En attendant, vu l’aura qui est la sienne et l’émoi que cette déclaration a créée dans son pays, le jeune prodige camerounais gagnerait à prendre toute la mesure des attentes de ses compatriotes à son égard en remuant désormais au moins 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Cela pourrait lui éviter bien des désagréments. De ce qui précède, comment ne pas se prendre par exemple  d’admiration pour un Didier Drogba qui, au plus fort de la crise ivoirienne, a plutôt fait de l’union des fils et des filles de son pays, son cheval de bataille, alors qu’il aurait pu simplement prendre le parti de son « parent » Gbagbo qui était au pouvoir ? En tout état de cause, Eto’o devait se rappeler le sort de Mezut özil, cet international allemand contraint de renoncer au maillot de la Mannschaft, parce qu’une grande partie de l’opinion publique ne lui pardonnait pas de s’être affiché aux côtés d’un dictateur de la trempe de Receip Tayyip Erdogan. Il faut savoir parfois tirer leçon de l’Histoire. C’est aussi cela la marque des grands hommes.

« Le Pays » 

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