SUPPRESSION DE VISA AU BENIN : Quand Talon emboîte le pas à Kagamé

SUPPRESSION DE VISA AU BENIN :  Quand Talon emboîte le pas à Kagamé

C’était dans l’air du temps, c’est désormais officiel. Le président béninois, Patrice Talon, a acté, le 10 février 2017, sa promesse de supprimer le visa court séjour  (moins de 90 jours) pour les citoyens de 30 pays africains non membres de la  Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision, pour le moins panafricaniste, fait suite à sa visite, en août 2016, chez son homologue rwandais, Paul Kagamé qui, lui, a décidé d’exempter de visas les ressortissants d’un certain nombre de pays du continent africain depuis le 1er janvier 2013. Un panache, disons-le, qui rompt avec cette pratique de l’art de l’esquive de nombre de chefs d’Etat africains face aux questions de l’intégration africaine dont un des piliers est la libre circulation des personnes. Près de 60 ans après les indépendances, l’intégration reste encore au stade embryonnaire. Cela s’explique essentiellement par le fait que les Etats soumettent l’accès à leurs frontières à des conditions tellement rigides pouvant porter atteinte à la dignité humaine. Quid des tracasseries policières lorsqu’on se déplace d’un pays voisin à un autre ? En posant cet acte grandeur nature, le président Talon fait honneur à son homologue Kagamé qui ne cesse d’étonner le monde à travers sa façon de gouverner qui est aux antipodes de celle de bien de dirigeants qui en font toujours dans l’assistanat.

Il faut tirer son chapeau au premier citoyen béninois

On ne le dira jamais assez, l’Afrique a mal à la libre circulation de ses propres ressortissants. C’est d’ailleurs l’un des continents où les critères d’obtention de visa sont les plus draconiens. Alors que de la CEDEAO à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) en passant par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le discours sur la libre circulation des personnes est toujours au stade de la théorie. Autrement dit, la flamme communautaire que promeuvent les textes n’a jamais été une réalité. Ce qui est plutôt une réalité, c’est qu’il est beaucoup plus aisé pour un ressortissant de l’Occident de faire le tour du continent avec moins de tracasseries administratives qu’un Africain de l’Ouest de se rendre au Nord voire dans un pays voisin. Toute chose qui a des retombées négatives sur le développement économique du continent. Soit dit en passant, en un mot comme en mille, il faut tirer son chapeau au premier citoyen béninois qui par cette décision d’exemption de visa a emboîté le pas à Paul Kagamé. Et vivement qu’il puisse transmettre le flambeau à un autre chef d’Etat africain d’ici peu. Et par petites touches, il pourrait avoir un effet de boule de neige.

Drissa Traoré

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