SYSTEME DE REMUNERATION DES AGENTS PUBLICS DE L’ETAT

 SYSTEME DE REMUNERATION DES AGENTS PUBLICS DE L’ETAT

On n’a fait que déplacer le problème

Le Burkina Faso, depuis l’insurrection populaire qui a balayé le régime de Blaise Compaoré, peut revendiquer la palme d’or en matière d’ébullition du front social. En effet, chaque corporation, à qui mieux mieux, est montée au créneau depuis ce temps, pour revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail. Ainsi, des catégories de fonctionnaires se sont vu attribuer la part du lion, alors que la portion congrue a été réservée à d’autres. Légitimement, ces dernières s’estimant lésées par la République, ont jugé inopportun de ne pas baisser la garde, tant que les disparités ne seront pas revisitées dans un souci d’équité. Et personne ne peut leur jeter la pierre pour cela. Pour apporter des éléments de réponses à ces préoccupations dans l’espoir d’apaiser le front social, le gouvernement a initié une conférence des Forces vives de la Nation, sur le système de rémunération des agents publics de l’Etat. Cette rencontre a été sanctionnée par de grandes conclusions.
L’on retiendra, d’abord, entre autres, que les acquis salariaux seront maintenus. Ensuite, l’on peut noter que 80% des fonctionnaires verront leur traitement salarial revu à la hausse. Enfin, l’on peut signaler que des recommandations ont été faites, dans le sens de la réduction des avantages concédés aux autorités.
L’on peut déjà saluer l’initiative du gouvernement d’associer les Forces vives de la Nation à la réflexion et à l’ébauche de solutions au problème posé. Mais dans le même temps, l’on peut regretter l’absence de certains syndicats. L’on peut d’autant plus regretter leur absence que ces syndicats sont, de notre point de vue, représentatifs du monde des travailleurs. A contrario, certains syndicats qui ont pris part à la conférence, peuvent réunir l’ensemble de leurs militants dans une cabine téléphonique.

Le pays a besoin que les choses s’apaisent

A cette conférence, l’épineuse question des fonds communs est revenue sur la table. Il a été décidé d’en garder le principe. Ainsi, les fonds seront calculés désormais sur la base des pénalités et des amendes Et cela n’est pas une innovation, puisqu’à l’origine des fonds communs, c’est cette logique qui avait été retenue. Seulement, entretemps, les choses ont dérapé au point que les fonds communs ont pris, au fil des ans, des proportions susceptibles de remettre en cause la soutenabilité du budget. Et le fait de revenir à l’origine des choses peut réparer cette dérive. Mais dans le même temps, l’on peut craindre un durcissement des pénalités et des amendes. Et ceux qui paieront un lourd tribut à cela, sont incontestablement les pauvres contribuables, eux qui déjà tirent le diable par la queue. Les entreprises dont la plupart peinent à s’acquitter de leurs impôts et taxes, du fait parfois, il faut le dire, que l’Etat rechigne à leur verser leur dû, risquent de ne pas survivre à une tolérance zéro vis-à-vis des pénalités et autres amendes. L’on n’a donc fait que déplacer le problème. Tout sera fait, peut-on dire, par les agents pour compenser le manque à gagner. Cela dit, de manière générale, l’on peut craindre que bien des conclusions issues de la conférence nationale des Forces vives sur le système de rémunération des agents publics de l’Etat, restent à l’état de bonnes intentions. L’on peut notamment évoquer la hausse des salaires de l’écrasante majorité des effectifs de la Fonction publique. La diversion et la démagogie étant les deux choses les mieux partagées des régimes qui se sont succédé à la tête du Burkina depuis pratiquement son accession à l’indépendance en 1960.
Même dans l’hypothèse où l’Etat remplirait sa part d’engagement, l’on peut se demander si l’on sortirait pour autant de l’auberge. Car, au moment même où la conférence refermait ses portes, le pays enregistrait la naissance d’un nouveau syndicat. Et ses premiers vagissements laissent supposer qu’il ne fera aucun cadeau au gouvernement. L’autre fait qui indique que le front social ne va pas s’apaiser de sitôt, est l’absence de la toute puissante Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGTB) à la conférence. Cela n’augure rien de bon. Et pourtant, le pays a actuellement besoin que les choses s’apaisent. Autrement, l’on prend le risque de foncer droit dans le mur. Déjà, les investisseurs et autres bailleurs de fonds ont des raisons de redouter la destination Burkina. Et tout cela n’est pas une bonne publicité pour notre maison commune.

Sidzabda

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