TGI DE BANFORA : Une affaire de vol d’or qui fait grincer des dents

TGI  DE BANFORA  :   Une affaire de vol d’or qui fait grincer des dents

 

C’est une affaire qui alimente les débats dans la cité du paysan noir. Un employé qui a volé deux kilogrammes d’or à son patron et qui a été rattrapé par la police de Nouna. Les faits remontent à septembre 2017. Et pour la troisième comparution ce 20 février 2018, le dossier a été renvoyé au 10 avril prochain, si fait que la victime commence à se poser des questions. Pour elle, le prévenu et ses complices bénéficient de la clémence du TGI de Banfora.

 

Le mardi 20 février 2018, Aboubakary Ganamé et trois de ses complices ont comparu devant le TGI de Banfora pour vol et complicité de vol. C’est la troisième fois que l’affaire passe devant le tribunal. Ils sont accusés d’avoir volé à Salif Banda un peu plus de 2 kg d’or, une moto de marque Yamaha 135, une balance électronique d’une valeur de 700 000 F CFA et des numéraires se chiffrant à  250 000 F CFA. La dernière fois qu’ils étaient face au juge, la procédure a été interrompue et renvoyée au 20 février 2018. Le juge s’est longuement expliqué en disant que c’est l’aspect civil de la procédure qui posait problème et non celui pénal, car la victime, Salif Banda, n’arrive pas à donner la preuve qu’il s’agit de 2 kilogrammes d’or pendant que le principal prévenu, Ganamé Aboubakary, soutient qu’il s’agit seulement de 800 grammes. En effet, lorsque les débats ont commencé, il y a eu des dissensions autour de la quantité d’or volée. Le prévenu Ganamé soutient mordicus qu’il reconnaît

avoir dérobé un lingot de 500 grammes et 300 grammes d’or en poudre. Il ne reconnaît donc pas avoir subtilisé 2 kg d’or. Cette divergence a amené le président du tribunal à suspendre l’audience. A la reprise après environ une quinzaine de minutes, le juge répète à Salif Banda que la seule photo de l’or versée au dossier ne peut pas faire office de preuve. « De nos jours, avec l’évolution de la technologie, on peut faire beaucoup de choses », a lancé le juge pour ensuite lui signifier que s’il doit aller plus loin, il risque de condamner le prévenu au-delà ou en deçà de sa peine. A cet instant, Me Amedée Guillaume Yéré qui vient juste de se constituer conseil de Salif Banda, demande et obtient le renvoi du dossier au 10 avril 2018, provoquant quelques murmures de réprobation de son client qui estime que cette affaire a assez traîné entre les mains des juges. « C’est mon or. C’est moi qui l’ai acheté. De plus, j’ai 5 employés comme Ganamé Aboubakary. Pourquoi vais-je mentir sur lui si la quantité d’or qu’il a volée n’atteignait pas ce que j’ai déclaré. En tout cas, j’avoue que je ne suis pas satisfait de la conduite de l’affaire par les juges », a-t-il martelé avant de quitter la barre.

« Le tribunal veut le condamner sur des bases objectives »

 

Pour son conseil, Me Amédée Guillaume Yéré, c’est seulement l’aspect civil du jugement qui pose problème et il faut se donner le temps pour obtenir un bon jugement. « Le problème du tribunal, c’est seulement la quantité d’or volé. Pour le prévenu, il s’agit de 800 grammes d’or alors que la partie civile soutient ce sont 2 kilogrammes et quelques centigrammes qui lui ont été volés. Donc aujourd’hui, le tribunal a des problèmes pour statuer. Si c’est le vol, cette infraction est constituée. Maintenant, à combien faut-il condamner le prévenu ? C’est ce problème qui se pose et le tribunal veut le condamner sur des bases objectives. Lors des audiences passées, alors que nous n’étions pas encore constitués, des quantités ont été déclarées par la victime et reconnues par les prévenus », précise l’avocat. Une fois hors de la salle d’audience, Salif Banda nous confie que le principal mis en cause, Ganamé Wendpouiré Aboubakary, lui a été recommandé par l’aîné de celui-ci qui était lui-aussi dans l’achat et la vente d’or, mais qui a abandonné parce qu’ayant rencontré des difficultés.

Mamoudou TRAORE (Correspondant)

Les faits selon la victime

 

« Ils m’ont amené à me déplacer à Diébougou pour voler mon or après moi », (Salif Banda)

 

« Au nom de la confiance, Aboubakary jouait les premiers rôles quand j’étais absent. Lorsque je devais m’absenter pour un temps, je lui laissais les clefs du coffre-fort plus quelques numéraires afin qu’il puisse acheter l’or chez mes fournisseurs en attendant que je revienne. Nous avons cheminé ainsi pendant quelques 3 années et lorsqu’il voulait se rendre au village, je lui ai acheté une moto Yamaha 135 à 1 300 000 F CFA assortie d’une enveloppe de 200 000 F CFA. Entre-temps, Aboubakary a estimé qu’il pouvait lui-même acheter l’or sur les sites d’orpaillage et me le revendre. Pour cela, j’ai mis à sa disposition un premier montant d’1 million de F CFA qu’il a jugé insuffisant par la suite. J’ai alors ajouté un autre million de F CFA pour en faire deux. Mais tout cet argent a été dilapidé par lui. Malgré cela, je l’ai accepté à la demande de son papa qui est allé plaider auprès du mien au village. On a donc rétabli la collaboration. Un jour, au cours du mois de septembre 2017, je reçois un coup de fil me demandant de me rendre à Diébougou. Mon correspondant disait qu’il avait de l’or à me vendre. Après un moment d’hésitation, je me rends à Diébougou. Arrivé vers 19 heures, j’ai attendu jusqu’à 22 heures au lieu du rendez-vous sans apercevoir celui qui m’a appelé. C’est ainsi que j’ai commencé à me faire des inquiétudes. Le lendemain, j’ai rebroussé chemin sur Banfora. Une fois à la maison, j’ai demandé à voir Aboubacary. Mes épouses m’ont fait savoir que la veille, c’est-à-dire le jour où je me suis rendu à Diébougou, il leur a demandé d’aller chercher des feuilles au marché pour lui préparer du « Gonré ». A leur retour, point de trace d’Aboubakary. Il s’était volatilisé avec la moto 135 d’une de mes épouses plus les 2 kilogrammes d’or que j’avais gardés dans le plafond de ma chambre, en plus des numéraires d’environ 250 000 F CFA. Suite à la déclaration que j’ai faite à la gendarmerie et à la police, Aboubakary a été intercepté à Nouna en possession de la moto et d’une somme de plus de 6 millions de F CFA sur lui. Ses acolytes, notamment Ouarma Mady, l’auteur du coup de fil qui m’a amené à me déplacer sur Diébougou de même que deux autres personnes, ont tous été arrêtés. Chez ses parents au village, les perquisitions ont permis de trouver de fortes sommes qui m’ont été reversées. Lors de la précédente audience, tous les quatre prévenus avaient reconnu les faits. Je ne sais pas pourquoi aujourd’hui, ils se rétractent et ne reconnaissent plus la quantité d’or volée. »

 

M.T

  

 

 

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