TRANSFEREMENT DE « RAMBO » A LA CPI

TRANSFEREMENT DE « RAMBO » A LA CPI

Continuer le ménage jusqu’au bout

C’est en début d’après-midi du samedi 17 novembre dernier, que Alfred Yekatom, alias Rambo, a embarqué dans l’avion affrété par la Cour pénale internationale (CPI) pour La Haye afin de répondre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité qu’il aurait commis en République Centrafricaine (RCA), entre décembre 2013 et août 2014. Cet ancien chef de la milice antibalaka, élu député à la faveur des législatives de 2016, avait été arrêté quelques jours plus tôt, le 29 octobre précisément, après avoir ouvert le feu sur un autre député à l’intérieur même de l’hémicycle, au moment où les parlementaires s’apprêtaient à élire Laurent Ngon Baba comme président, en remplacement de Karim Meckassoua, destitué trois jours plus tôt. Ce coup de sang, l’ancien chef de milice le regrettera amèrement sans doute, puisqu’il va précipiter la levée de son immunité parlementaire et son extradition vers la CPI où l’attend de pied, ou plutôt de main ferme, la procureure de ladite Cour, la Gambienne Fatou Bensouda.

En tout état de cause, Rambo est plus à condamner qu’à plaindre, quand on sait qu’il est reproché à cet ex-caporal-chef des forces armées centrafricaines, des crimes les plus abominables dans la capitale Bangui et dans le Sud du pays, sans oublier les recrutements d’enfants soldats dont il va devoir répondre, au nom de la responsabilité du chef. Pour répondre devant une juridiction indépendante, de ces lourdes charges, les victimes et les défenseurs des droits de l’Homme avaient les yeux rivés sur la CPI, car les cours et tribunaux nationaux dans un pays en lambeaux comme la Centrafrique, sont dans l’impossibilité d’ouvrir ne serait-ce qu’une information judiciaire sur les actes criminels ou même délictueux, a fortiori dire le droit dans des dossiers impliquant les principaux responsables du délitement de l’Etat.

C’est le meilleur cadeau de fin d’année

Et la condamnation par la Cour criminelle de Bangui, d’un autre chef milicien des antibalaka du nom de Rodrigue Ngaîbona alias « Général Andjilo », en janvier 2018, à des travaux forcés à perpétuité, peut être considérée justement comme l’exception qui confirme la règle, puisque dans le même temps, d’autres acteurs du chaos centrafricain et non des moindres comme Patrice Edouard Ngaïssona, Ali Darass ou Nourredine Adam, se la coulent douce sur le sol qu’ils ont contribué à souiller de la RCA. Ces cas d’impunité institutionnalisée sont d’autant plus révoltants que les autorités actuelles du pays semblent justifier le fait par le manque de moyens des juridictions et le peu de places dont disposent les prisons qui sont déjà engorgées par des détenus de droit commun.

En vérité, en faisant le choix de ne pas juger prioritairement les présumés auteurs des atrocités et des crimes intercommunautaires qui ont déchiqueté le tissu social, ces dix dernières années, au pays de Barthélemy Boganda, le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra a préféré laisser le temps au temps en sacrifiant la justice sur l’autel de la réconciliation nationale, tout en oubliant malheureusement que les cœurs et les différentes meurtrissures de toutes les victimes ne seront apaisés que lorsque justice leur sera rendue. Les stratégies « court-termistes » qui consistent à accorder une amnistie totale aux délinquants de la pire espèce du camp des antibalaka comme de celui de la Séléka, ne feront que susciter des vocations criminelles chez les apprentis-sorciers qui sont aujourd’hui partout en RCA, avec le risque énorme d’entrebâiller largement les portes de l’enfer pour tous les Centrafricains.

Il y a moins d’une semaine, Ali Darass qui espère être lavé de tous les torts qu’il avait précédemment faits à son propre pays, n’a pas hésité à envoyer les monstres qu’il a lui-même fabriqués prendre pour cible l’Evêché d’Alindao, au centre du pays, faisant une quarantaine de personnes tuées parmi lesquelles figurent deux prêtres, dont le vicaire général du diocèse de la ville. Il ne serait pas étonnant d’assister, dans les jours à venir, à des actions de représailles de la part des antibalaka considérés à tort ou à raison comme une milice chrétienne, contre des musulmans supposés être du côté des auteurs de l’attaque meurtrière de l’Eglise d’Alindao. Au total, l’intrusion du politique dans les palais de justice, pour éviter la reddition des comptes et sauver ainsi les fossoyeurs de la paix en RCA, n’est pas de nature à sortir ce pays de la crise endémique dans laquelle il est empêtré depuis des lustres . Et c’est pour cela que le transfèrement du premier chef milicien vers la CPI qui, espérons-le, en appellera d’autres, est une lueur d’espoir pour toutes les victimes et ayants droit de cette guerre de rapines qui ne dit pas son nom, mais qui est à la fois absurde et meurtrière. En appuyant aussi facilement sur la gâchette le 29 octobre dernier dans un lieu aussi symbolique que l’Assemblée nationale, Alfred Yekatom a simplifié la tâche aux députés qui ont été outrés par cet acte de délinquance, de s’appuyer sur le délit de flagrance pour lever son immunité et de le remettre fissa fissa à la CPI pour qu’il réponde des malheurs qu’il aurait fait subir à ses compatriotes depuis 2013. C’est probablement le meilleur cadeau de fin d’année que les députés centrafricains et Fatou Bensouda puissent offrir aux victimes innocentes de ce sanguinaire de député. Mais il faudra que la CPI continue le ménage jusqu’au bout afin de mettre fin au gangstérisme économique et aux tueries de masse perpétrées par des chefs de bande évidemment sans foi ni loi.

Hamadou GADIAGA

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