VIOLENCES POST-ELECTORALES EN GUINEE : Quand compilation des résultats rime avec décompte macabre

VIOLENCES  POST-ELECTORALES EN GUINEE : Quand compilation des résultats rime avec décompte macabre

Attendues depuis 13 ans, les élections générales en Guinée ont finalement eu lieu le 4 février dernier. Depuis lors, les Guinéens sont dans l’attente des résultats, mais dans un climat sociopolitique plutôt tendu, en raison des accusations de fraudes lors du scrutin. Et pendant que la Commission électorale nationale indépendante s’active dans la compilation des résultats, c’est à un véritable décompte macabre que l’on assiste dans la rue où des violences meurtrières sont signalées ça et là. Ainsi, le 6 février dernier, soit deux jours après le vote, sept morts dont cinq enfants étaient enregistrés à la suite de heurts post-électoraux dans les localités de Kindia,  Conakry et Kalinko. Si dans la capitale guinéenne, un étudiant est mort par balle, à Kalinko dans le Centre, ce sont cinq nourrissons  qui ont péri dans les flammes d’un incendie volontaire suite aux violences qui avaient éclaté pendant qu’à Kindia, dans l’Ouest du pays, un autre Guinéen perdait la vie lors d’une opération de sécurisation d’un centre de comptage de votes. Une semaine plus tard, deux jeunes étaient tués dans des heurts avec les forces de l’ordre, dans les rues de la capitale.

Les vieux démons se sont encore brusquement réveillés

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Guinée, une fois de plus, est en train de renvoyer une image négative au reste du monde, à la suite de consultations populaires. Toutes proportions gardées, l’on croirait que ce pays est frappé par une sorte de malédiction où à chaque consultation électorale, il faut verser le sang d’innocents citoyens dans une sorte de rite sacrificiel pour conjurer, on ne sait, quel sort. Pourtant, loin d’être une fatalité, ces violences post-électorales récurrentes au pays de Sékou Touré, sont la traduction d’un apprentissage difficile de la démocratie où les règles de transparence peinent véritablement à s’enraciner, et où la bonne foi et la confiance entre les acteurs politiques ne sont pas les choses les mieux partagées. Cela dit, ce sont malheureusement des vies humaines qui sont ainsi encore fauchées, dont certaines dans  la fleur de l’âge. La Guinée n’avait pas besoin de ça. D’autant plus que, pour le moment, on est toujours dans l’ambiance de la proclamation des résultats. Qu’en sera-t-il alors lorsque ces derniers seront publiés, avec des militants chauffés à blanc et prêts à en découdre ? Ce sera la porte ouverte à la contestation violente, les esprits y ayant été préparés, et Dieu seul sait jusqu’où cela pourrait aller. Cela est d’autant plus regrettable que le pays a passé près de treize ans à attendre ces élections, au point que l’on pensait que toutes les difficultés avaient été aplanies pour y aller dans la sérénité. Mais voilà que les vieux démons que l’on croyait assoupis, se sont encore brusquement réveillés, laissant pour le moment une dizaine de macchabées sur le carreau. Et dire qu’il ne s’agit là que d’élections locales ! A quoi faudrait-il alors s’attendre lors des législatives et de la présidentielle à venir ? Jusque-là, ce pays s’est révélé coutumier du fait, où élection rime avec violences politiques. Mais la Guinée doit apprendre à faire l’économie de tels actes qui ne l’honorent pas ni n’honorent ses autorités.

La Guinée risque, pour longtemps encore, de continuer à compter ses morts

Et cela vaut pour la classe politique dans son ensemble. Il faut que ça change. Car, non seulement c’est le peuple qui paye au prix fort ces rivalités  entre marchands d’illusions, mais c’est aussi lui qui, au finish, se retrouve être le dindon de la farce ; lui dont les intérêts deviennent subitement secondaires lorsque ces politiciens accèdent au pouvoir. Autrement, comment comprendre que pour le moindre service de maintien d’ordre, l’on puisse utiliser des armes à balles réelles ? Et lorsque l’irréparable se produit, non seulement aucune mesure punitive n’est généralement prise à l’encontre des fautifs, mais aussi aucune mesure préventive ferme n’est prise au niveau des autorités pour éviter de telles bavures. Mais que voulez-vous ? Nous sommes en Afrique et particulièrement en Guinée où tant que le pire se produit dans les fiefs de l’opposition, le pouvoir a  toujours beau jeu de crier à la manipulation des militants pour fermer les yeux sur ses graves manquements qui devraient pourtant l’interpeller au premier chef. Mais tant qu’il en sera ainsi, la Guinée risque, pour longtemps encore, de continuer à compter ses morts, à chaque consultation électorale. Cela est déplorable. Et à l’allure où vont les choses,  l’on est porté à croire que la Guinée est en train de réunir petit à petit les ingrédients d’une autre déflagration sociale. Et plus les résultats tardent à tomber, plus cela renforce la suspicion qui risque de conduire à la contestation. C’est pourquoi il y a lieu de tirer la sonnette d’alarme afin que les différents leaders politiques appellent leurs militants au calme et à la retenue, en attendant la proclamation des résultats, et mettent désormais un point d’honneur à user uniquement des voies et moyens légaux de contestation pour faire valoir leurs droits. C’est à ce prix que la Guinée pourra faire l’économie des pertes en vies humaines qui caractérisent chaque élection. Il y va de la paix dans ce pays.

 

« Le Pays »

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