VISITE DU MINISTRE ALGERIEN DE L’INTERIEUR EN GUINEE

 VISITE DU MINISTRE ALGERIEN DE L’INTERIEUR EN GUINEE

L’Algérie veut-elle soigner son image ?

Le ministre algérien de l’Intérieur, Noureddine Bédoui, a été, 72 heures durant, l’hôte de son homologue guinéen, Abdoul Kabèlé Camara. Au menu de leurs échanges, le dossier migratoire qui fait des gorges chaudes entre Alger et de nombreuses capitales subsahariennes. L’on se souvient encore du récent coup de gueule du ministre nigérien de l’Intérieur, Mohammed Bazoum, qui n’avait pas caché son agacement face aux rapatriements systématiques orchestrés par les autorités algériennes, de migrants illégaux pris sur leur territoire, en direction des frontières nigériennes.  Nonobstant les conditions inhumaines des expulsions de migrants dont on accuse le pays de Bouteflika, les témoignages faisant état de comportements racistes dont ils sont victimes, sont de plus en plus accablants contre Alger. Et le moins que l’on puisse dire, même si elles s’en défendent,  est que les autorités algériennes peuvent difficilement, en la matière, montrer patte blanche. Et pour cause.

On peut  se poser  la question de savoir ce que vient chercher Noureddine Bédoui en Afrique subsaharienne

D’abord, les préjugés raciaux contre les Noirs sont inscrits de longue date dans les habitus des Arabes. Les récits dévalorisants des premiers voyageurs arabes au Sud du Sahara, sur les us

et mœurs des populations noires, la traite négrière transsaharienne et les guerres liées à l’expansion de l’Islam en Afrique noire, ont construit le substrat du racisme algérien. Aux facteurs historiques, il faut, sans doute, aussi ajouter les comportements des migrants qui arrivent dans le pays, et qui sont parfois des aventuriers sans foi ni loi, guidés par le seul appât du gain. L’on imagine assez aisément qu’en flirtant avec les mœurs, beaucoup sont en délicatesse avec les lois du pays. L’on pourrait aussi ajouter  la conjoncture économique difficile de ces dernières années, qui a pour effet de faire croire aux populations autochtones que ce sont les étrangers qui viennent leur disputer les rares emplois disponibles, qui sont la source de tous les maux du pays.

Quelles que soient les raisons qui expliquent les comportements « négrophobes »  des Algériens, ceux-ci ne pourraient s’accommoder de notre monde d’aujourd’hui, qui a érigé en principes universels, l’égalité des peuples et les droits de l’Homme. Et les Algériens, plus que quiconque, se doivent d’être sensibles à cela ; eux qui,  à longueur de journée, dénoncent  le racisme et la xénophobie dont sont victimes leurs compatriotes en France. En tout état de cause, ces comportements aujourd’hui mis à l’index, écornent sérieusement l’image du pays qui a déjà du mal à passer en Afrique subsaharienne où les populations qui vivent dans la psychose des actes terroristes, lui en veulent d’offrir gîte et couvert à des criminels comme Iyad Ag Ghali. C’est pourquoi l’on peut d’ailleurs se poser  la

question de savoir ce que vient chercher Noureddine Bédoui en Afrique subsaharienne. Cherche-t-il à redorer le blason de son pays ?

A cette question, l’on est tenté de répondre par l’affirmative, pour plusieurs

raisons. D’abord, parce que le rêve hégémonique de l’Algérie en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui sérieusement menacé par les tentatives de retour du royaume chérifien.

La visite du ministre algérien peut être considérée comme une opération de charme

L’on peut d’ailleurs penser que le choix de la Guinée n’est pas fortuit, le pays ayant été l’un des rares, avec le Niger, à s’opposer ouvertement à la réintégration du Maroc à l’Union africaine (UA) et à sa candidature comme membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La visite officielle du ministre algérien de l’Intérieur peut, de ce point de vue, être interprétée comme une initiative destinée à contrecarrer les avancées du royaume chérifien dans l’Ouest africain, en établissant des pare-feu  dans des pays qui lui sont hostiles. Ensuite, la visite du ministre algérien peut être considérée comme une opération de charme en direction des pays de l’Ouest du continent, destinée à assouvir sa soif de leadership.  Et l’on imagine difficilement comment le pays peut accéder à ce rôle sans vider par la diplomatie du rapprochement entre Etats, le contentieux sur les questions qui fâchent, notamment celles relatives aux migrations.

Cela dit, il faut souhaiter que la Guinée saisisse cette occasion, pour arracher, pour ses ressortissants en Algérie et au-delà les émigrés des autres pays de la sous-région, des conditions d’existence plus humaines et pourquoi pas, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, des appuis financiers et techniques pour fixer les jeunes tentés par l’exil dans leurs terroirs respectifs.

En attendant que les échanges portent fruit entre les deux Etats, il n’est pas superfétatoire de rappeler à la Guinée et autres Etats de la sous-région concernés par cette question des migrants en Algérie, notamment le Niger, le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal, qu’il est de leur responsabilité de créer, par une gouvernance politique et économique vertueuse, les conditions pour que les jeunes restent dans leurs pays respectifs et y trouvent les moyens de satisfaire leurs ambitions.

« Le Pays »

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