JEAN WILLIAM KOUMAN, DIRECTEUR DES OPERATIONS DE JOSEPH TITRISATION : « Dans le cas du FCTC SONABHY, il ne s’agit pas d’actions, mais d’obligations émises par un fonds de titrisation »
Le 22 janvier 2025, la première cotation des obligations du « FCTC SONABHY 8,1% 2025-2030 », venait d’être lancée officiellement. Comment comprendre cette opération ? Quels sont ses avantages et risques pour un investisseur ? Pour répondre à ces questions, nous avons échangé avec Jean William Kouman, Directeur des opérations de Joseph Titrisation, cabinet qui accompagne cette opération. Il a répondu à nos questions, le 28 janvier 2026. Lisez plutôt.
« Le Pays » : Pouvez-vous nous présenter Joseph Titrisation ?
« Jean-Williams Kouman » : Joseph Titrisation est une société de gestion de Fonds communs de titrisation, agréée par l’Autorité des marchés financiers de la zone UEMOA. Notre mission est d’apporter des solutions de financements innovantes via (le marché financier) aux sociétés publiques, aux entreprises commerciales et industrielles ainsi qu’aux établissements financiers. Nous offrons également aux investisseurs institutionnels de la zone des opportunités de placements sécurisés et à fort impact. En d’autres termes, nous connectons le marché financier régional à l’économie réelle. Les financements que nous proposons à nos clients permettent de transformer des ressources futures en financements immédiats afin de soutenir des projets structurants. Joseph Titrisation se positionne comme un acteur de référence dans la zone UEMOA, avec pour ambition de promouvoir le financement durable et l’inclusion financière à travers des opérations de titrisation responsables.
La première cotation des obligations du “FCTC SONABHY 8,1 % 2025-2031” s’est récemment déroulée au Burkina Faso. Parlez-nous de cette opération.
Nous sommes plus qu’honorés pour notre participation sur le tout premier fonds de titrisation au Burkina Faso. Il s’agit d’une innovation de taille ayant permis de mobiliser environ 34 milliards de F CFA pour la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), une des entreprises les plus stratégiques du pays. La particularité de cette opération réside dans le recours à la titrisation, un mécanisme qui consiste à transformer des ressources futures en liquidités, grâce à l’émission de titres financiers appelés obligations. Ces obligations sont à jour cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), la bourse commune aux pays de l’UEMOA ; ce qui renforce la transparence, la liquidité et la visibilité régionale de l’opération. Dans cette opération, l’Etat du Burkina qui est le sponsor, le garant et le débiteur final démontre sa capacité à mobiliser efficacement les ressources auprès des investisseurs institutionnels dont la confiance s’est mesurée par une sursouscription de l’encours cible. Cette levée de fonds se distingue par une participation particulièrement élevée des investisseurs particuliers (personnes physiques), traduisant un fort intérêt du public pour l’opération. La cérémonie de première cotation a envoyé un signal fort, celui d’un marché financier régional capable d’innover et de financer des acteurs stratégiques à travers des instruments modernes.
Y a-t-il une différence entre cette introduction à la BRVM et celles habituellement connues, notamment la composition de l’indice BRVM 30 ?
Oui, la différence est fondamentale. L’indice BRVM 30 regroupe les 30 actions les plus liquides et les plus actives de la BRVM. Il s’agit de titres de participation au capital d’entreprises cotées : l’investisseur devient actionnaire et partage à la fois les performances et les risques de ces sociétés. Dans le cas du FCTC SONABHY, il ne s’agit pas d’actions, mais d’obligations émises par un fonds de titrisation. L’investisseur ne devient donc pas actionnaire de la SONABHY ; il investit dans un instrument de dette, caractérisé par :
- un taux d’intérêt connu à l’avance (8,1 %) ;
- une échéance clairement définie (2025-2031) ;
- et un cadre juridique et financier strictement encadré.
C’est donc un placement prévisible sécurisé par les flux à venir.
Quels peuvent être les avantages d’une telle opération pour les investisseurs de l’espace UEMOA ?
Ce type d’opération présente plusieurs avantages. D’abord, il offre aux investisseurs de la sous-région des opportunités de placement avec des rendements attractifs, dans un contexte où les produits financiers structurés restent encore peu abondants.
Ensuite, la cotation à la BRVM garantit :
- la transparence, grâce aux informations régulièrement publiées ;
- la possibilité de revendre les titres, si besoin ;
- et une meilleure diversification des portefeuilles, au-delà des placements traditionnels.
Enfin, ces opérations offrent aux épargnants et investisseurs burkinabè l’opportunité de participer directement au financement d’entreprises et d’infrastructures stratégiques de l’économie, réduisant ainsi la dépendance aux financements extérieurs. C’est, à mon sens, une forme de souveraineté financière pragmatique et responsable.
Le FCTC permet aussi de lever des fonds sur le marché financier. Parlez-nous de cet instrument, de ses avantages et de ses risques.
Le Fonds commun de titrisation de Créances (FCTC) est un véhicule financier qui permet de collecter des ressources auprès des investisseurs par l’émission de titres pour financer des activités économiques, sur la base de ressources futures clairement identifiées, à savoir des créances.
Parmi ses principaux avantages, on peut citer :
– la diversification des sources de financement, l’opportunité d’accéder au Marché financier régional au travers d’un instrument de dette ;
– les conditions de financement optimales basées non pas sur la qualité intrinsèque du client, mais sur la qualité des créances cédées ;
– le transfert des risques identifiés
– l’investissement avec rapport risque / rendement optimisé pour les souscripteurs de titres.
En tant que financement structuré, la titrisation peut présenter des risques (défaut de paiement, remboursement anticipé, taux, change…), mais qui sont régulièrement mitigés au travers de garanties externes et internes adaptées à la technique.
La protection de l’investisseur constitue la mission ultime du Régulateur et de la société de gestion. Cela explique le caractère strictement encadré et réglementé de la titrisation dans la zone UEMOA.
Interview réalisée par Boureima KINDO
