ACCORD POUR L’ACCUEIL PAR KINSHASA, DE MIGRANTS EXPULSES DES ETATS-UNIS : Tshisekedi prêt à tout pour entrer dans les bonnes grâces de Washington
Le 5 avril dernier, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a officialisé un accord conclu avec Washington, pour l’accueil temporaire, par Kinshasa, de migrants expulsés des Etats-Unis. Un accord qui entre en vigueur dès ce mois d’avril 2026 et qui vise à accueillir sur le territoire congolais, des ressortissants de pays tiers indésirables au pays de l’Oncle Sam. En attendant de connaître les dessous de cet accord qui fait déjà des gorges chaudes au sein de la société civile congolaise, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette décision des autorités congolaises paraît pour le moins osée. Oui, osée pour un pays confronté à un immense défi sécuritaire avec son lot de déplacés internes errant comme des âmes en peine. Sans compter ceux qui ont trouvé refuge dans des pays limitrophes du fait de la guerre qui a cours dans sa partie orientale depuis que les rebelles du M23 ont repris les armes, en novembre 2021, contre le pouvoir central. Autant dire qu’au-delà du nombre de migrants potentiellement concernés par cette opération, c’est le principe même de l’accord qui ne manque pas d’interroger pour un pays à la recherche d’une paix introuvable.
Cette décision des autorités congolaises semble répondre de purs calculs politiques
Et même si les autorités de Kinshasa assurent que le Trésor public congolais n’aura pas à souffrir des coûts de cette opération entièrement financée par les Etats-Unis, cela n’enlève rien à la délicatesse de l’accord conclu sur un sujet aussi controversé que celui des migrations. Et qui a vu certains pays africains opposer une fin de non-recevoir à la proposition de Washington. Il reste bien entendu que les autorités congolaises restent souveraines dans la prise des décisions qui engagent leur pays. Mais dans le cas d’espèce où le pays lui-même est en difficulté face au nombre croissant de déplacés internes, la logique voulait que les autorités de Kinshasa travaillassent d’abord au retour et à la réinstallation de leurs compatriotes qui ont fui leurs localités d’origine en raison de la guerre, avant de chercher à jouer les bons samaritains envers ces indésirables du pays de l’Oncle sam, dont on ne sait parfois rien de leur moralité. C’est dire si cette décision des autorités congolaises semble répondre de purs calculs politiques. On est d’autant plus fondé à le croire qu’au-delà des incitations financières qui ont pu peser dans la balance de la décision des autorités de Kinshasa, tout porte à croire que le président Félix Tshisekedi est prêt à tout pour entrer dans les bonnes grâces de Washington. Espérant ainsi pouvoir tirer profit de son alliance avec la première puissance au monde pour prendre l’ascendant sur ses ennemis jurés. En l’occurrence le M23 soutenu par le Rwanda dans l’Est du pays, dans une guerre qui reste une menace permanente pour la stabilité de son régime.
Kinshasa se met dans une position délicate en prenant un pari qui paraît bien risqué
Cela est d’autant plus vrai que cet accord d’expulsion de migrants vers la RDC, semble s’inscrire dans la lignée d’un précédent accord conclu l’année dernière par Kinshasa avec Washington, lorsque l’iconoclaste locataire du Bureau ovale, Donald Trump, conditionnait déjà son aide pour la sécurisation de l’Est de la RDC, à une facilité d’accès aux minerais rares qui font toute la richesse de ce vaste pays d’Afrique centrale qui a été littéralement gâté par la nature. Autant dire que tout est bon, pour le locataire du palais de la Nation, de se rapprocher de Washington, dans son bras de fer avec le M23. Au-delà, cet accord migratoire entre Kinshasa et Washington n’est pas sans rappeler celui entre le Rwanda et le Royaume-Uni, conclu quelques années plus tôt. Accord qui prévoyait déjà l’accueil, par Kigali, de migrants indésirables expulsés de Londres contre une promesse de soutien financier conséquent du pays de la Couronne à celui de Paul Kagame. L’affaire est en attente de jugement devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye où le Rwanda a attrait son partenaire pour n’avoir pas honoré ses engagements financiers. L’accord entre Washington et Kinshasa connaîtra-t-il un meilleur sort ? On attend de voir. Mais d’ores et déjà, cette décision est loin de faire l’unanimité en RDC où la société civile n’a pas manqué d’exprimer son scepticisme. Et c’est peu dire qu’en acceptant de devenir un maillon de la chaîne d’expulsion de migrants vers l’Afrique dans un contexte où l’ONU a reconnu l’esclavage et la traite des Africains comme « crime le plus grave contre l’humanité », Kinshasa se met dans une position délicate en prenant un pari qui paraît bien risqué.
« Le Pays »
