HomeA la uneDIALOGUE NATIONAL POUR LA PAIX EN RDC :Un serpent de mer politique ?

DIALOGUE NATIONAL POUR LA PAIX EN RDC :Un serpent de mer politique ?


Lors de la présentation de ses vœux au corps diplomatique accrédité à Kinshasa, le 31 janvier 2026, le président Félix Tshisekedi a marqué son accord pour une éventuelle ouverture d’un dialogue national inclusif afin de faire face à la crise sécuritaire et à la fragmentation sociale en République démocratique du Congo (RDC). Le président congolais a toutefois assorti cet éventuel dialogue, de garde-fous précis, et exige qu’il se tienne sur le sol national, sous l’égide des institutions légitimes, dans le strict respect de la Constitution et du pacte national, sans interférence extérieure directe et, surtout, sans la participation d’acteurs armés inféodés à des puissances étrangères, au premier rang desquels figurent les dirigeants de l’AFC Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23. Le message est clair. La souveraineté de la RDC n’est pas négociable et Kinshasa n’entend pas marchander avec ceux qu’elle considère comme des relais d’agendas régionaux hostiles. Cette ligne rouge tracée par Félix Tshisekedi, qui est politiquement compréhensible au regard de l’histoire congolaise, se heurte néanmoins à une réalité brutale. Les acteurs ainsi exclus sont précisément ceux qui tiennent les armes, contrôlent des territoires et administrent des populations, avec, en arrière-plan, l’ombre persistante du Rwanda. Dès lors, une question centrale s’impose : comment prétendre régler une guerre en excluant de la table, ceux qui la font ? Dans ce contexte, proclamer un retour à la paix, relève presque de l’incantation, quand on sait que cette paix est assujettie à des préalables lourds et complexes tels que le retrait effectif des forces étrangères, la neutralisation durable des groupes armés, la réforme en profondeur des forces de sécurité nationales et la restauration de l’autorité de l’Etat sur ses territoires et ses ressources.

 

Le dialogue risque de n’être qu’un exercice cosmétique

 

 Autant d’objectifs dont la complexité dépasse largement le cadre d’un dialogue politique classique, surtout que l’opposition avance de son côté à pas comptés, partagée entre prudence, méfiance et calculs politiques.  La récente rencontre entre Félix Tshisekedi et l’opposant Martin Fayulu a certes ouvert une brèche symbolique. Mais elle n’a pas dissipé pour autant les soupçons d’un dialogue perçu comme un outil de consolidation du pouvoir en place, voire comme un traquenard politique. Ces craintes concernent, notamment certaines figures, à l’image de l’ancien président Joseph Kabila, condamné à de lourdes peines que le chef de l’Etat a clairement exclues de toute possibilité de commutation. Cette réserve de l’opposition s’explique aussi par une constante dans la gestion des crises congolaises : le traitement des symptômes, par le sommet, sans s’attaquer aux racines du mal qui ont pour noms la faiblesse et la fragmentation des forces de défense, la corruption, l’économie informelle et prédatrice des ressources minières, la porosité des frontières et l’implication récurrente d’acteurs régionaux dans la crise. Aussi longtemps que ces questions resteront périphériques, le dialogue risque de n’être qu’un exercice cosmétique, un rituel politique soigneusement mis en scène pendant que la guerre et la tragédie humanitaire se poursuivent dans l’Est du pays. Les récents glissements de terrain sur des sites d’extraction de coltan, ayant fait plusieurs centaines de victimes dans des zones sous contrôle rebelle, illustrent tragiquement cette absence de régulation et de protection publique. En définitive, ce dialogue, s’il voit le jour, risque de n’être qu’un exercice de communication de plus, un serpent de mer politique abondamment invoqué mais incapable d’instaurer une paix durable. Celle-ci dépend moins de la multiplication des cadres de discussions que de la capacité de l’Etat à gouverner de manière inclusive et transparente, dans le strict respect de l’intérêt supérieur de la RDC.

 

Hamadou GADIAGA


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