INVESTITURE DU PRESIDENT CENTRAFRICAIN : Que fera Touadera de ce troisième mandat ?
C’est une capitale centrafricaine parée de ses plus beaux atours rappelant aux nostalgiques les bons souvenirs de « Bangui la coquette », qui a servi de cadre, le 30 mars dernier, à la prestation de serment du président Faustin Archange Touadera. Le locataire du Palais de la Renaissance rempile pour un troisième mandat, après son élection au premier tour de la présidentielle du 28 décembre 2025, dont les chiffres officiels le créditent de 77,90% des voix. Une cérémonie que le maître de Bangui a voulue à la dimension de la confiance de ses compatriotes dans les urnes, et qui s’est déroulée en présence de nombre de ses pairs de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), et du président burundais, Evariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine (UA).
Les Centrafricains ont besoin de se réconcilier avec eux-mêmes
C’est dire l’importance que l’universitaire-président accorde à ce troisième mandat acquis au prix de moults efforts, ainsi que d’une révision constitutionnelle qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive au pays de Barthélémy Boganda, le père de l’indépendance de l’ex-Oubangui Chari. La question qui se pose, est de savoir ce que le chef de l’Etat centrafricain fera de ce nouveau mandat qui passe au septennat après deux quinquennats successifs qui étaient loin d’être des fleuves tranquilles. Et ce, au terme des réformes constitutionnelles de 2023 qui ont sauté le verrou limitatif des mandats pour lui permettre de se mettre dans la course à sa propre succession. La question est d’autant plus fondée que ce nouveau mandat s’annonce, d’ores et déjà, plein de défis pour le professeur de mathématiques. A commencer par l’équation sécuritaire qui reste l’une des priorités de l’Exécutif, dans la continuité des efforts de stabilisation du pays qui sort de plusieurs années de crise. Et ce, dans un contexte où malgré les efforts du gouvernement, les groupes armés restent très actifs en RCA. Un contexte aussi où l’avenir de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), appelée à réduire ses effectifs pour raison de baisse de budget, ne manque d’autant pas d’interroger que cela obligerait le gouvernement à des efforts supplémentaires dans la sécurisation du territoire. A côté de cela, les défis de la relance économique et de la réconciliation nationale apparaissent comme autant d’autres enjeux majeurs de ce nouveau mandat de l’Archange Touadera. Et au-delà des attentes des populations qui restent fortes en termes d’aspirations au développement et à une stabilité durable, on attend de voir la place qui sera celle de la réconciliation nationale dans la dynamique de reconstruction nationale dont cette prestation de serment se veut le nouveau point de départ. Car, après tant d’années de crise sur fond de violences parfois meurtrières, les Centrafricains ont besoin de se réconcilier avec eux-mêmes pour panser à jamais les plaies du passé.
Le choix des hommes sera un indicateur de la couleur du troisième mandat de Touadera
Cela est d’autant plus un impératif que la situation du pays reste encore bien fragile. Alors que le pays a besoin de l’unité de tous ses fils et filles pour mieux faire face à l’adversité. C’est pourquoi l’on attend de voir si sur le plan politique, le natif de Bangui jouera la carte de l’apaisement. Ou s’il restera sur les mêmes principes face à des adversaires politiques qui continuent de remettre en cause la légitimité de son nouveau pouvoir. L’histoire ne tardera pas à le dire. En attendant, maintenant que l’on en sait un peu plus sur les grandes orientations de son mandat à la faveur de la cérémonie d’hier, c’est sur le terrain de la composition de son équipe dirigeante que le président Touadera est attendu. Et l’une des décisions phares, est la nomination d’un vice-président, conformément à la nouvelle architecture institutionnelle du pays. L’autre acte majeur sera la mise en place d’un nouveau gouvernement. Même si des sources indiquent que pour cela, il faudra attendre le second tour des législatives prévu pour avril prochain. En tout état de cause, le choix des hommes sera un indicateur de la couleur du troisième mandat de Touadera qui a besoin de s’entourer d’une équipe capable de naviguer dans un contexte de mutations profondes de l’Etat centrafricain. C’est à ce moment que l’on pourrait savoir si le nouveau pouvoir est bien parti pour la rupture espérée ou pour la continuité d’un système accusé, à tort ou à raison par ses détracteurs, de lutter pour sa propre pérennité.
« Le Pays »
