MULTIPLICATION DES VISITES DE JEAN-PIERRE LACROIX EN RDC :L’ONU veut-elle se donner bonne conscience ?
Après juin 2023, septembre 2024, mars et septembre 2025, le Secrétaire général adjoint (SGA) de l’ONU chargé des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, est de nouveau en République démocratique du Congo (RDC) où il séjourne depuis le 9 février dernier. Une énième visite qui intervient dans un contexte de crise persistante dans l’Est de ce vaste pays d’Afrique centrale, et que le numéro 2 de l’Organisation mondiale mettra à profit pour rencontrer la classe politique, les confessions religieuses et la société civile. Et ce, avant de se rendre dans la partie orientale du pays où les rebelles de l’AFC/M23 font la loi, au grand dam de Kinshasa qui ne sait plus quelle stratégie adopter pour les obliger à rentrer dans la République.
L’ONU n’arrive pas à faire preuve de fermeté vis-à-vis des belligérants en vue de les contraindre au dépôt des armes
Un scénario répétitif et maintenant bien huilé du patron en second de l’ONU, dont les résultats peinent pourtant à produire la promesse des visites ; tant les lignes bougent difficilement dans le sens de la désescalade, depuis que le M23 a repris les armes en 2021. Pourtant, ce ne sont pas les initiatives de paix qui manquent. Aussi bien sur le plan interne où les hommes en soutane ont naguère pris leur bâton de pèlerin pour prêcher l’évangile de la paix et du dialogue inclusif, que sur le plan international, où de Nairobi à Doha en passant, entre autres, par Washington, la diplomatie s’est mise à l’œuvre à l’effet de rabibocher les frères ennemis congolais. Et ce, dans un contexte où la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) reste engagée dans le pays pour soutenir les efforts de paix. Et cette visite du Secrétaire général adjoint de l’ONU au pays de Félix Tshisekedi, se veut aussi une visite d’évaluation de la situation dans un pays où les attaques meurtrières des groupes armés ne faiblissent pas, malgré la présence des Casques bleus et d’autres forces étrangères. Une situation qui traduit d’autant plus l’impuissance de la communauté internationale qu’au-delà du déploiement des forces militaires, aucun accord n’a jusque-là réussi à mettre un terme aux affrontements qui se poursuivent toujours sur le terrain. De quoi se demander si la multiplication des visites de son Secrétaire général adjoint en RDC, ne vise pas, pour l’ONU, à se donner plutôt bonne conscience. On est d’autant plus porté à le croire que dans ce conflit congolais, l’organisation basée à New-York n’arrive pas à faire preuve de fermeté vis-à-vis des belligérants en vue de les contraindre au dépôt des armes. Mieux, en échouant à asseoir son autorité, encore plus à mettre au pas la rébellion du M23 qu’elle avait déjà contribué à mâter en 2013, l’ONU ouvre la porte à toutes sortes de surenchères dans ce conflit multiforme qui cache bien des intérêts et qui est encore loin de révéler tous ses dessous. Si fait qu’en dépit de la floraison des médiations, aucune piste sérieuse de sortie de crise ne semble se dessiner pour le moment à l’horizon.
On attend de voir si cette énième visite du SGA de l’ONU, fera bouger les lignes dans le sens de la désescalade
Quand ce ne sont pas les accords de cessez-le-feu qui sont violés avant même que l’encre ayant servi à leur signature ne sèche sur le papier, c’est le dialogue national inclusif qui peine à prendre forme et à fédérer les énergies pour donner une chance à la paix. Et cette difficulté à joindre l’acte du dépôt des armes à la parole, est la preuve que la sincérité n’est pas la chose la mieux partagée entre les protagonistes dans cette crise protéiforme qui est aujourd’hui au bord de l’enlisement. Comment peut-il en être autrement avec des acteurs qui campent sur leurs positions, quand ils ne donnent pas le sentiment de négocier avec un couteau dans le dos ? Chacun s’employant à jouer le jeu au mieux pour donner le change, tout en nourrissant le secret espoir de prendre, d’une façon ou d’une autre, l’ascendant sur l’autre. C’est dans ce contexte que l’Afrique du Sud a annoncé, le 7 février dernier, le retrait prochain de son contingent de la MONUSCO. Une opération que la Nation arc-en-ciel compte boucler avant la fin de l’année 2026. Ce qui risque d’autant plus de rendre la tâche encore plus ardue à l’ONU, qu’avec quelque sept cents soldats déployés en RDC depuis près de trois décennies, le pays de Nelson Mandela est un grand contributeur à la MONUSCO. En tout état de cause, on attend de voir si cette énième visite en terre congolaise, du SGA de l’ONU, fera bouger les lignes dans le sens de la désescalade.
« Le Pays »
