HomeDroit dans les yeuxPROCES YE YAKE CAMILLE ET AUTRES : Un verdict pour l’exemple

PROCES YE YAKE CAMILLE ET AUTRES : Un verdict pour l’exemple


L’affaire Yé Yaké Camille a connu son épilogue en première instance, le 27 mars 2026, avec le verdict rendu par le Tribunal après plusieurs semaines de délibéré. L’ancien Directeur de la gestion des finances du ministère de l’Action humanitaire, tombé de son piédestal en décembre 2024, à la suite d’accusations de malversations financières, a été foudroyé par la Justice au terme d’un procès appelé à rester l’un des épisodes judiciaires les plus marquants de cette année au Burkina Faso. Les dépositions à la barre, les siennes comme celles de ses coprévenus, se sont révélées particulièrement instructives, en ce qu’elles ont permis de lever un coin du voile sur une mécanique bien huilée, faite de complicités tacites, d’arrangements feutrés et de détournements habillés de justifications fragiles au sein du ministère de l’Action humanitaire. Tous les micmacs par lesquels certains agents de ce département s’appropriaient des ressources destinées aux plus vulnérables, ont été exposés sous la lumière blafarde de l’austère salle d’audiences du Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Les Burkinabè qui ont suivi les débats avec attention, en sont sortis interloqués, pour ne pas dire indignés, en découvrant que des agents publics se comportaient en propriétaires de biens qui ne leur étaient confiés qu’à titre provisoire, au sein même d’un ministère dont la mission repose sur la réactivité face aux souffrances et aux besoins des populations. Face à ces dérives, le parquet n’a pas parlé à demi-mot en prononçant des réquisitions d’une sévérité assumée. Finalement, le Tribunal a suivi cette ligne en sortant le sabre, et en infligeant au principal prévenu, Yé Yaké Camille, une lourde peine de onze ans d’emprisonnement ferme assortie d’une amende à donner le tournis.

 

Derrière la fermeté des sanctions infligées, se dessine une volonté claire de dissuader

 

Sa co-prévenue, l’ancienne ministre, Laure Zongo, écope, quant à elle, de cinq ans de prison ferme et d’une amende de 10 millions de F CFA à verser à l’Etat.  Au regard de la gravité des faits qui leur sont reprochés et de la lourdeur des peines prononcées, on peut dire qu’il ne s’agissait pas seulement pour la Justice burkinabè, de sanctionner les actes déjà commis, mais aussi de marquer les esprits, de briser les illusions et de rappeler que la tolérance a des limites. Ainsi, derrière la fermeté des sanctions infligées, se dessine une volonté claire de dissuader et de rappeler à ceux qui en douteraient encore, que le bras qui se tend indûment vers les ressources publiques, finit, tôt ou tard, par être rattrapé par la main de la Justice qui reprend toujours ses droits. C’est là l’une des leçons les plus saillantes de ce procès. Ceux qui se croyaient à l’abri, protégés par leurs fonctions, leurs réseaux ou leurs habitudes, se sont retrouvés seuls face à leurs actes, à la rigueur des textes et à la froideur des faits. Mais au-delà de ces personnes qui étaient sur la sellette, ce sont tous les Burkinabè qui ont suivi les débats, qui en tireront une grande leçon d’humilité et comprendront que l’illusion de l’intouchabilité ne résiste jamais longtemps à l’épreuve du prétoire. Le verdict rendu vendredi dernier a certes établi des responsabilités individuelles dans les actes de prédation commis au ministère de l’Action humanitaire entre 2017 et 2024, mais sa portée et sa sévérité dépassent de loin le seul cadre du procès. Il s’adresse à tous ceux qui détiennent une parcelle d’autorité ou ont la charge de ressources publiques, et rappelle avec gravité que la Justice, même tardive, finit toujours par rassembler les pièces éparses pour en faire une démonstration implacable.

 

Sidzabda


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