HomeA la uneRAZZIA DE LA MOUVANCE PRESIDENTIELLE AUX ELECTIONS COUPLEES AU BENIN : Quand Talon asphyxie la démocratie

RAZZIA DE LA MOUVANCE PRESIDENTIELLE AUX ELECTIONS COUPLEES AU BENIN : Quand Talon asphyxie la démocratie


Dix jours après l’annonce des résultats provisoires des législatives au Bénin, ceux des municipales ont été rendus publics dans la soirée du 27 janvier dernier, par la Commission électorale nationale autonome (CENA). Ce pays d’Afrique de l’Ouest peut se féliciter de la tenue de ce double scrutin qu’il a maintenu en dépit d’un contexte qui n’était pas des plus favorables. En effet, il a été secoué, un mois avant ces joutes électorales, par un coup d’Etat militaire qui menaçait ses institutions. Le pays du vodou a donc pu sauver ses institutions en les préservant de ce coup de force.

 

On se dirige vers un parlement monocolore

 

 Sauf qu’on ne peut pas en dire autant pour sa démocratie. On a même l’impression d’assister à sa mort dans un pays jadis cité comme modèle de pluralisme démocratique en Afrique. Cette démocratie n’est peut-être pas encore morte, du moins, pour l’instant. Mais elle est en train d’être asphyxiée par un Patrice Talon qui veut visiblement assurer ses arrières avant de quitter son fauteuil à l’issue de la présidentielle du 12 avril prochain dont il est constitutionnellement disqualifié. On est d’autant plus fondé à le croire que le successeur de Yayi Boni ne s’est pas privé de mesures restrictives aux dernières heures de son dernier mandat visant à fragiliser l’opposition. La modification du Code électoral intervenue en mars 2024 et la révision de la Constitution de novembre 2025, sont passées par là. Des réformes politiques majeures qui ont réduit les partis d’opposition dans leur action et balisé le terrain pour le parti au pouvoir et ses alliés. On en a la preuve évidente avec la mouvance présidentielle qui vient de réaliser une razzia aux élections couplées des législatives et des municipales.  A la lumière des résultats provisoires publiés par la CENA, on se dirige vers un parlement monocolore. Puis- que le bloc présidentiel s’est partagé tous les sièges de l’Assemblée nationale. En effet, l’Union progressiste le renouveau (UP-R) et le Bloc républicain (BR), tous de la mouvance présidentielle, ont raflé tous les 109 sièges du Parlement avec 60 sièges pour le premier et 49 pour le second. Quelle bérézina pour l’opposition qui n’a réussi à obtenir le moindre siège! Même pas Les Démocrates, le principal parti d’opposition qui a dirigé le Bénin pendant 10 ans sous les auspices du président Yayi Boni. Cette opposition laminée n’aura donc pas voix au chapitre et ce, durant sept bonnes années, conformément au nouveau mandat offert aux députés et conseillers municipaux par la nouvelle révision constitutionnelle de novembre 2025. Du côté des municipales, l’opposition dont le poids lourd (Les Démocrates) était mise hors jeu, et qui était représentée par l’opposition modérée, a semblé trop modérée. Résultat des courses: elle a encore mordu la poussière. En effet, à l’instar des législatives, le rouleau compresseur de la mouvance présidentielle s’est accaparé, à nouveau, des 1 815 sièges des conseillers municipaux, dont 963 pour l’UP-R de Joseph Djogbenou, et 852 pour le BR dirigé par Abdoulaye Bio Tchané.

Talon avait l’opportunité de sortir par la grande porte 

Voici donc dessinée la nouvelle configuration de la classe politique béninoise pour les sept prochaines années: un pouvoir omnipotent sans opposition. Quelle différence donc avec les partis-Etats qu’on a connus juste après les indépendances? Il n’y en a véritablement aucune. Oui, il faut le dire. Si ces résultats provisoires sont confirmés (ce qui ne serait pas une surprise), le Bénin ne sera qu’un parti unique habillé d’une toge de démocratie délavée. En effet, peut-on encore avoir le courage de parler de démocratie dans un pays à Parlement monocolore et où tout est contrôlé par la majorité présidentielle, jusqu’aux collectivités territoriales? Comment peut-on parler de démocratie lorsque le principal parti d’opposition est déjà écarté de la course à la prochaine présidentielle dont le parti au pouvoir est assuré de gagner sans même coup férir? A moins que le pouvoir de Talon ne se ravise entre-temps et n’ouvre le jeu au reste de l’opposition. Mais vu qu’il s’est déjà choisi un dauphin, en la personne de Romuald Wadagni, son actuel ministre des Finances, cela laisse peu de chances à un rétropédalage. On pourrait ainsi dire que Patrice Talon a atteint son objectif qui est de bousiller le mur du pluralisme au Bénin pour y ériger celui d’une autocratie maquillée de vernis démocratique. Quel gâchis! Pourtant, il avait l’opportunité de sortir par la grande porte et inscrire son nom dans l’histoire politique de l’ex-Dahomey. Ayant des résultats fort encourageants sur le plan économique, il lui suffisait d’ouvrir le jeu politique pour s’offrir une sortie honorable. Hélas, la politique a ses raisons que la raison ignore. 

“Le Pays”


No Comments

Leave A Comment