TANDEM FAYE/SONKO : Le clash est-il évitable ?
La coalition qui a porté le président Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. C’est, du moins, ce qu’il est donné de constater au regard de sa mobilisation lors de sa première Assemblée générale (AG) tenue le 7 mars dernier à Dakar et qui a réuni plus de 500 participants parmi lesquels des maires, des ministres et autres cadres de la coalition. On est d’autant plus fondé à le penser que, créée initialement pour rassembler des soutiens à la candidature de Diomaye Faye et barrer la route au dauphin de Macky Sall à la présidentielle de 2024, l’alliance cherche à mieux se structurer.
Ousmane Sonko ronge ses freins dans son désir de devenir calife à la place du calife
En tout cas, en assistant à l’AG et en appelant ses ouailles à ne pas rester atones face aux débats politiques, Diomaye Faye cherche, et c’est un euphémisme de le dire, à renforcer sa base face aux critiques parfois acerbes dont il fait souvent l’objet de la part de certains opposants et même de certains partisans de son parti les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), y compris son mentor Ousmane Sonko. Mieux, il entend donner une nouvelle mission à cette coalition. Car, pour lui, elle doit quitter le statut d’alliance de circonstance pour devenir un instrument de vulgarisation de l’action gouvernementale. Toujours est-il que le président Diomaye Faye a promis de ne jamais trahir sa coalition. Preuve, s’il en est, que Bassirou Diomaye Faye, sans renier son parti le PASTEF, est en train, si ce n’est déjà fait, de se tisser une nouvelle toile pour ses futures ambitions. Déjà, 300 élus locaux ont, ces derniers temps, rejoint, avec armes et bagages, son camp. Et comme si cela ne suffisait pas, certains estiment qu’il est l’homme de la situation et se disent prêts à le soutenir pour les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029. Le clash entre Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, est-il évitable ? Bien malin qui pourrait répondre à cette question. En attendant, une chose est certaine : Diomaye Faye travaille à s’affranchir de la tutelle de son mentor. Car, tout laisse croire qu’il travaille à briguer un second mandat à la tête du pays, n’en déplaise à Ousmane Sonko. Car, on le sait, son Premier ministre, Ousmane Sonko ronge ses freins dans le désir de devenir calife à la place du calife. Et on a l’impression que plus la présidentielle s’approche, plus la tension monte d’un cran entre les deux hommes politiques. Et cela n’a rien d’étonnant. En effet, en dépit de la popularité dont il jouit au sein de son parti, voire au sein de la population sénégalaise, Ousmane Sonko ne peut, à l’état actuel des choses, se porter candidat à la prochaine présidentielle. Car, il n’a ni été gracié, ni été amnistié après la confirmation de sa condamnation pour diffamation. Certes, il a promis de réviser son procès, mais tant qu’il n’est pas blanchi par la Justice de son pays, son rêve de devenir président de la République du Sénégal ne se concrétisera pas. Une situation qui semble arranger Diomaye Faye qui semble jouer la montre dans la gestion des déboires judiciaires de son Premier ministre.
Les deux amis de longue date ont plus intérêt à colmater les brèches qu’à continuer à s’enfoncer dans une crise
D’où la colère de ce dernier qui assiste impuissant à l’effritement de ses chances de se faire couronner roi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’amitié entre les deux hommes est mise à rude épreuve. Pourront-ils surmonter les obstacles et leurs ego et préserver leur amitié ? On attend de voir. En tout cas, les deux personnalités gagneraient à savoir raison garder. Car, il est évident qu’un clash n’arrangera ni l’un ni l’autre, encore moins le PASTEF. Si Ousmane Sonko pense que Diomaye a été élu par défaut et qu’il a plus de chances d’accéder à la magistrature suprême sans le soutien de ce dernier, il se trompe. Car, comme l’ont si bien dit certains membres de la coalition ‘’Diomaye président’’, « n’est pas président qui veut ». Si les Sénégalais ont choisi Diomaye Faye parmi tant d’autres candidats, c’est sans nul doute parce qu’ils ont vu en lui, des qualités d’homme d’Etat. C’est dire si Ousmane Sonko aurait tort de croire que c’est de son seul fait, que Diomaye Faye a accédé au pouvoir. Et c’est aussi valable pour le second. Si Diomaye Faye se croit puissant parce qu’il détient les rênes du pouvoir, et estime qu’il peut se passer d’Ousmane Sonko, il risque de se tirer une balle dans le pied. Certes, en politique, tous les coups sont permis. Mais dans le cas d’espèce, mettre, par des moyens habiles, sous l’éteignoir, les ambitions légitimes de Sonko qui a contribué à faire de son ami, roi, pourrait apparaître aux yeux de nombreux Sénégalais, comme une trahison. Toute chose qui pourrait être fatal aux ambitions de Faye. C’est dire si les deux amis de longue date, ont plus intérêt à colmater les brèches qu’à continuer à s’enfoncer dans une crise qui pourrait mettre un coup d’arrêt à leurs ambitions politiques respectives. Déjà, les conséquences de cette crise entre les deux hommes, se font sentir aussi bien au sein du parti qu’au niveau de la gestion des affaires d’Etat.
« Le Pays »
