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ANNONCE DE L’OPERATION BOURGOU 4

L’heure n’est plus à l’exaltation d’un orgueil stérile

C’est au pas de course que la patronne des armées françaises, Florence Parly, parcourt le Sahel. Après le Tchad, la ministre de la Défense de l’Hexagone est arrivée au Burkina Faso où elle a été reçue au palais de Kosyam par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. La suite du périple l’a conduite au Mali. Qu’est-ce qui peut bien faire courir cette toubib sous le chaud soleil des Tropiques ? Pourrait-on se demander. Comme le dit le proverbe, « quand on voit une vieille femme courir en plein midi dans un champ de mil, si elle n’est pas pourchassée par quelque chose, elle poursuit quelque chose ». Tout comme l’indique la teneur des échanges qu’elle a eus avec le Chef de l’Etat burkinabè, c’est la situation sécuritaire plus que préoccupante dans la bande sahélienne et cela, dans un contexte de développement d’un fort sentiment anti-français, qui fait courir la ministre française.

 

Bourgou 4 sonne comme une véritable bouée de sauvetage

 

En effet, ces derniers moments ont été caractérisés au Sahel, particulièrement au Mali et au Burkina Faso, par une recrudescence des attaques terroristes dont le bilan s’établit à des dizaines de victimes autant militaires que civiles. Les dernières en date sont celles qui ont coûté, dans le Nord burkinabè,  la vie à cinq gendarmes et cinq puisatiers à Oursi, auxquelles vient s’ajouter la froide exécution du député-maire de Djibo et de ses accompagnants. Avant ces tragiques évènements, c’est le camp militaire d’Indelimane au Mali qui subissait la furie meurtrière des forces du mal, occasionnant près de 83 morts. La France, elle-même, n’a pas été épargnée par ce regain d’exécutions, avec la mort d’un soldat de la force Barkhane. Ce déchaînement de violences intervient dans un contexte où la France est accusée de faire le strict minimum dans la lutte contre les groupes armés, entraînant des vagues de protestation contre la présence militaire étrangère dans les pays du Sahel. L’on pourrait affirmer, sans grand risque de se tromper, que c’est à la fois contrainte par le pic de l’insécurité dans le Sahel où se jouent de nombreux intérêts français géostratégiques et économiques  et par l’ambition de donner un nouveau lustre à l’image écornée de la France, que Parly est en Afrique subsaharienne.   Pour faire face à la situation plus que délétère, Madame Parly, au sortir de son entretien avec le Président Kaboré, a annoncé le lancement très prochain d’une opération conjointe dans la zone des trois frontières (Burkina-Mali-Niger) que l’on pourrait appeler le « triangle de la mort». En attendant de voir l’opérationnalisation de cette grande battue aux djihadistes qui, on l’espère, fera changer la peur de camp, on peut saluer cette bonne nouvelle. Au regard de l’actualité brûlante et de l’état de nos armées qui balbutient leur art sur le front, Bourgou 4 sonne comme une véritable bouée de sauvetage pour la sécurité qui va à vau-l’eau dans les pays du Sahel. Certes, les souverainistes qui réclament à cor et à cri le départ des forces étrangères, auront à redire, mais on doit l’admettre, l’heure n’est plus à l’exaltation d’un orgueil stérile dans ce contexte précis où nos Etats peinent à sauvegarder leur intégrité et leur souveraineté territoriales, jouant ainsi leur survie.

 

Il faut souhaiter que Bourgou 4 tienne toutes ses promesses

 

Mais l’opération Bourgou 4 ne doit pas décharger nos armées nationales de leurs obligations de défense du territoire national. Elle doit être perçue comme un coup de main qui a pour objectif  de desserrer l’étreinte de l’adversaire, juste le temps, pour nos FDS, de prendre un nouvel élan pour revenir à la charge. Car, comme dit le proverbe, « qui dort sur la natte d’autrui, dort par terre ». Ce nouvel élan ne peut être porteur que si les autorités compétentes règlent les nombreux dysfonctionnements de notre appareil sécuritaire, en l’occurrence les défaillances dans le management des hommes, dans l’équipement, dans la chaîne décisionnelle, dans le renseignement et dans la formation des unités combattantes. Cela dit, les opérations militaires, quelle que soit leur efficacité, ne peuvent venir à bout de l’insécurité dans le Sahel si des dispositions ne sont pas prises en amont pour couper son élan. Et là, les puissances occidentales comme la France, doivent jouer un rôle capital si elles veulent gommer l’image de la souris qui mort et qui souffle sur la blessure, qu’on leur colle. La première de ces dispositions à prendre, c’est l’assèchement des circuits de financement et de ravitaillement des groupes terroristes en armes. On le sait, les bandes armées au Sahel ne battent pas monnaie et ne fabriquent pas d’armes. L’autre préalable à l’efficacité des actions militaires dans les pays du Sahel, c’est le règlement de la crise libyenne qui a été l’élément déclencheur du pullulement des groupes armés et de la prolifération des armes dans la zone. Tant que ces questions ne seront pas traitées avec un nouveau regard, la lutte contre le terrorisme ressemblera au tonneau des Danaïdes et engloutira, sans résultat, d’immenses ressources humaines, matérielles et financières. En attendant, il faut souhaiter que Bourgou 4 tienne toutes ses promesses et apporte aux populations sahéliennes, des lueurs d’espoir pour un retour prochain sur leurs terres ancestrales.

 

« Le Pays »

 

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