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CONDAMNATION DE L’AFRIQUE DU SUD POUR REFUS D’ARRETER OMAR EL-BECHIR : Un avertissement sans frais pour tous les  Etats membres de la CPI  

Le 15 juin 2015, alors que le 25e sommet de l’Union africaine (UA) battait son plein à Johannesburg en Afrique du Sud, le tribunal de Pretoria a créé la surprise. En effet, il a interdit au président soudanais, Omar el Béchir visé par deux mandats d’arrêts internationaux émis par la Cour pénale internationale (CPI) en 2009 et 2010 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, de quitter le territoire sud-africain. L’évènement, on s’en souvient encore, avait provoqué une onde de choc, les autorités sud-africaines ayant elles-mêmes été prises de court. Mais contre toute attente, Omar el-Béchir a été exfiltré, son avion ayant été  soigneusement déplacé vers l’aéroport militaire de Waterkoff où était fortement mobilisée l’unité de protection présidentielle. Sommées de s’expliquer, les autorités sud-africaines, au cours d’une audience inédite, affirmaient n’avoir violé aucune loi en refusant d’arrêter sur leur sol le président soudanais, alléguant du fait qu’elles se sont conformées à leur législation qui « garantit l’immunité présidentielle ». Morceau choisi : « Il n’est et n’était pas du devoir de l’Afrique du sud, aux termes du droit international, d’arrêter le chef  en exercice d’un Etat non membre (de la Cour) comme M. Béchir », avait déclaré Dire Tladi, conseiller juridique de l’Afrique du Sud, dénonçant au passage « l’incohérence et le manque de clarté » des règles et de la jurisprudence. Argument battu en brèche par la CPI qui, dans son rendu du 6  juillet dernier, a estimé que Pretoria, en refusant d’arrêter Omar el-Béchir, a manqué à ses obligations internationales.

Le pays de Nelson Mandela a été confondu

Surtout que, précise le juge Cuno Tarfusser qui a lu le jugement, deux mois avant que Béchir ne se rende en Afrique du Sud pour le sommet, la Cour avait déjà contacté Pretoria et lui avait demandé de coopérer. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que le pays de Nelson Mandela a été confondu, cela d’autant que ses arguments ont été démontés les uns après les autres. Il voudrait faire un pied de nez à la CPI qu’il ne s’y serait pas pris autrement, surtout quand on sait que les faits pour lesquels est poursuivi le maître de Khartoum sont très graves ; la guerre civile au Darfour ayant coûté la vie, selon l’ONU, à plus de 330 000 personnes. Tout se passe en effet comme si Jacob Zuma qui ne fait pas mystère de son hostilité pour la plus haute juridiction internationale avait voulu défier la CPI, et partant la justice sud-africaine. Sinon, pourquoi avoir invité un président  présenté comme un criminel et qui, par-dessus tout, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international au prétexte que celui-ci bénéficie d’une immunité présidentielle ? De toute évidence, la condamnation de l’Afrique du Sud n’est ni plus ni moins qu’un avertissement sans frais pour tous les Etats membres de la CPI : ils ne peuvent pas se dérober à leurs obligations. Un tel message était d’autant plus nécessaire que bien des Etats membres de l’UA par ailleurs signataires du traité de Rome, avaient clairement affiché leur refus de mettre à exécution le mandat d’arrêt de la CPI, au motif que celle-ci s’acharne uniquement contre les dirigeants africains. Un argument aussi léger que spécieux, dans la mesure où dans les geôles de la CPI, croupissent par dizaines d’autres nationalités.

B.O

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Un commentaire

  1. La condamnation de l’Afrique du Sud par la CPI n’est pas un avertissement pour tous les pays membres de cette cour, tant critiquée pour ses méthodes et sa focalisation au continent africain. Les pays africains membres se sont-ils trompés quand ils ont ratifié la Charte de Rome? Les grands pays, par ailleurs, responsables des génocides qui ont lieu dans le monde depuis la fin de la guerre froide, ne sont pas membres de la CPI et donc leurs dirigeants et militaires ou mieux bourreaux ne vont jamais être inquiétés.
    Il est incontestable que le président Soudanais, Omar El-Bachir, est un dictateur, qui opprime son peuple comme d’autres dirigeants du continent et d’autres parties du monde. L’ancien dictateur Libérien Charles Taylor disait « pourquoi Bush n’est pas poursuivi pour les crimes que son administration, et celui qui a donné l’autorisation, en Afganistan, en Irak, au Pakistan…? » C’est une question intéressante que ne répondent pas les responsables de la CPI. Face à la politique d’un dictateur comme Bush et d’autres dirigeants occidentaux, le/a procureur.e, le.a président.e de la CPI se réfugient à la Charte de Rome, en disant qu’ils ne sont pas membres de la CPI. Mais ils collaborent avec celle-ci directement à travers leurs administrations comme l’ambassade des Etats-Unis à Kigali. C’est le chef rebelle Bosco Ntaganda, qui s’est rendu lui-même à la représentation diplomatique étasunienne. Celle-ci l’amène au siège de la CPI à La Haye aux Pays-Bas. L’autre manière de collaborer, c’est à travers les décisions du Conseil de Sécurité (Conseil de l’Insécurité pour les populations des pays du Sud).
    Les administrations étasuniennes collaborent à leur bon vouloir la CPI; elles n’accepteront pas la traduction d’un.e de leurs citoyens.es devant cette institution juridiciaire. Ce pays a plus de criminels de guerre et de génocidaires au sommet de l’Etat et dans ses forces armées. Si la CPI a pour mission de poursuivre celles et ceux qui commettent attent-elle pour ouvrir des procédures contre des Etasuniens.es, Chinois, Israéliens, Ruses…
    La CPI est un machin des pays, qui commettent plus de crimes contre l’humanité et de génocide dans le monde. La création de ces monstres a ouvert des actions et développé des procédures judiciaires contre certains dirigeants, et bizarrement ce sont ceux des pays du Sud et quelques autres du Nord, mais des pays qui n’ont pas de poids. Et pour compléter cette information, l’Union Européenne exerce une pression (forme de collaboration avec la CPI) sur les pays des Balkans, qui veulent entrer dans ce club, qui se déchire (Bréxit, refus de la collocation des réfugiés.es).
    Tant que la CPI n’agira pas contre les grands pays comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, Israël, ses actions et procédures judiciaires contre les dirigeants des petits pays seront injustes et ciniques. Plus qu’une oeuvre judiciaire, elle met en place la politique des pays qui la contrôlent. Le procès de l’ex président Ivoirien, Laurent Gbagbo en est une illustration, car la procudeure a affirmé elle-même qu’elle a eu des pressions de la France. Et bizarrement aucun dirigeant français n’a été cité comme témoin. On assiste à des pièces de théâtre. Tout est décidé à l’avance.
    Ce sont nos justices qui doivent juger nos dirigeants et pour cela il faut donner les moyens matériels, humains et le respect au corps judiciaire. Une justice sous contrôle ne peut que produire de l’injustice.
    L’Afrique du Sud avait raison de ne pas arrêter le président Soudanais que cela plaise ou non aux représentants de l’Occident, qui imposent leurs volontés aux dirigeants des pays du Sud.
    Lea más en http://lepays.bf/condamnation-de-lafrique-sud-refus-darreter-omar-el-bechir-avertissement-frais-etats-membres-de-cpi/#5ceFcO02tl2d7K0R.99

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