DEMISSION DE ROBERT MUGABE : Quel avenir pour le Zimbabwe ?

DEMISSION DE ROBERT MUGABE : Quel avenir pour le Zimbabwe ?

Robert Mugabe, lâché et acculé de toutes parts, a fini par rendre le tablier le 21 novembre dernier. L’homme a ainsi mis fin à son règne sans partage de 37 ans. Du charismatique héros de la guerre d’indépendance et père-fondateur de la nation, l’homme n’aura laissé de lui que l’image d’un vieillard de 93 ans, accro du pouvoir et à la limite sénile, qui rêvait de régler sa succession au trône par une dévolution conjugale du pouvoir dans un pays économiquement exsangue. Les scènes de liesse dans les rues de Harare, suite à l’annonce de sa démission, témoignent du soulagement d’un peuple muselé et en proie aux affres de la crise économique, qui se surprend à rêver de lendemains meilleurs. La question que l’on pourrait se poser, est de savoir si Emmerson Mnangagwa qui lui succède pour conduire la transition, sera à même d’incarner les espoirs du peuple zimbabwéen. A priori, l’homme, de l’avis des spécialistes et observateurs de la scène politique zimbabwéenne, ne part pas avec les faveurs des pronostics. Et pour causes. D’abord, l’homme est issu du même sérail que Robert Mugabe aux côtés de qui il a passé 50 ans et dont il était le bras répressif.

Les lendemains des longs règnes sont le plus souvent désenchanteurs

Surnommé le crocodile, en raison surtout de son caractère impitoyable, il porte, selon les organisations de défense des droits de l’Homme, la responsabilité  des massacres dans les années 1980 de l’ethnie Ndébélé, qui se sont soldés par 20 000 civils tués.  C’est donc, selon le journaliste zimbabwéen et auteur du livre-enquête intitulé « La Peur »,  un personnage « horrible » qui « baigne dans le sang »,  qui porte aussi la responsabilité morale de la gestion de son ex-mentor, qui doit diriger le Zimbabwe et ce, dans le carcan d’un parti-Etat dont les assises, en raison de l’histoire du pays, sont essentiellement militaires. Ensuite, on le sait, les lendemains des longs règnes sont le plus souvent désenchanteurs. L’histoire récente du continent, à travers les exemples tunisiens, égyptiens, libyens pour ne citer que ceux-là, est là pour nous le rappeler. Par ailleurs, faut-il le rappeler, l’alternance intervenue à la tête de l’Etat ressemble plus à une révolution de palais destinée à servir les intérêts des dignitaires du même régime, qui, entrés plus tôt en disgrâce, ont encore par tous les moyens la main dans le plat. L’on a donc l’impression que le changement intervenu n’a consisté qu’à « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Enfin, le temps imparti à la transition, 90 jours, ne permet véritablement pas à Emmerson Mnangagwa de mettre en place un projet de société. Cela dit, le nouveau président par intérim peut surprendre agréablement et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, les temps ont changé et l’on est à peu près certain que l’homme ne peut plus gouverner avec les méthodes des Etats d’exception. Il sera donc contraint de lâcher du lest. Il faut même craindre que le nouvel appel d’air de liberté en direction du peuple, ne soit à l’origine d’une violente bourrasque qui emportera les institutions qui restent, malgré tout, les survivances de l’ère Mugabe. Ensuite, il n’est pas certain que le nouveau chef de l’Etat, âgé de 75 ans et vraisemblablement souffrant, nourrisse des velléités de s’éterniser au pouvoir. Il peut donc être animé de bonnes intentions et vouloir travailler à redorer son blason d’ancien sanguinaire. Quoi qu’il en soit, Emmerson Mnangagwa aura, devant lui,  de nombreux défis à relever.

Le Zimbabwe devra réussir le pari de s’intégrer dans un nouvel environnement international

Le premier défi sera de reconstruire l’économie zimbabwéenne affectée par plusieurs années de crise. La tâche s’annonce titanesque, quand on sait que cette relance de l’économie passera par la résolution du lourd contentieux né de la très controversée Réforme agraire et foncière (RAF), et cela dans un contexte de dépréciation de la principale richesse minière du pays, le cuivre. Le second défi sera de rouvrir le Zimbabwe au monde. Car, longtemps mis au ban de la communauté internationale, le Zimbabwe, pour réussir son envol, devra réussir le pari de s’intégrer dans un nouvel environnement international et y trouver les ressources pour relancer son économie. Pour ce faire, il doit se montrer fréquentable. Enfin, le dernier défi et non des moindres, sera de garantir la stabilité du pays et organiser des élections transparentes et crédibles pour faire du Zimbabwe une nation démocratique. Pour réussir cette mission, le président de la Transition doit se présenter non seulement comme un réformiste capable de faire évoluer les institutions en place pour les mettre en adéquation avec la soif de liberté des Zimbabwéens, mais aussi comme un homme capable de rassembler son peuple dans un contexte où la Zanu-PF fait face à de nombreuses contradictions internes et où l’opposition politique, à force de répression, est aujourd’hui réduite à sa portion congrue.

C’est donc dire qu’il n’y a pas de place pour l’optimisme au Zimbabwe. Mais, il appartient à tous les Zimbabwéens de se donner la main pour la reconstruction du pays. C’est d’ailleurs à cela que le nouvel homme fort du pays, dans un communiqué publié le 21 novembre dernier, appelle ses compatriotes. Et il faut espérer que la communauté internationale, à commencer par la SADEC, l’accompagnera dans ce sens.

« Le Pays »  

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