A la uneLe fait du jour

ECHEC DU DIALOGUE MAJORITE/OPPOSITION : Des citoyens se prononcent

L’opposition politique burkinabè a animé une conférence de presse, le 6 octobre 2014, à son siège à Ouagadougou, pour  annoncer  son retrait du  dialogue inclusif  entre elle et la Majorité présidentielle,   initié par le président Blaise Compaoré. Nous avons sillonné quelques artères de la capitale burkinabè, le 7 octobre 2014, pour recueillir  les points de vue de quelques citoyens sur l’échec du dialogue. Lisez plutôt !

Abdoulaye Semdé, Sociologue : « Ce dialogue est un cirque de la part de la majorité »

 « Dès le début du dialogue, on sentait que cela n’allait pas aboutir à grand-chose, parce que le médiateur dudit dialogue était juge et partie en même temps. En plus, le président Compaoré n’allait pas accepter la proposition de l’opposition, une question qui concerne la prolongation de son bail à Kosyam. D’une manière générale, c’est le pouvoir qui crée le problème au Burkina, car il suffit de respecter la constitution en ne modifiant pas l’article 37 pour que le pays reste dans la paix. Je pense que c’est un cirque que le pouvoir est en train de faire ; sinon les uns et les autres savent où se trouve le fond du problème. Il suffisait lors de ce dialogue, que le président Compaoré renonce à l’idée de la tenue du référendum et à la modification de l’article 37 pour que les choses se passent bien. Dans la mesure où la  modification de l’article 37 est un point non consensuel ainsi que le  Sénat,  pourquoi revenir sur ces questions ? Cela ne peut pas aller car dans les deux camps, chaque partie a quelque chose derrière la tête, surtout le parti au pouvoir. »

Abdoulaye Razack Kouanda, couturier : « Le président a voulu tromper l’opinion publique, en faisant croire aux gens qu’il est pour la médiation au Faso »

« En convoquant l’opposition pour un dialogue, le président s’était déjà préparé et avait ses idées derrière la tête. C’est inadmissible pour un président de convoquer son  propre parti et le camp adverse pour dialoguer, parce qu’il ne quittera jamais derrière son parti. Il a voulu tromper l’opinion publique, en  faisant croire aux gens qu’il est pour la médiation au Faso. Nous tous nous sommes conscients qu’il a fait cela pour que l’on puisse dire qu’il est un homme de paix et de dialogue, car il souhaite que l’opinion nationale témoigne qu’il a essayé d’instaurer le dialogue. Mais il se trompe lui-même, car nous avons su dès le départ quelles étaient ses intentions. »

Charles N., transitaire : « Le président Compaoré est prêt à tout pour rester au pouvoir »

« Je pense que l’opposition a trop demandé au président, en disant  de ne  pas modifier l’article 37. Le mieux serait de le laisser au pouvoir jusqu’à ce qu’il décide de le quitter de lui-même. Si Blaise a pu sacrifier son propre ami pour le pouvoir,  ce ne sont pas les Zéphirin ni les Roch qui lui feront peur. Il est déterminé et il pourrait même faire le pire pour garder son pouvoir. Dès le départ, ce dialogue était déjà voué à l’échec, car c’était un dialogue mort-né. C’est vraiment dommage de  la part de nos dirigeants de se comporter de la sorte. »

Jedida Sanon, étudiante en 2e année de communication : « Je pense que cela aurait été un succès pour tous les Burkinabè »

« C’est déplorable que ce dialogue se soit terminé par un échec. La plupart des Burkinabè s’attendaient à une réussite de ce dialogue. Je pense que cela aurait été un succès pour tous les Burkinabè, si les deux parties avaient trouvé un accord politique. Hélas, ce dialogue a accouché d’une souris. On se demande à quoi s’attendre, vu la divergence des positions. »

Issouf Tiemtoré, comptable : « Nous ne savons pas ce qui va arriver après l’échec du dialogue »

«  C’est souhaitable que le président ait un regard sur l’avenir de sa population. Nous sommes perdus et en même temps inquiets, car nous ne savons pas ce qui va arriver après l’échec de ce dialogue. La majorité campe sur sa position, pour la tenue du référendum, et l’opposition s’y oppose. Donc au regard de tout cela, nous, en tant que  citoyens de ce pays, nous sommes face à un dilemme parce que nous ne souhaiterions pas vivre ce qui se passe dans les pays voisins. Mais le président qui a une réputation dans les médiations gagnerait plus à quitter le pouvoir, pour préserver la paix au Faso. »

Mme Viviane Sawadogo/ Ouédraogo : « L’échec était prévisible »

 « L’échec était prévisible. Chaque camp  savait qu’il était difficile d’aboutir à un consensus.  Notre souhait est que le président Blaise Compaoré se repose parce qu’il est fatigué.  Il a beaucoup  travaillé pour le Burkina Faso. Il  a beaucoup fait pour le Burkina, mais le temps est venu pour lui de se reposer.  Cependant, nous avons des inquiétudes quant à la personne capable de bien diriger le pays comme Blaise Compaoré. Je pense que c’est à l’opposition et à  la Majorité de trouver des solutions de sortie de crise, pour le bonheur des Burkinabè. Quant à  nous,  nous nous  soumettrons à la vérité des urnes, si toutefois il y a des élections.  Il faut qu’on organise un référendum pour départager les deux camps.»

Iréné Bationo : « La rupture du dialogue est une suite logique »

 « Nous ne sommes pas contre le président  Blaise Compaoré, mais la démocratie est un processus qu’on a mis en place. Il faut être honnête.  La rupture du dialogue est une suite logique.  Lorsqu’on ne peut pas faire quelque chose, il faut avoir le courage de  dire non.  La démocratie suppose l’alternance.   Cette alternance est un processus.  En plus, la démocratie est venue  pour nous faire du bien.  L’alternance n’est pas pour faire du mal à qui que ce soit.  Je suis un syndicaliste, mais j’analyse et je dis ce qui me semble être   la réalité.  Je ne suis  contre personne, mais nous sommes régis par des textes et il faut les respecter. »

Ali Savadogo, étudiant en 3e année d’études  anglophones  à l’Université de Ouagadougou : «Les termes  utilisés mêmes posent problème»

 «Les termes  utilisés mêmes posent problème. Le Sénat, la Constitution, l’article 37… ne sont pas en réalité les vrais  problèmes du peuple. La vérité est que le peuple souffre. Même si le dialogue avait abouti, cela n’allait  pas changer la situation parce que ce ne  sont pas les vrais problèmes de la population qui ont été débattus. La population vit dans la misère. Il y a aussi le manque d’emplois  pour la jeunesse. Il n’y a pas suffisamment d’infrastructures scolaires pour la formation.  Il y a également l’impunité qui n’a pas été évoquée. Ce sont là les  vrais problèmes.  On pourrait penser que ce sont des acteurs qui veulent profiter d’une situation pour s’enrichir.  Ce qui les intéresse, c’est Kosyam! Il faudrait que les Burkinabè fassent  attention pour ne pas tomber dans le piège de ces politiciens. Il faut que le peuple sache que tous ceux qui rôdent  autour de Kosyam sont des ennemis du peuple. Ils ont tous pillé le peuple ».

Brahima Diarra, étudiant en 3e année de Lettres modernes : «C’était de la comédie »

 «Je pense comme plusieurs personnes que le dialogue était bien parti pour échouer.  Et il a abouti à l’échec.  Je pense que c’était de la comédie.  Le vrai concerné par le dialogue est Blaise Compaoré.  C’est autour de sa probable candidature en 2015 que les gens se tiraillent.  Et c’est lui qui appelle l’opposition et la majorité au dialogue.  Il est de quel camp ? Du parti au pouvoir ? C’est sous la bannière du CDP qu’il a été élu.  Je ne comprends pas pourquoi il invite l’opposition et la majorité à dialoguer pour trouver une solution.  Je trouve que c’est de la comédie pure et simple. La seule voie de sortie est que le peuple burkinabè prenne ses responsabilités.  Que la population sache aussi que cette opposition qui s’agite s’intéresse peu au peuple. C’est son accession au pouvoir qui l’intéresse. »

Propos recueillis par Valérie TIANHOUN et Issa SIGUIRE

Articles similaires

2 commentaires

  1. Fidèle à mon principe de « Burkina d’abord », j’invite les uns et les autres à jouer balle à terre car lorsque la guerre éclatera, les balles ne connaitront ni pro-référendum ni anti-referendum!Elles tueront du Burkinabé sans distinction ! Pas même les neutres et ceux qu’y comprennent rien !
    Ayez à l’esprit que les mêmes causes produisent les mêmes effets et ce qui est arrivé ailleurs de bon comme de mauvais peut nous arriver au Burkina Faso. Ne répétons donc pas les erreurs des autres dans la mesure où nous sommes suffisamment édifiés de leurs conséquences. Jetons un coup d’œil sur la Cote d’Ivoire, berceau de la richesse de notre sous-région, pays d’hospitalité et grande humanité antan !! Plus d’une personne ont été étonnées de voir les Ivoiriens s’entretuer, tellement ils vivaient harmonieusement exploitant allègrement le cacao, le café, l’ananas, le palmier à huile pour se nourrir et nourrir les ressortissants de ses voisins!! Regardez ce que le pays a vécu pendant plus de dix ans: une déchéance totale faite de morts, de faim, de soif, de misère et de recul socio-économique!! Et souvenez vous du dénouement: des combats de rue entre frères pour déloger comme un rat celui qui fut jadis le porte flambeau de la refondation et d’un patriotisme ou nationalise affirmé! Aujourd’hui, nous voyons ce peuple voisin panser ses plaies non sans amertume et remords!! Ne nous y méprenons pas: si nous débouchons dans la guerre personne n’en sortira gagnante! Pas même nos ennemis!!
    Cela fait bientôt deux ans que les écrits foisonnent, que les rencontres s’organisent, que les marches se font et que l’animosité dans ce qu’elle a de plus abjecte s’exprime entre frères et sœurs que nous sommes, fils et filles du même ancêtre!! Autour d’une seule chose : la volonté de régner à vie ! Oui !! « Déverrouiller pour se donner autant de nouveaux mandants que la vie nous permettra !! Les lois, on s’en fout, d’ailleurs elles ne sont jamais justes !! Que ceux qui veulent la justice aillent au tribunal ! », pensent-ils !
    Non, réveillons nous, et mettons notre orgueil, notre égo, notre égoïsme de coté et pensons « le Burkina D’abord » pour savoir préserver notre patrie des incertitudes et nos enfants d’un héritage en lambeau et sans valeur dont nous ne serons pas fiers même dans nos tombes! Pensez le pouvoir pour le pouvoir est assassin et dévasteur car dans cette logique, la logique de l’intérêt commun s’estompe et bonjour le culte de la personne, l’érection de l’homme en démiurge alors que nous sommes tous des mortels!! Seul Dieu est éternel et parfait. En fait de perfection, nous ne demandons pas à Blaise qu’il ait été parfait, humain qu’il est!!
    Au moins que son coté Dieu l’éclaire pour qu’il se soumette simplement à ce à quoi il s’est engagé librement: respecter la Constitution et la défendre! Tout le reste n’est que subterfuges, parodies et cirque de politiciens amortis en quête d’une nouvelle vie politique!! Non, soyons Burkinabé! Regardez Hermann, ce manteau qu’il porte ne lui sied pas !! Nous ne le connaissions pas comme un comédien de grande facture!! Mais au moins que sa comédie se limite à faire rire et non à propulser notre Burkina dans l’enfer et ce qu’il a de plus brulant! Aux membres de l’opposition, osez sacrifier vos ambitions, légitimes certes, pour nous éviter le pire car l’homme autoproclamé fort semble ne plus être un humain! Et tout porte à croire qu’il usera de la force de l’homme fort, de nos armes et de nos hommes de tenue pour assouvir sa boulimie dévastatrice de pouvoir!! Faites des concessions, laissez la Majorité organiser son référendum si tant est que le grand gagnant c’est le peuple Burkinabé! Blaise gagnera son référendum et se présentera aux élections au mépris de toutes les valeurs morales que nos pères nous ont enseignées mais l’avenir nous dira!! Vous savez, on ne peut pas avoir raison d’un peuple, aussi mouton soit-il, ad vitam aeternam!! Le jour viendra où la justice de Dieu se fera, mais encore faut-il que ce jour là, le Burkina ait été préservé du fait de nos sacrifices à tous! Je ne suis pas fataliste mais je concède à l’être si mon Burkina n’est pas le souci d’abord chez l’homme fort et sa coterie !

  2. D’accord, Mr Sawadogo Lassane, il y’a beaucoup de burkinabé qui sont capables de diriger ce pays, mais la question centrale n’est pas là, c’est le peuple burkinabé qui décide à qui il donne sa confiance pour le diriger ! Les tenants de l’opposition contestent au pouvoir les velléités de la révision de l’article 37 dans son esprit et sa corrélation avec la mis en place du SENAT. Et les tenants du pouvoir arguent de la possibilité de réviser l’article 37 et la mise en place du SENAT, car ce qui n’étant pas interdit par la loi constitutionnelle dans sa lettre est tout à fait faisable et légal ! Voila, le nœud gordien qui divise notre classe politique ! En vérité, la loi fondamentale qui est de surcroit taillée sur mesure car la limitation des mandats n’étant pas verrouillée, par conséquent ce qui n’est pas interdit est autorisé par la loi ! Par ailleurs, l’exemple du Sénégal est là pour le prouver et Macky Sall n’a pas eu besoin qu’on interdise la candidature de Wade pour la, battre dans les urnes ! Vous savez bien que les questions d’éthiques et des valeurs morales en politique est discutables et variables d’un individu à l’autre et selon les contextes sociopolitiques ! Alors ne faisons pas trop de fixation sur l’article 37 car est souhaitable autant que faire se pourra de garder des attitudes réalistes et de responsabilités dans les actions qui doivent être basées sur le gout de la vérité et de la transparence en donnant la parole au peuple souverain avec ses limites subjectives et objectives de décider de la désignation de ses dirigeants au Burkina Faso ! C’est notre conviction citoyenne ! Salut !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer