ELECTIONS LOCALES EN COTE D’IVOIRE

ELECTIONS LOCALES EN COTE D’IVOIRE

 Un apéro qui annonce un plat central indigeste

Les choses sont parties en vrille dans plusieurs départements de la Côte d’Ivoire, à l’occasion du double scrutin (municipal et régional) organisé samedi dernier. Les violences électorales dont le pays de ‘’Nana’’ Houphouët est coutumier depuis la fin du parti unique, ont ressurgi lors de ces élections locales, entraînant un mort, plusieurs blessés et des urnes saccagés dans plusieurs bureaux de vote. C’est vrai qu’au regard des enjeux et du contexte, on s’attendait à pire que ça, mais c’est déjà suffisamment inquiétant pour ne pas être dénoncé et condamné quand on sait que ce pays a été plusieurs fois victime des morsures de l’histoire depuis la fin de la décennie 90. L’inquiétude est d’autant plus justifiée qu’on a encore sorti les machettes avant et pendant les élections du week-end dernier notamment à Guiglo dans l’ouest, à Bonoua dans l’Est et à Lakota dans le sud, alors qu’il ne s’agissait pour ainsi dire que d’une répétition générale avant l’échéance fatidique de la présidentielle dans deux ans précisément. En tout état de cause, on ne peut que faire le constat que les Ivoiriens viennent de se servir eux-mêmes un apéro qui s’est révélé être amer, en attendant 2020 et le plat central qui sera forcément indigeste au regard des fortes odeurs de fennec et de combines d’arrière-cour qui ont déjà marqué ces élections locales. Mais à vrai dire, il ne pouvait en être autrement, au regard des enjeux énormes du double scrutin. Il s’agissait en effet pour chacun des partis et des candidats en lice de se faire élire dans les municipalités et les conseils régionaux notamment à fort potentiel électoral, afin d’avoir la légitimité requise pour rêver d’un destin national ou damer le pion à ses vis-à-vis lors des présidentielles et des législatives à venir. Ce sont ces rivalités entre formations ou regroupements politiques et dans certains cas entre des camarades d’un même parti sur fond de redistribution des cartes avec le probable départ à la retraite de ceux qui ont dominé le jeu politique ivoirien ces trente dernières années, qui ont fait monté les passions et les tensions, fort heureusement contenues dans la plupart des cas grâce à une mobilisation exceptionnelle des forces de l’ordre.

La fin du mandat de Alassane Ouattara ne sera pas une partie de plaisir

Le désamour ou plutôt le divorce entre les deux têtes de gondole du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) que sont le RDR de Alassane Ouattara et le PDCI-RDA de Henri Konan Bédié, a pris des allures de psychodrame dans le quartier d’affaires du Plateau où chaque camp a présenté son candidat pour la mairie de la commune et où la situation était électrique dans la journée du dimanche en raison des déclarations triomphalistes de leurs militants respectifs. Au-delà de cette opposition entre les deux ex-alliés pour la gestion de cette commune, c’est le combat impitoyable qu’elle préfigure entre ces deux formations politiques à l’occasion de la prochaine présidentielle qui retient l’attention, avec cette éventualité de voir le PDCI-RDA nouer une alliance de circonstance avec d’autres partis afin de ‘’déloger’’ le RDR et ses affidés du somptueux palais de Cocody, en 2020. Au regard des résultats déjà publiés depuis hier après-midi, on peut dire que la fin du mandat de Alassane Ouattara ne sera pas une partie de plaisir, et la prochaine élection présidentielle risque d’être lourde de dangers pour son parti unifié et pour la Côte d’Ivoire tout entière. Parmi les candidats que le camp présidentiel a envoyés à la pêche aux voix, il y en a eu beaucoup en effet qui en sont revenus bredouilles, alors que son ennemi intime du PDCI a marqué des points dans la plupart des circonscriptions où il était en compétition. Seule consolation, mais elle est de taille, pour le parti unifié au pouvoir, c’est l’élection  de son candidat et ci-devant ministre de la défense, Hamed Bakayoko, comme édile de la commune d’Abobo, la plus peuplée d’Abidjan après celle de Yopougon. Une victoire à la Pyrrhus contre un candidat soutenu par l’une des figures de proue du camp présidentiel, Guillaume Kigbafori Soro, qui laissera certainement des traces quand on sait que ce ‘’fratricide’’ n’est pas du goût de nombreux militants se réclamant toujours officiellement du RDR, même si on sait que dans les coulisses, ils roulent pour le leader de l’ex-rébellion. De quoi semer davantage le doute dans les rangs du RHDP ‘’nouvelle formule’’ voulu et conçu par le président Ouattara, surtout que les plus lucides de ses inconditionnels doivent à présent  réaliser qu’à l’allure où vont les choses, une vaste coalition de ‘’tout sauf le RHDP unifié’’ regroupant le PDCI, les déçus du RDR, le FPI tendance Pascal Affi Nguessan, les indépendants et d’autres partis situationnistes n’est pas à exclure, dans la perspective de la présidentielle de 2020. En attendant, les uns et les autres vont devoir se remettre de leurs émotions ou de leurs déceptions afin de travailler à désarmer les esprits et à faire en sorte que les votes à venir ne soient pas ceux des « bêtes sauvages » merveilleusement décrits par leur compatriote de regretté mémoire, Ahmadou Kourouma, dans son roman intitulé « En attendant le vote des bêtes sauvages ».  C’est ce travail de fond qui évitera aux Ivoiriens de pédaler, à chaque échéance électorale,  dans la choucroute de la violence, de l’intoxication et de la désinformation, comme ce à quoi on a assisté pendant ces élections qui, au lieu d’attirer du monde dans les urnes, ont plutôt attiré les projecteurs encore une fois, sur la Côte d’Ivoire à cause des incidents provoqués par des individus à la moralité…politique douteuse.

Mais, sans doute que la Côte d’Ivoire aurait fait l’économie de ce psychodrame politique si Alassane Dramane Ouattara n’avait pas, depuis le début de son deuxième mandat, adopté une posture de parjure vis-à-vis de son aîné Henri Konan Bédié. A présent, il y a lieu de craindre que les djinns ne ressortent de leurs bouteilles en 2020, pour un tragique remake en Côte d’Ivoire.

Hamadou GADIAGA

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