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FIN DU DIALOGUE POLITIQUE ET APPEL A UNE JOURNEE VILLE MORTE EN RDC : L’accord de la discorde

 

Malgré la forte tempête consécutive aux  violences des 19 et 20 septembre  2016, ayant entraîné  le départ d’une partie de l’équipage, notamment l’Eglise catholique, le navire des pourparlers inter-congolais est arrivé, le 18 octobre dernier, à destination, comme l’avait prévu le plan de navigation du président Joseph Kabila. En effet, les quelque 300 participants au dialogue mené sous la houlette du facilitateur de l’Union africaine (UA), Edem Kodjo, ont apposé leur signature sur le document de l’accord obtenu aux termes des négociations, actant ainsi le glissement du calendrier électoral et le maintien de Kabila au pouvoir au-delà du délai constitutionnel. Et pour service rendu pour le voyage, la frange de l’opposition conduite par Vital Kamerhé, obtient  le portefeuille de Premier ministre. Mais ce pacte qui scelle le partage du pouvoir entre amis du même arbre à palabres, comme il fallait bien s’y attendre,  constitue la pomme de discorde avec l’autre frange de l’opposition, le Rassemblement mené par le vieux lion, Etienne Tshisekedi.

Kabila peine à faire avaler la pilule à tout le monde

En effet, dès ce mercredi 19 octobre, l’opposition radicale appelle à une journée ville morte pour protester contre cet accord et réaffirmer son engagement à ne pas accorder une minute supplémentaire à Kabila au-delà du 19 décembre 2016, fin de son mandat constitutionnel. Et comme pour se joindre au chœur de désapprobations du Rassemblement, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE), dans un langage d’une rare virulence, appellent à la tenue des élections au plus tard en 2017 et à l’ouverture d’un nouveau dialogue, véritablement inclusif. L’appel est assorti de menaces de sanctions ciblées qui pourraient viser tous les porteurs de passeports diplomatiques. C’est donc peu de dire que Kabila, même ayant réussi à embarquer dans ses manœuvres, une partie de son peuple, peine à faire avaler la pilule à tout le monde. L’accord qui était censé être la panacée pour la réconciliation, cristallise finalement les lignes de fracture de la classe politique et de la société civile congolaises, rendant ainsi de plus en plus inéluctables les risques d’explosion ou d’implosion. Plus que jamais, la RD Congo est menacée à nouveau de sombrer dans la guerre civile après avoir échoué à régler ses dissensions internes par un vrai dialogue constructif et inclusif.  La question que l’on peut dès lors se poser est la suivante : que fera Kabila face à l’imminence du danger ? Les massacres des 19 et 20 septembre derniers n’autorisent pas de doute  quant à l’attitude qui sera la sienne,  après avoir  réussi le pari du rapt  de la légalité en faisant valider par la Cour constitutionnelle, l’accord issu du dialogue politique. Disposant désormais des moyens légaux de la répression, le satrape de Kinshasa ne s’en privera surtout pas en ce moment où la matérialisation de son rêve semble le plus à portée de main. Il est, de ce fait,  plus que jamais arcbouté à son objectif, dût-il marcher sur les cadavres de ses compatriotes. Et ce n’est sans doute pas les menaces des toubabs qui feront démordre la bête, quand on sait que celle-ci peut souffler dans la musette de la souveraineté nationale  et crier à l’ingérence étrangère. Les partisans de la majorité présidentielle ne se privent d’ailleurs pas d’user de ces menaces pour alimenter un nationalisme pro-Kabila qui est comparé à Patrice Lumumba, victime de la conjuration occidentale.  Et à vrai dire, on peut même douter de l’efficacité des sanctions brandies par l’UE.  Elles ne font leurs effets que sur le long terme, laissant le temps  aux dictatures de développer même une certaine immunité. Plus dramatique, ces dictatures, en développant ces germes de résistance, se métastasent comme un cancer qui menace de gangrener de vastes parties du continent, comme il a été donné de constater avec le cas burundais. Pierre NKurunziza, en effet, en résistant à  la bourrasque des sanctions internationales, semble avoir fait des émules en Afrique centrale où Denis Sassou Nguesso, Joseph Kabila et autres Ali Bongo Odimba  lui ont emboîté le pas à fière allure. Au-delà même de l’efficacité de ces sanctions, on peut aussi douter de leur sincérité. Car, elles semblent juste destinées à se donner bonne conscience face à l’agonie du peuple congolais, quand tout simplement elles ne sont pas l’expression de l’hypocrisie des Occidentaux qui savent pourtant où frapper pour faire démordre la bête.

L’ère des coups d’Etat militaires semble avoir cédé le pas aux coups d’Etat constitutionnels

Mais il faut bien se rendre à l’évidence, la RD Congo est un grand pays où les intérêts économiques sont tels qu’il faut avancer à pas feutrés surtout qu’à l’affût se trouvent les Chinois qui, eux, font fi de la démocratie et des droits de l’Homme.  Il faut craindre, par ailleurs,  que la politique de « deux poids, deux mesures »  ne vienne à rendre sympathique le satrape aux yeux des opinions africaines qui ne comprennent pas pourquoi les Occidentaux n’ont pas fait montre du même attachement aux principes et valeurs démocratiques, quand il s’est agi de Denis Sassou Nguesso du Congo Brazzaville.  C’est dire que leur  attitude manque de lisibilité ; toute chose qui fait naître un certain sentiment d’ambivalence chez les démocrates du continent. Les plus sceptiques en viennent même à douter de la démocratie comme la panacée aux problèmes politiques en Afrique car s’il est vrai que l’ère des coups d’Etat militaires semble révolue, elle semble avoir cédé le pas aux coups d’Etat constitutionnels. Cela dit, les menaces de sanctions de l’UE ont une valeur symbolique importante et constituent, de ce fait, un précieux viatique pour l’opposition congolaise qui sait qu’elle ne lutte pas en gladiateur isolé dans l’arène, contre la bête.  Elle doit, cependant, savoir compter d’abord sur elle-même  et continuer à faire la preuve de son rejet  de la logique du fait accompli, car «  l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, comme disait Thomas Sankara, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ».  La journée de mobilisation de ce mercredi, après les foules de septembre, doit s’inscrire dans cet ordre d’idée. « Quand un homme refuse, il dit non », dit l’adage mandingue et Etienne Tshisekedi et ses camarades de l’opposition doivent avoir à cœur aujourd’hui de le signifier des plus bruyamment.

 

« Le Pays »

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