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INCIDENTS LIES A LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE AU TOGO

Savoir raison garder

Trois meetings de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) interdits par le préfet et le maire dans des communes du Nord, Cinkassé, Tandjouaré et Gando. Un autre rassemblement du même parti d’opposition, perturbé par des militants du parti au pouvoir, l’UNIR. Et ces incidents ne sont pas les premiers du genre. C’est du moins ce que dénonce l’opposant togolais, Jean-Pierre Fabre, remonté contre ce qu’il estime être des obstacles sciemment dressés par le pouvoir en place, sur le chemin de sa campagne électorale en vue de la présidentielle du 22 février prochain. Et sa réaction ne se limite pas à un coup de sang, puisque que son parti qui voit dans ces perturbations, « quelque chose de bien orchestré », envisage de porter plainte. Evidemment, l’Exécutif togolais n’embouche pas la même trompette, renvoyant la balle à l’opposant Fabre, même s’il reconnaît qu’il y a bien eu un incident à Bassar. Qui du pouvoir et de l’ANC, dit vrai ? Une chose est sûre : la tension est à couper au couteau. Si les accusations de l’ANC, étaient fondées, il faudrait blâmer l’UNIR qui aurait alors donné des verges à l’opposant, pour se faire cravacher. Et dans ce cas, la question qui viendrait à l’esprit, serait de savoir pourquoi, diantre, le parti au pouvoir est-il si frileux ? Confronté au nouveau mode de scrutin arraché de haute lutte par l’opposition, qui passe à deux tours, l’UNIR est-elle sur le gril, au point de perdre sa sérénité ? De quoi a-t-elle peur ? Où faut-il plutôt voir dans ces troubles, l’œuvre de partisans zélés qui voudraient tout simplement faire plaisir au prince régnant ? Quoi qu’il en soit, le candidat Faure Gnassingbé n’a pas besoin de ça. Il devrait plutôt travailler à rendre le plus «clean » possible, sa réélection programmée, dans une république où l’alternance démocratique s’apparente quasiment à un… totem. Hélas, ce sera toujours ainsi tant que les institutions, l’Administration et les moyens de l’Etat seront mis au service du candidat du pouvoir.

On pourrait suggérer au Togo, la formule pratiquée dans un pays comme Madagascar

Une Administration républicaine, des institutions fortes, nécessaires à l’enracinement de la démocratie, qu’on ne se voile pas la face, ce n’est pas demain la veille au Togo. Le candidat Jean-Pierre Fabre est-il à la recherche d’incidents, comme l’en accusent les tenants du pouvoir ? En tout cas, chaque camp doit savoir raison garder et donner des gages de bonne foi pour une campagne civilisée, sereine et pacifique. En particulier le pouvoir togolais qui a la lourde responsabilité de mener à bien le processus électoral, au risque que les élections en cours ne débouchent encore sur des violences post-électorales. Pour sa part, pour autant qu’il désapprouve les manœuvres illégales dénoncées à tort ou à raison par son principal challenger, Faure Gnassingbé devrait tenter d’y voir clair et réagir, si les griefs sont avérés, dans le sens du bien et de l’équité. Il en sortirait grandi. Sous d’autres cieux, l’on a vu des chefs d’Etat montrer leur attachement à plus d’équité, en donnant toutes les chances à leur l’opposition ; ceux-ci avaient fait leur, l’adage selon lequel « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». L’homme fort de Lomé serait dans cette logique, qu’il mettrait en garde toute personne qui ramerait à contre-courant de l’expression démocratique, tout en brandissant la menace de sanctions. Mais, ce serait peut-être trop demander à Faure Gnassingbé dont le pays continue de porter le bonnet d’âne en matière de démocratie dans la sous-région. Ce rang peu honorable n’est cependant pas une fatalité ; tout est une question de volonté d’aller de l’avant. A ce propos, l’on pourrait suggérer au Togo, cette formule pratiquée dans un pays comme Madagascar. Dès que la campagne électorale pour la présidentielle, est lancée, le gouvernement rend sa démission. Et le chef d’Etat sortant devient un citoyen comme tout autre, en attendant sa probable réélection. Tout cela participe à offrir plus de garanties d’égalité de chances aux différents candidats. Un exemple dont bien des pays à la gouvernance politique approximative, devraient s’inspirer s’ils veulent vraiment tirer la démocratie vers le haut.

« Le Pays »

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