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MALNUTRITION INFANTILE : Ce mal qui sévit rigoureusement à Ouaga

 

 La malnutrition vue sous l’angle de la dénutrition ou de la sous-nutrition ne sévit pas seulement que dans les campagnes et dans les provinces. Le mal a aussi investi la ville. Pour avoir un aperçu de la situation, nous nous sommes rendus au Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle (CREN) de l’hôpital Saint Camille de Ouagadougou (HOSCO), le 6 décembre 2018. Afin de respecter la volonté de la responsable du service pédiatrique de l’hôpital, les photos ont été prises de sorte à ne pas révéler le visage des patients ni celui de leurs parents. 

 

Il est 8h lorsque nous franchissons, avec bien d’autres personnes, le portail de l’hôpital Saint Camille de Ouagadougou (HOSCO). Notre destination,  le  Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle (CREN). Nous mettons environ une dizaine de minutes pour parcourir à pied la distance qui sépare l’entrée principale et le CREN. Le CREN de l’HOSCO fait partie de l’un des rares centres existant à Ouagadougou et oeuvrant dans la prise en charge des enfants souffrant de malnutrition. Du lundi au vendredi, le CREN reçoit un groupe d’enfants en situation de sous-nutrition. Donc, pas un jour ouvrable ne passe sans que le centre ne grouille d’enfants. C’est au moins une quinzaine d’enfants  qui y sont reçus par jour. Et le jeudi 6 décembre 2018, le CREN est censé recevoir un groupe d’enfants malnutris en phase de récupération.  Mais à notre arrivée sur les lieux,  aux environs de 9h, les mamans et leurs bébés n’étaient  pas encore arrivés. « Les mamans devaient être là depuis 6h mais comme il fait frais, c’est certainement pour cela qu’elles sont en retard », nous  renseigne une monitrice du CREN. Effectivement, aux environs de 9h, les mères et les petits patients, chaudement habillés, commencent à arriver une à une avec leur ballot pour la journée. Avant que les petits patients ne viennent sous le hall pour la prise en charge, ils doivent passer par l’étape de la pesée hebdomadaire. Une étape redoutée par les mamans des enfants en état de malnutrition. Au CREN de l’HOSCO, c’est le tout pour le tout pour plus de kilos. « Quand on me dit que mon enfant a ajouté des kilogrammes, je suis contente mais si c’est le contraire, c’est un peu décourageant », nous confie Korotimi Tapsoba, commerçante de légumes.  Elle est  la mère de la petite Amanda Bitibali, âgée de 12 mois avec 6,660 kilogrammes et admise au CREN à l’âge de 8 mois pour 6 kilogrammes. Depuis ce temps, l’emploi du temps de dame Tapsoba est le même tous les jeudis. « A 5h du matin, je suis au marché de la Cité An II. A 8h, je laisse mes marchandises avec ma mère et je viens au CREN de Saint Camille pour m’occuper de mon enfant ». Au moment des échanges avec la maman, Amanda a du mal à rester sur place.  Le CREN semble être un endroit familier pour elle. Alors, elle est à l’aise et prend du plaisir à marcher et à aller là où ses petits pas hésitants la conduisent. Une attitude qui plaît à la maman parce que l’enfant arrive à jouer. Ce qui n’a rien à voir avec son comportement du premier jour au CREN.  La maman d’Amanda se souvient encore des circonstances qui l’ont conduite au CREN de Saint Camille. A l’entendre, cette période a été douloureuse pour sa famille. En effet, l’enfant faisait la diarrhée et elle ne mangeait pas. « On m’a demandé de faire des examens de selles et de sang. C’est après qu’on m’a dit que mon enfant est faible et qu’elle souffre de malnutrition », relate Korotimi Tapsoba qui poursuit : « en tant que maman, j’étais découragée mais les conseils qu’on m’a prodigués pendant la consultation, m’ont redonné du courage ». Eric Konaté, agent de bureau et père du petit Auguste César, a aussi été éprouvé par l’état de santé de son enfant qui a été admis au CREN à 15 mois avec un poids de 5 kilogrammes, après une phase de maladie. « Quand le médecin nous a dit que notre fils souffrait de malnutrition, sur-le-champ, nous étions choqués », déclare Eric Konaté qui pensait que la situation de malnutrition n’arrivait qu’aux enfants des autres. Il était le seul homme parmi le groupe de femmes à avoir amené son  enfant au CREN de l’hôpital Saint Camille. On imaginerait qu’il a mis son enfant au dos. Non. Il l’a mis dans un porte-bébé qu’il a placé devant lui pour le transporter. Un homme qui transporte son bébé à l’hôpital en consultation et de surcroît seul au milieu de nombreuses femmes, une curiosité qui mérite d’être relevée sous nos cieux. Mais pour Eric Konaté, il n’y a rien d’extraordinaire en cela. « Au début, je venais avec ma femme. Elle était presqu’à terme. Comme elle a accouché, c’est ce qui explique que je viens seul avec l’autre jumeau pour le rendez-vous hebdomadaire », explique-t-il. Pour celui qui fréquente le CREN avec son enfant depuis un mois, il trouve que l’état de santé de l’enfant évolue positivement et qu’il prend du poids. En effet, le 6 décembre dernier, après la pesée hebdomadaire, le petit Auguste César Konaté âgé de 16 mois, pesait 7, 500 kilogrammes. Et le fait de fréquenter le CREN aide beaucoup le bébé de 16 mois à s’en sortir. Son père ne cache pas sa satisfaction. « Avec le chocolat,  (le plumpy nut) qu’on nous donne  gratuitement et les conseils nutritionnels que nous recevons, au CREN, Auguste César commence à récupérer », affirme-t-il d’un air rassuré. Il n’est pas seul à avoir ce sentiment. En effet, Assana Ouédraogo aussi se dit soulagée depuis le 21 juin 2018, date à laquelle elle a commencé à fréquenter le CREN avec son enfant malade âgé de 13 mois qui ne mangeait pas. A la date du 6 décembre, l’enfant de Assana est passé de 7,810 kilogrammes à 9,170 kilogrammes. « En tout cas, ça va beaucoup mieux actuellement grâce aux conseils nutritionnels que je reçois au centre », nous confie-t-elle tout en lançant un message aux mères. « Souvent, nous les mères, quand nous sommes occupées à travailler, nous ne voulons pas donner à manger aux enfants parce que nous  ne voulons pas interrompre ce que nous sommes en train de faire. Ce n’est pas bon. Nous devons cesser de nous comporter ainsi et donner à manger à nos enfants ».

 

« Je donnais à mon bébé la bouillie de petit mil que les femmes vendent »

 

Le CREN de l’hôpital Saint Camille semble redonner vie à ces patients particuliers. Et c’est aussi au CREN qu’on voit l’espoir renaître sur le visage de ces mères souvent bouleversées et ne sachant plus à quel saint se vouer. C’est le cas de Bibata Sawadogo que nous avons rencontrée aux environs de 10h aux urgences pédiatriques. Assise sur le lit, le regard hagard, Bibata tient dans ses bras, sa fille Mouniratou de 8 mois reliée à une machine qui l’aide à respirer. Elle venait de finir de lui donner le bibéron. Selon le diagnostic du médecin, Mouniratou souffre d’une malnutrition aiguë sévère. Lorsque nous pénétrons dans la salle d’hospitalisation, nos yeux de profane ont du mal à supporter ce que nous voyons. Nous sommes envahi par une certaine inquiétude au sujet du bébé Mouniratou. C’est comme si sa maman le pressent. Et elle nous dit : « aujourd’hui ça va beaucoup mieux ». Sinon, « le mardi (ndlr 4 décembre), c’était grave ». Nous voulons en savoir plus, mais Bibata Sawadogo, encore sous le choc émotionnel, affirme ne pas savoir ce qu’elle a fait ce jour, ni comment elle est arrivée à l’hôpital Saint Camille. Tout ce qu’elle sait, c’est que « son bébé était faible, vomissait et avait des difficultés pour respirer ». Et c’est ce qui a conduit l’enfant en consultation. « Pourquoi avez-vous attendu que le mal atteigne un niveau grave avant d’amener le bébé à l’hôpital ? » Comme simple réponse, Bibata déclare : « on ne pouvait pas venir à l’hôpital les mains vides ». Déconcerté, nous poursuivons la conversation : « mais depuis l’hospitalisation de l’enfant, combien avez-vous dépensé jusque-là? » Et la maman de la petite patiente de nous faire savoir que pour le moment, ils n’ont pas beaucoup dépensé : « On nous donne gratuitement le lait, le sel de réhydratation et certains médicaments ». Une réponse qui nous laisse songeur mais nous cherchons à connaître ce qui a bien pu mettre Mouniratou dans cet état. C’est ainsi que Bibata Sawadogo se laisse aller tout en donnant aux compte-gouttes du sel de réhydratation à son bébé qui respire difficilement. « Je suis venue de Gaoua pour voir mes parents à Ouagadougou. Je suis tombée malade et je n’avais plus de lait. Alors, je donnais à mon bébé la bouillie de petit mil que les femmes vendent  ». Avec tout cela, dame Bibata dit n’avoir jamais pensé que son enfant pouvait être hospitalisé pour malnutrition. Après l’échange avec la maman de cet enfant en situation de malnutrition sévère, c’est le cœur serré que nous quittons les urgences pédiatriques.

Françoise DEMBELE

 

 

 

Le cri du cœur de Sœur Madeleine Compaoré du CREN de Saint Camille

 

« Quand les enfants viennent en consultation, on prend le poids, la taille, le périmètre graduel pour savoir si l’enfant est malnutri ou non. Il y a la malnutrition aiguë sévère (MAS) et la malnutrition aiguë modérée (MAM). Selon les cas, il y a des mesures de lait que l’on doit donner à l’enfant chaque jour. Au CREN, nous recevons les MAM, chaque semaine et les MAS tous les jours ou au moins 3 fois par semaine, sauf le samedi et le dimanche, parce que nous devons les suivre de près. Les enfants ont droit, le matin et le soir, au yaourt. Les mamans, quant à elles, c’est une seule fois. Les enfants et leurs mères restent toute la journée à l’hôpital et repartent vers 15h. C’est l’hôpital qui les prend en charge en leur offrant des vivres, l’argent des condiments parce qu’il faut que les mamans mangent bien. Si elles ne mangent pas bien, il y aura une insuffisance de lait maternel. Et c’est cette insuffisance de lait qui entraîne aussi la malnutrition. Au CREN, on essaie de récupérer l’enfant à travers le lait, le matin à 8h et avant le départ le soir, la bouillie à 10h,  à midi la soupe et la bouillie. La bouillie qu’on donne aux enfants, s’appelle « misola ». Elle est fabriquée à Saint Camille, uniquement pour les enfants malnutris. En plus de cela, en fonction du poids de l’enfant, on donne le « plumpy nut » que le district sanitaire nous procure. Et chaque jour ou chaque semaine, on pèse l’enfant pour voir s’il a augmenté de poids ou non.  Quand les femmes arrivent au CREN, elles doivent balayer et nettoyer au savon la cuisine et la salle de repos, puisque les enfants vont y jouer et il y a des choses qui vont tomber et qu’ils vont ramasser et mettre dans la bouche. Comme ce sont des enfants malnutris, ils sont plus exposés aux infections. C’est pourquoi nous éduquons les femmes à la propreté. Après cela, les femmes se divisent en deux groupes. Un groupe va faire le marché et l’autre groupe fait la cuisine. Chaque jour a son menu. Pendant le repas, nous contrôlons comment les femmes donnent à manger aux enfants. Si la maman suit bien nos conseils, en une semaine, l’enfant commence à récupérer. Mais tout dépend de la motivation de la maman. Il y a des femmes qui se donnent vraiment, parce qu’elles veulent que leur enfant récupère. C’est ainsi qu’à la maison, elles essaient de mettre en pratique les instructions qu’elles ont reçues au CREN. Et quand il y a la collaboration du mari, cela aide beaucoup l’enfant. Notons qu’à la maison, l’enfant doit avoir sa marmite à part. Une marmite dans laquelle  on prépare uniquement pour l’enfant, parce qu’il ne peut pas manger ce que toute la famille mange en ce sens qu’il n’y trouvera pas les nutriments dont son organisme a besoin. En plus, l’enfant doit manger à des heures précises. Mais si la femme ne se donne pas assez et que l’homme ne veut pas collaborer, l’enfant peut faire deux mois au CREN sans récupérer. Et certaines femmes, quand leurs enfants récupèrent, ils rechutent par négligence et elles reviennent encore au CREN. Si l’enfant est malnutri sévère, il doit venir tous les jours. Mais beaucoup d’hommes refusent. Ils ne donnent pas l’argent de l’essence à la femme ni l’argent du taxi. Et certaines fois, la situation de ces enfants empire. C’est à ce moment qu’ils accourent à l’hôpital mais il n’y a plus rien à faire. A ce moment, l’enfant souffre d’une malnutrition sévère et est déshydraté, anémié et il faut l’hospitaliser. Il y a des enfants qui s’en sortent comme il y en a qui meurent.  Le CREN de Saint Camille existe depuis plus de cinquante ans. Et des parents viennent des provinces pour  faire prendre leurs enfants en charge au CREN de Saint Camille. Au début, on recevait beaucoup d’aides des ONG et des Italiens. Mais actuellement, c’est dur pour nous. On ne sait pas si on pourra tenir longtemps parce que l’Italie ne nous aide plus car, ils (les Italiens) sont en crise, les ONG aussi se sont retirées. L’ONG Terre des hommes qui nous dotait en lait, arrêtera cette dotation en 2019. Nous ne savons plus ce que nous allons faire. Et c’est un grand souci pour nous. Si on n’a pas d’aide dans les mois à venir, on sera obligé de fermer un jour le CREN. Ce qui n’est pas bien parce que les enfants que nous sauvons au CREN, font partie de ceux qui vont développer le Burkina Faso de demain. Nous acceptons les aides de toutes sortes. Même les condiments. Notre objectif, c’est de voir les enfants grandir en bonne santé. »

Propos recueillis par FD

 

 Dr Catherine Marie Thérèse Ouédraogo, pédiatre, spécialiste en nutrition pédiatrique

 

« Si l’enfant est malnutri, son cerveau ne se développe pas bien »

 

La sous-nutrition peut subvenir par ignorance des parents. Pour y remédier, Dr Catherine Marie Thérèse Ouédraogo explique ce que c’est que la sous-nutrition, les conséquences qui peuvent en découler. Elle donne aussi des conseils aux parents pour éviter la sous-nutrition des enfants.

 

« Le Pays » : Qu’est-ce que la malnutrition ?

 

Dr Catherine Ouédraogo : Selon l’Organisation mondiale de la santé, la malnutrition se caractérise par un état pathologique résultant de la carence, de l’excès ou du déséquilibre d’un ou de plusieurs nutriments. Cet état peut se manifester cliniquement ou n’être décelable que par des analyses biochimiques, anthropométriques ou physiologiques.  C’est-à-dire mesurer le poids, la taille de l’enfant et les comparer aux normes  ou faire des prélèvements sanguins pour doser certains nutriments.La malnutrition peut se définir également comme un déséquilibre entre les besoins et les apports en nutriments. Et ce déséquilibre entraîne des déficits cumulatifs d’énergie, de protéines ou de micro-nutriments qui peuvent affecter négativement la croissance et le développement de l’enfant. Les deux définitions montrent que l’on peut avoir la malnutrition par carence et la malnutrition par excès. Mais dans notre contexte, quand on dit malnutrition, on voit la malnutrition par carence. En principe, le terme qui convient, c’est la sous-nutrition. L’obésité étant aussi une forme de malnutrition. Dans le cadre de cette interview, c’est la sous-nutrition qui nous intéresse. Dans la sous-nutrition, malnutrition par carence, on distingue :La malnutrition aiguë qui est encore appelée émaciation. Elle se définit par un poids insuffisant pour la taille de l’enfant. Cela  veut dire que pour une taille donnée, correspond un intervalle de poids avec un maximum et un minimum. Lorsque le poids de l’enfant est inférieur au poids minimal, il a une malnutrition aigüe. Elle est dite aiguë parce qu’elle survient dans un contexte conjoncturel tel que le manque de nourriture ou des épisodes de maladies et la malnutrition n’a pas assez duré pour affecter la croissance. La malnutrition aiguë peut être modérée, sévère ou sévère avec des complications. Dans ce dernier cas, l’hospitalisation est obligatoire pour la prise en charge. La malnutrition chronique ou retard de croissance se définit par une taille insuffisante pour l’âge. Pour un âge donné, correspond un intervalle de taille. Lorsque la taille de l’enfant est inférieure à la taille minimale pour son âge, il a un retard de croissance. Le retard de croissance peut être modéré ou sévère. Le retard de croissance n’a pas de traitement, on doit tout faire pour le prévenir. Il y a aussi une autre forme de malnutrition que l’on appelle la faim cachée. C’est la malnutrition par carence en micronutriments. On dit faim cachée parce que les enfants qui souffrent de cette malnutrition peuvent avoir une bonne taille, un bon poids mais être carencés en micronutriments tels que le fer, l’acide folique, la vitamine A, le zinc, l’iode et autres qui sont indispensables à leur développement. Rappelons que l’étude multicentrique de l’OMS a montré que les facteurs qui influencent significativement la croissance et le développement des enfants de 0 à 5 ans, sont les facteurs environnementaux. Et ces facteurs, c’est l’alimentation, l’accès aux services de santé, l’hygiène, l’accès à l’eau potable et les soins que l’on donne à l’enfant au quotidien. Nous pouvons agir sur ces facteurs environnementaux.La croissance de l’enfant demande de l’énergie. Et cette énergie est fournie par la nourriture que l’enfant mange. Elle doit être assez pour couvrir les besoins de base, les besoins pour l’activité physique et les besoins pour la croissance. Quand les apports sont insuffisants, pour survivre, l’enfant suspend sa croissance de façon naturelle pour pouvoir satisfaire les autres besoins. On va le voir jouer mais si les apports continuent à diminuer, l’activité physique de l’enfant va diminuer. On aura un enfant qui va moins jouer et moins bouger. Malheureusement, certains parents ne consultent pas assez tôt pour que l’enfant bénéficie d’une prise en charge adéquate. Si les apports continuent à  diminuer, cela va jouer sur le métabolisme de base qui va se réduire petit à petit. C’est pourquoi on reçoit des enfants malnutris sévères, qui ont de la peine à respirer.

Décrivez nous les   complications de la malnutrition

 

Les enfants malnutris ont un risque de mortalité plus élevé. Il est bien établi que la malnutrition est directement ou indirectement responsable de près de 45 % de la mortalité des enfants de moins de 5 ans. Cela veut dire que sur 100 enfants qui meurent de paludisme, d’infection respiratoire, de diarrhée et autres, 45 d’entre eux sont décédés parce qu’ils étaient malnutris au moment où ils sont tombés malades. Autrement dit, s’ils avaient un bon état nutritionnel, leur organisme aurait pu se défendre mieux et éviter leur mort.En plus du grand risque de mortalité, les malnutris par carence ont une plus grande susceptibilité aux infections parce la malnutrition affaiblit le système de défense de l’organisme qui ne peut plus bien se défendre contre les maladies.Enfin, la complication la moins visible mais la plus grave dans le long terme, est le mauvais développement du cerveau. Le cerveau de l’enfant se forme pendant la grossesse et va poursuivre sa maturation après la naissance. La période de 0 -24 mois est très vulnérable ; s’il manque des nutriments à l‘enfant pendant cette période, le développement du cerveau peut être affecté et les lésions qui en résultent peuvent être irréversibles. Un mauvais développement du cerveau veut dire un mauvais développement psychomoteur, avec des difficultés d’apprentissage plus tard. Il faut donc prévenir la malnutrition.

Quelles sont les causes de la sous-nutrition ?

 

Les causes sont multiples. Il y a les causes directes ou immédiates, les causes indirectes ou sous-jacentes et les causes fondamentales. Les causes directes sont en rapport avec les maladies et les pratiques d’alimentation inadéquates.Au niveau des maladies, on peut citer les diarrhées, l’infection au VIH/SIDA, le paludisme, les parasitoses intestinales, les infections respiratoires. Les pratiques inadéquates d’alimentation portent sur l’allaitement (la non consommation du colostrum à la naissance, la mise au sein tardive et la non pratique de l’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois) et l’alimentation de complément (début tardif ou trop précoce de la diversification, alimentation peu diversifiée ou même une alimentation insuffisante en quantité). Pour ce qui est des causes indirectes ou sous-jacentes, il y a l’insécurité alimentaire des ménages soit par une production agricole insuffisante ou des revenus faibles, le faible accès des enfants aux services de santé de qualité, l’insuffisance des soins essentiels administrés au quotidien, le faible niveau d’hygiène, l’insuffisance d’assainissement y compris l’accès à l’eau potable.Il y a des causes fondamentales qui sont relatives à l’organisation de la société, aux politiques de  développement socio-économique mises en place pour lutter contre la pauvreté des ménages, pour faciliter l’accès des  mères à l’éducation et surtout pour leur permettre d’avoir un pouvoir de décision pour ce qui concerne leur santé et la santé de leurs enfants. Plus une mère est éduquée, moins son enfant risque d’être malnutri. Les résultats des enquêtes nutritionnelles les montrent que la malnutrition par carence est plus fréquente dans les ménages les plus pauvres.

 

La sous-nutrition peut-elle survenir à n’importe quel âge de l’enfant?

 

A n’importe quel âge, surtout les enfants de 0 à 5 ans peuvent présenter une sous- nutrition. Même étant bébé, si le poids est inférieur à la norme pour la taille, il y a une malnutrition aiguë.  Si la taille est inférieure à la norme pour l’âge, il y a un retard de croissance.Mais il y a des nouveau-nés qui ont un faible poids à la naissance, moins de 2,500 kg. Ces derniers présentent un grand risque de mortalité. Il peut s’agir de prématurés (nés avant terme) ou d’ hypotrophes (nés à terme mais avec un faible poids). Il y a des nouveaux-nés qui présentent un retard de croissance intra-utérin. Cela veut dire que la mère a eu soit des problèmes de santé soit une sous-nutrition pendant la grossesse et cela a affecté la croissance du fœtus.  C’est dire donc qu’il faut commencer la prévention chez la mère avant et pendant la grossesse.

 

Doit-on forcer un enfant à manger ?

 

On ne doit jamais forcer un enfant à manger. On en sort toujours perdant. Même quand il est malade. Manger est une activité indispensable pour la vie : pas de nourriture, pas de vie, mais cette activité devrait se faire avec plaisir. Les parents devraient donner de bonnes habitudes alimentaires aux enfants. Les enfants doivent avoir envie de manger. Le repas ne doit pas être une corvée pour l’enfant. Le repas est un grand moment pour l’enfant. Les mères ou les personnes qui prennent soin des enfants au quotidien, devraient donc se montrer disponibles pour l’enfant. Il ne faut pas faire autre chose pendant que l’on donne à manger à un enfant (par exemple  regarder la télévision, téléphoner, etc.).Quand un enfant est malade, c’est normal qu’il mange peu ou qu’il refuse de manger. Mais l’enfant a suffisamment de réserves pour lutter contre la maladie. On ne doit pas le forcer à manger mais l’encourager et l’aider. On peut insister sans forcer. Dès que l’enfant retrouve l’appétit, la mère doit augmenter le nombre de repas et les enrichir avec de l’huile, du sucre, du lait ou des œufs pour que l’enfant récupère assez rapidement ce qu’il a perdu pendant la maladie.

 

Y-a-t-il un lien entre malnutrition et sevrage ?

 

Normalement, le sevrage, c’est le passage progressif d’une alimentation exclusivement lactée à une alimentation diversifiée. Actuellement, l’on parle d’alimentation de complément parce que la diversification commence à 6 mois et doit compléter l’allaitement qui devrait se poursuivre jusqu’à  24 mois au moins. En général, nos bébés ont un bon état nutritionnel jusqu’à 6 mois, surtout lorsque les mères arrivent à appliquer l’allaitement maternel exclusif. Au moment de la diversification, il y a certaines pratiques qui vont influencer négativement l’état nutritionnel de l’enfant. Souvent, les mères n’ont pas les bonnes informations ni les connaissances nécessaires pour conduire une alimentation de complément optimale. De ce fait, les enfants vont voir leurs courbes de croissance s’infléchir. Les  groupes d’aliments dont les enfants ont besoin sont :

 

 

-Aliments à base de céréales, racines et tubercules,

 

-Légumineuses et noix,

-Produits laitiers,

-Aliments carnés (viande, poisson, volaille, foie, abats)

Œufs,

-Fruits et légumes riches en vitamine A,

-Autres fruits et légumes.

 

 

 

Vous venez de donner une liste de groupes d’aliments dont certaines combinaisons répondent aux besoins de l’enfant. Mais toutes les familles ne sont pas nanties pour se procurer ces aliments. Que faire alors ?

 

 

Effectivement, dans les causes indirectes, j’ai évoqué l’insécurité alimentaire et le faible pouvoir d’achat des ménages. Dans l’alimentation de complément, le principe est que l’enfant doit consommer chaque jour au moins 4 des 7 groupes d’aliments de complément. Les aliments de complément que j’ai cités, sont retrouvés dans le plat familial ; le tô, le riz, le haricot. Mais, il doit y avoir beaucoup de sauce dans le plat de l’enfant. Pour ce qui est du poisson ou de la viande, quand il n’y en a pas assez pour toute la famille, on doit les réserver aux enfants de moins de 5 ans parce que l’adulte ayant fini sa croissance, il peut s’en passer. Le lait et les œufs peuvent être donnés dans la semaine quand on n’en dispose pas au quotidien. Pour ce qui est des fruits, on peut les donner à l’enfant tous les jours, en fonction des saisons. Comme l’enfant est en croissance, ses besoins ne doivent pas être différés, sinon il suspend sa croissance. Si l’enfant a un retard de croissance, il faut comprendre que le cerveau ne se développe pas bien. Si l’enfant est malnutri, son cerveau ne se forme pas bien. C’est quelque chose qu’on ne peut pas rattraper. Et quand il va aller à l’école, il ne pourra pas bien travailler. Et ça, c’est la faute aux parents.

 

Quels conseils pour les parents ?

 

Il y a actuellement un concept que l’on appelle les mille premiers jours de l’enfant, qui vont de la conception jusqu’à l’âge de deux ans. C’est un intervalle d’or. Pendant cette période, il faut intervenir pour que l’enfant et sa mère soient bien nourris, qu’ils aient accès aux soins de santé. Il faut que les papas acceptent d’investir sur les mamans avant, pendant la grossesse et pendant l’allaitement. Il faut aussi veiller à ce que l’enfant soit mis au sein rapidement, qu’on évite de lui donner des tisanes et qu’il tête à la demande. La diversification alimentaire doit commencer à 6 mois et il ne faut pas donner seulement la bouillie à l’enfant. Il faut lui donner chaque jour une alimentation diversifiée, en quantité suffisante. Il n’y a pas meilleur investissement que d’investir dans la petite enfance. Le retour sur investissement est imbattable. Il ne faut donc pas économiser sur le « nansongo » pour acheter la voiture, construire la maison, ou pour bien s’habiller. Le budget familial devrait couvrir en priorité les besoins nutritionnels des petits enfants et particulièrement ceux de moins de 2 ans.

 

Propos recueillis par Françoise DEMBELE

 

 

 

 

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