PROCES EN APPEL DE AHMED ABBA : Paul Biya trouvera-t-il son chemin de Damas ?

PROCES EN APPEL DE AHMED ABBA : Paul Biya trouvera-t-il son chemin de Damas ?

Arrêté en juillet 2015, le correspondant de RFI en langue haoussa au Cameroun, Ahmed Abba, avait été condamné à 10 ans de prison pour blanchiment du produit d’un acte terroriste. Depuis deux ans donc, le malheureux croupit en prison, alors qu’il ne faisait que son travail de journaliste. Son procès en appel devrait s’ouvrir aujourd’hui, 17 août. Mais, il a été reporté sine die. Pour quelle raison ? Difficile d’y répondre, puisqu’aucune explication, au moment où nous tracions ces lignes, n’avait été donnée. En tout cas, la grande question que bien des Camerounais ainsi que tous les gens de bien se posent, est de savoir si ce procès en appel, quand il aura lieu, va permettre à la Justice camerounaise, pardon à Paul Biya, de trouver son chemin de Damas en revenant à de meilleurs sentiments. En tout cas, beaucoup de gens l’espèrent, à commencer par les confrères de l’illustre embastillé.

Le cas de Ahmed Abba pose problème à la conscience universelle

A cet effet, les journalistes, venant des quatre coins du monde, ont décidé de sonner la mobilisation générale. A titre d’illustration, rien que ce mercredi 16 août, veille du procès en appel, RSF (Reporters sans frontières) a créé un comité de soutien pour Ahmed Abba. Et comme pour signifier que ce combat n’est pas de nature corporatiste, bien des artistes-musiciens et autres gens de lettres ou encore de simples citoyens n’ont pas hésité un seul instant à s’y associer. C’est la preuve, s’il en est encore besoin, que le cas de Ahmed Abba pose problème à la conscience universelle. En effet, il est difficile de ne pas se sentir concerné par le sort réservé à cet homme dont le seul crime est d’avoir fait son travail de journaliste, c’est-à-dire informer les populations. Dans le cas d’espèce, Ahmed Abba a été expédié en prison pour 10 ans, pour « blanchiment du produit d’un acte terroriste ». Et il ne fait pas l’ombre d’un doute que derrière ce chef d’inculpation dont l’ambiguïté du libellé le dispute à la vacuité du fond, se cache la volonté du pouvoir camerounais de bâillonner la presse ou du moins de l’amener à consommer sans aucun esprit de discernement, la relation des faits selon la vision du gouvernement. Et s’en écarter est un crime de lèse-majesté qui se paie cher, très cher au pays de Paul Biya. Et dans ce contexte de terrorisme ambiant et d’incapacité du pouvoir à juguler le phénomène, tous les moyens sont bons pour faire plier l’échine à tous les journalistes qui ne jurent que par leur indépendance dans le traitement de l’information en lien avec le terrorisme. En réalité, derrière le cas du journaliste Ahmed Abba, s’affrontent deux conceptions du métier en période de crise. La première est celle qui consiste à opérer une sorte d’omerta sur les faits, sous le prétexte de ne pas gêner les actions des forces de défense et de sécurité. La seconde, qui semble être celle d’Ahmed Abba, est de s’affranchir des canaux officiels en allant à la collecte de l’information là où elle se trouve. Et l’on n’a pas forcément besoin d’être du métier pour savoir que la première conception ouvre la porte à toutes les dérives. Le danger est encore multiplié par N lorsque l’on se retrouve dans un contexte de dictature comme c’est le cas au Cameroun.

Le sort de Ahmed Abba est entre les seules mains de Paul Biya

De ce point de vue, la probabilité est grande que ce procès en appel ne change rien au sort du correspondant de RFI en langue haoussa au Cameroun. Et face à ce scénario catastrophe qui se profile à l’horizon, il faut s’attendre à ce que le pouvoir de Paul Biya brandisse l’antienne suivante : « la Justice au Cameroun est indépendante ». Or, tout le monde sait que cette phrase est le plus gros des mensonges sous nos tropiques. La triste réalité est que l’institution judiciaire, comme d’ailleurs toutes les autres institutions de la République, est accrochée aux basques de la présidence de la République. C’est cette dernière qui décide et toutes les autres sont chargées, peut- on dire, d’exécuter sans murmure ni plainte. De ce point de vue, l’on peut affirmer sans grand risque de se tromper que le sort de Ahmed Abba est entre les seules mains de Paul Biya. Et ces mains ne sont pas rassurantes. En effet, depuis que Paul Biya est au pouvoir, il s’est toujours montré impitoyable vis-à-vis des acteurs suivants. Les premiers sont tous ceux, du pouvoir comme de l’opposition, qui ont l’outrecuidance de lorgner son fauteuil. Les seconds sont les journalistes et autres intellectuels qui ont la réputation d’avoir un esprit critique. Ces deux catégories de personnes sont, comme on le dit au Cameroun, dans la sauce de Paul Biya. Mais, ce dernier serait bien inspiré de méditer l’adage selon lequel « aussi longue que soit la nuit, le jour finira par se lever ». On ne peut pas museler les journalistes dignes de ce nom, tout le temps. Et puis le procès, fait à Ahmed Abba est un faux procès, car ce n’est pas de son fait que Boko Haram est en train d’étendre son emprise sur le Cameroun. La preuve en est que depuis qu’il est embastillé en 2015, le Cameroun ne s’en porte pas mieux en matière d’attaques terroristes. Le malheureux Abba n’en est donc pas la cause. Il en est peut-on dire la victime, tout comme l’est le peuple camerounais. De grâce, libérez le donc.

« Le Pays »

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