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REPORT DES ELECTIONS AU NIGERIA

La RDC fait des émules

A la surprise générale, les Nigérians n’ont pas pu se rendre aux urnes le 16 février 2019. En effet, à quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, le président de la Commission électorale (INEC), Mahmood Yakubu, a décidé, in extremis, du report des élections présidentielle, législatives et sénatoriales, d’une semaine, maintenant ainsi tout le pays dans le suspense. C’est peu de dire que ce report fait piaffer d’impatience les quelque 84 millions d’électeurs et les candidats à la succession de Buhari, tout en en rajoutant à la fièvre électorale dans le pays. En fait, le report d’une élection, a priori, n’a rien de mauvais, surtout si cela vise à aplanir toutes les difficultés pour tenir le scrutin dans la sérénité. Mais dans le cas du Nigeria, ce report est inquiétant voire suspect parce qu’entre-temps, beaucoup d’eau pourrait couler sous les ponts. On aurait pu donner le bon Dieu sans confession au président de l’INEC (structure organisatrice des élections) s’il avait servi d’autres explications plus logiques que celle des problèmes logistiques. Pour une puissance économique comme le Nigeria, avancer des raisons logistiques pour reporter à la dernière minute des élections aussi importantes, ne lui fait pas du tout honneur. Quand Mahmood Yakubu explique également que reporter le scrutin permettra de « configurer près de 180 000 cartes d’électeurs, outils indispensables pour la crédibilité du scrutin », il écorne davantage l’image de son pays qui a quand même plus de deux décennies d’expérience en matière d’organisation des élections.

Considéré comme le géant de l’Afrique, le Nigeria renvoie au reste du monde, une mauvaise image avec ce report in extremis d’un scrutin dont la date, initialement prévue pour le 16 février dernier, n’avait aucunement surpris la commission électorale. En tout cas, c’est une première dans le monde, que des élections soient reportées à quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote.

Le Nigeria entre dans l’histoire de la mauvaise préparation des élections en Afrique

Certes, il y a à peine deux mois, un autre pays d’Afrique, la RDC pour ne pas le nommer, avait aussi donné à voir, à quelques exceptions près, la même cacophonie électorale. Mais au moins là-bas, le président de la Commission électorale congolaise, Corneille Nangaa, avait eu l’élégance de prendre soin de décider du report des élections, 72 heures avant le Jour-J. Son homologue nigérian, Mahmood Yakubu, lui, réalise l’inédit en reportant le scrutin quelques petites heures seulement avant le jour-J. De quoi entrer dans l’histoire de la mauvaise préparation des élections en Afrique. C’est dire si la RDC commence à faire des émules sur le continent africain en termes d’élections mal organisées.

Du coup, l’on se demande ce qui a pu bien se passer à la dernière minute pour qu’on en arrive là. La question est d’autant plus à propos que ces derniers temps, l’on assiste à une accumulation d’actes suspects comme la suspension, le mois dernier, du président de la Cour suprême par le chef de l’Etat, pour une sombre affaire de procès de corruption, lequel a été remplacé par un intérimaire issu du Nord comme Buhari ; la récente nomination de dame Amina Zakari à la tête du Centre de compilation des résultats du scrutin désormais reporté au 23 février ; des incendies de locaux de la Commission électorale. Autant de faits qui ont amené l’opposition à suspecter le pouvoir de cabales et d’intrigues. Et c’est peu de dire que ce report ne va pas manquer de faire monter de plusieurs crans la méfiance entre l’opposition et la majorité. Le régime Buhari s’est-il rendu compte à la dernière minute, que la machine électorale n’était pas suffisamment huilée pour tourner en sa faveur, toute chose qui l’aurait amené à sommer Yakubu de reporter le scrutin in extremis ? Bien malin qui saurait le dire. En tout cas, on peut y voir un lien de cause à effet. Tout en espérant que la date du 23 février prochain sera la bonne, la question que l’on pourrait aussi se poser est de savoir si ce géant d’Afrique saura éviter une crise postélectorale. En tout cas, ce report qui génère de vives polémiques au sein de toute la classe politique, rend la situation extrêmement volatile et justifie bien les craintes d’un enfer post-électoral dans un pays connu pour ces accès de violence.

 

Drissa TRAORE

 

 

 

 

 

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