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REPORT DU DOUBLE SCRUTIN EN GUINEE

Condé pris à son propre piège ?

En Guinée, après le report in extremis et à la surprise générale, du double scrutin du 1er mars dernier par le président Alpha Condé, les regards sont à présent tournés vers la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Cour constitutionnelle chargées de proposer une nouvelle date au chef de l’Etat. En rappel, en raison du climat de fortes tensions qui entoure ces scrutins référendaire et législatif boycottés par l’opposition pour, entre autres, raisons de fichier électoral vicié qui a aussi valu le retrait d’observateurs internationaux tels l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), l’UA (Union africaine) et la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), le président Condé avait surpris plus d’un en annonçant, à la veille de la tenue desdits scrutins, leur report de deux semaines. 

Outre le problème de correction du fichier électoral, on se demande comment sera traitée la question de l’inclusivité du vote

L’objectif visé par ce report, fera savoir plus tard le ministre de l’Information, c’est d’inviter nos partenaires africains à venir constater de visu que le logiciel que nous avons acquis pour l’organisation de ces élections, est performant. Et en ce qui concerne le fichier électoral et les 2,5 millions d’électeurs qui posent problème, c’est de venir travailler avec la CENI pour peut-être qualifier un peu plus ce fichier afin que les élections qui vont venir soient crédibles et acceptées de tous ». Une perche que n’a pas manqué de saisir au vol la CEDEAO qui a annoncé l’arrivée, le 3 mars, pour une dizaine de jours, d’une mission d’appui technique à la CENI, composée d’experts informatiques. Cela permettra-t-il d’aplanir toutes les divergences et d’aller sereinement à des élections apaisées ? On attend de voir. Car, outre le problème de correction du fichier électoral, on se demande comment sera traitée la question de l’inclusivité du vote qui tient à cœur aux institutions internationales, alors que, pour le pouvoir de Conakry, le report ne concerne que les partis politiques déjà en lice. C’est dire si le climat sociopolitique risque de ne pas être à l’apaisement, si l’opposition qui a choisi le boycott, devait être maintenue hors du jeu électoral. C’est pourquoi l’on est porté à se demander si avec le report inattendu et de dernière minute de ce double scrutin, Alpha Condé ne s’est pas pris à son propre piège. Car, si son empressement à aller au référendum répondait à une volonté de plier le plus rapidement possible la question de la révision constitutionnelle censée lui ouvrir la porte du troisième mandat dont on lui prête l’intention, il pourrait se mordre les doigts d’avoir ouvert une brèche à l’opposition pour revenir dans une compétition électorale dont elle s’était auto-exclue. Ce d’autant qu’aux dires des spécialistes, non seulement le délai de deux semaines annoncé semble, d’ores et déjà difficilement conciliable avec les délais légaux, mais aussi, au terme des dispositions constitutionnelles, une nouvelle convocation du corps électoral, de 15 jours pour le référendum et de 70 pour les législatives, s’impose.

Capitulation ou repli tactique du président Condé ?

C’est dire que le « report léger » annoncé par le chef de l’Etat, risque d’être beaucoup plus important qu’il ne le croyait. C’est à se demander si le président Condé s’est entouré de toutes les précautions nécessaires avant de prendre une décision qui fait aussi polémique. En effet, pour le juriste Mamadi 3 Kaba, ce décret n’est pas loin d’être illégal en ce sens qu’il ne repose pas sur un « fondement juridique », comme cela a été le cas avec le report de la date du 16 février dernier où la CENI et la Cour constitutionnelle avaient été mises à contribution en amont. Quoi qu’il en soit, il est clair que le délai des deux semaines ne sera pas tenu. Une situation qui fragilise davantage le chef de l’Etat, et qui n’est pas faite pour arranger son image, tant le président Condé semble manquer de sérénité, pris qu’il est entre le marteau de l’isolement de la Communauté internationale et l’enclume de son opposition qui continue de ruer dans les brancards.  En tout état de cause, si ce report a cela de positif qu’il aura au moins permis de préserver la Guinée des troubles qui planaient sur les scrutins du 1er mars dernier, on continue de se demander s’il constitue une capitulation ou seulement un repli tactique du président Condé. En attendant, il vaut son pesant… de paix et d’accalmie sociale dans un pays où le pouvoir ne semble plus véritablement maître des événements, mais aussi où la moindre peccadille peut donner matière à manifestation et à répression. La Guinée n’a pas besoin de ça !

« Le Pays »

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