32e COMMEMORATION DU GENOCIDE RWANDAIS : Devoir de mémoire d’accord, mais…
Le 7 avril 1994, débutait au Rwanda, une chasse à l’Homme qui a très vite viré à un massacre à grande échelle. C’est cet événement de triste mémoire que l’on appelle le génocide rwandais qui, en un peu plus de trois mois, a laissé au moins 800 000 macchabées sur le carreau. C’est dire si le Rwanda continue de panser ses plaies, convaincu que l’on ne saurait mieux envisager l’avenir sans jeter un coup d’œil dans le rétroviseur. C’est, du reste, pour cette raison que, comme à l’accoutumée, le pays a décidé de rendre hommage à tous ses fils et filles qui ont perdu la vie durant les cent jours qui ont suivi l’abattage, pour ainsi dire, de l’avion du président Juvenal Habyarimana accompagné, à l’occasion, de son homologue burundais, Melchior Ndadaye.
Le Rwanda est en train de tourner la page de la parenthèse douloureuse de son histoire
En tout cas, pour une parenthèse douloureuse, c’en est une dont le Rwanda, sous le magistère du président Paul Kagame, essaie tant bien que mal de se remettre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pays est sur la bonne voie. Car, après plus de trois décennies, nombreux sont les génocidaires qui, au Rwanda ou en Europe, ont été jugés et condamnés. Peut-être en existe-t-il toujours qui courent encore les rues, mais pour l’essentiel, on peut dire que justice a été rendue aux victimes ou à leurs ayants droit. Et ce n’est pas tout. Car, les autorités rwandaises, dans le souci de briser les clivages communautaires, ont choisi d’encourager les alliances entre Tutsi et Hutu, facilitant ainsi un brassage multi-culturel. Toute chose qui mérite d’être relevée en ce sens qu’elle renforce les liens sociaux entre les différentes communautés qui, plutôt que de se voir en adversaires, sont amenées à se donner la main en vue d’un meilleur vivre-ensemble. Cerise sur le gâteau, Kigali, en prélude au 32e anniversaire de la commémoration du génocide, a réussi un grand coup, en démobilisant et en réinsérant socialement de nombreux rebelles dont des membres du Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), du nom de ce groupe rebelle basé en République démocratique du Congo (RDC) et qui, pour l’essentiel, est composé d’ex-génocidaires hutus. Autant dire que, petit à petit, le Rwanda est en train de tourner la page de la parenthèse douloureuse de son histoire. Avec le temps, que de larmes se sont asséchées, des blessures cicatrisées et des abcès crevés, ouvrant la voie à une véritable réconciliation. Certes, on ne pourra plus ramener en vie ceux qui ont été injustement trucidés. Mais le plus important n’est pas de ressasser le passé, mais de l’accepter comme tel pour mieux se construire. C’est pourquoi, tout en reconnaissant aux dirigeants rwandais le droit et le devoir de rendre hommage aux victimes du génocide, on en appelle à leur sens de responsabilités. Il faut éviter de faire de ce triste événement un fonds de commerce politique. Cela est d’autant plus important qu’au plan intérieur, le président Kagame donne l’impression de se servir du génocide pour tenir en laisse ses adversaires politiques.
L’un des facteurs ayant déclenché ce carnage au Rwanda, a été le crash de l’avion du président Habyarimana
Et ce n’est pas Victoire Ingabiré qui dira le contraire ; elle qui croupit en prison et dont le seul péché est d’avoir demandé la reconnaissance des crimes dirigés contre les Hutu ; ce que Kigali qualifie de « négation du génocide ». Au plan diplomatique, Paul Kagame, chaque fois qu’il en a l’occasion, n’hésite pas, pour faire chanter certains partenaires et à seriner l’antienne du génocide. Or, on le sait, l’un des facteurs ayant déclenché ce carnage au Rwanda, a été le crash de l’avion du président Habyarimana. Qui en est l’auteur ? A qui cela a-t-il profité ? Ce sont, entre autres, des questions qui, plusieurs décennies après, restent sans réponses. A Kigali, le sujet passe même pour être tabou ; tant personne n’en pipe mot, laissant penser à une politique de deux poids deux mesures.
« Le Pays »
