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3e MANDAT SUR FOND DE VIOLENCES EN GUINEE


En Guinée, l’opposition est toujours dans la contestation des résultats de la présidentielle du 18 octobre dernier, qui donnent le président Alpha Condé vainqueur au premier tour avec près de 60% des suffrages. C’est dans cette dynamique que les militants du Front national de défense de la Constitution (FNDC), se sont donné rendez-vous, hier, 26 octobre, dans la rue, pour protester, au moment où le candidat malheureux, Cellou Dalein Diallo, s’activait pour déposer un recours devant la Cour constitutionnelle, sans se faire, pour reprendre ses propres termes,  « trop d’illusions ». Entre les deux, c’est un véritable pavé que le vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Bano Sow, vient jeter dans la mare en indexant le processus de centralisation des résultats qui aurait été vicié par plusieurs manquements dont, entre autres, le refus d’afficher les résultats, le manque de transparence dans la remontée des procès-verbaux, des disparitions, substitutions ou encore falsifications de PV…. Se fondant sur cela, le représentant de l’opposition au sein de l’instance nationale d’organisation des élections, propose « la reprise » partielle ou totale du scrutin.

 

Il y a des raisons de croire que la vérité des urnes a été travestie

 

 

Sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. D’autant que sans même avoir pris la peine de consulter son rapport, le représentant du pouvoir au sein de la CENI, y voit une manœuvre « politique », indiquant que les seuls recours possibles doivent être, à présent, portés « par les candidats » devant les institutions habilitées qui devront trancher dans un délai de cinq jours. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette sortie du vice-président de la CENI, est un véritable camouflet pour les missions d’observation de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de l’Union africaine, qui se sont trop vite réjouies de la bonne tenue du vote, sans se donner la peine de suivre le reste du processus à travers la compilation des résultats. Une faille qui, à en croire le rapport du vice-président de la CENI, a été exploitée à fond par les officines du pouvoir au point que, par endroits, « le nombre total de suffrages exprimés ne correspondait pas à la somme des suffrages obtenus par l’ensemble des candidats ». Pendant ce temps, le rapport des commissaires fait état de certains taux de participation, dans des fiefs réputés être ceux du pouvoir, qui dépassent les 100%. C’est dire si, sans pour autant absoudre Cellou Dalein Diallo de sa maladresse qui a consisté à s’autoproclamer vainqueur avant l’heure, il y a des raisons de croire que la vérité des urnes a été travestie. Quoi qu’il en soit, cette sortie du vice-président de la CENI, fût-il de l’opposition, est à prendre au sérieux, de par la gravité des accusations. Mais dans cette Guinée que le Professeur n’est pas loin de transformer en son jardin potager, y a-t-il encore des institutions suffisamment crédibles et capables d’indépendance vis-à-vis du pouvoir, pour s’intéresser à la vérité des urnes ? Rien n’est moins sûr. Au contraire, l’on ne serait pas étonné que le pouvoir prenne prétexte de l’appartenance politique du vice-président à l’opposition, pour balayer du revers de la main, ces observations qui viennent jeter le discrédit sur un scrutin qui n’a pas fini de faire parler de lui. 

 

On se demande ce que vont faire les missi dominici de la CEDEAO et de l’Union africaine

 

Car, pour un troisième mandat qui a laissé déjà plusieurs morts sur le carreau, les manifestations de contestation font craindre encore d’autres pertes en vies humaines. Déjà, au lendemain du scrutin, on enregistrait une dizaine de morts, selon les autorités, là où l’opposition en dénombrait trois fois plus, après l’auto-proclamation de sa victoire par le chef de file de l’opposition. Comment peut-il en être autrement quand on sait que le maître de Conakry n’a pas hésité à réquisitionner la Grande muette pour les besoins de sa cause ? Une armée à la gâchette facile,  fidèle à sa réputation, et qui n’a pas mis du temps à tirer à balles réelles sur les manifestants, selon des organisations internationales de défense des droits humains. Voilà donc ce que coûte le troisième mandat de Condé à la Guinée : des morts, des morts et encore des morts sans que l’on ne sache quand est-ce que s’arrêtera la spirale de la violence à la base de cette série meurtrière. Silence, Alpha Condé continue de tuer ses fils et ses petits-fils qui ne jurent que par l’alternance et qui  étaient encore nombreux, le 26 octobre dernier, à crier leur refus de la patrimonialisation du pouvoir. Dans ces conditions, l’on se demande ce que vont faire les missi dominici de la CEDEAO et de l’Union africaine (UA) en mission de conciliation à Conakry, si ce n’est que demander à l’opposition guinéenne d’avaler la couleuvre de la réélection d’Alpha Condé, dans les conditions que l’on sait. Ce n’est pas de la sorte que l’on construit la démocratie. Et si Alpha Condé ne fait pas la sagesse de son âge pour comprendre qu’une seule hirondelle qu’il est, ne fait pas le printemps de la Guinée, il était du devoir de ces institutions internationales de le rappeler à l’ordre au lieu de donner finalement le sentiment de l’aider à consommer sa forfaiture en donnant un blanc seing à une élection qui pue manifestement à plein nez, la manipulation des résultats, à hauteur de dictateur. Pauvre Guinée !

 

« Le Pays »

 


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