CONTESTATION DES RESULTATS DE LA PRESIDENTIELLE EN OUGANDA : Quand Bobi Wine lutte contre des moulins à vent
Il ne fait pas bon être opposant en Ouganda. Ce n’est pas Kizza Besigye, figure emblématique et historique de l’opposition, qui croupit, malade, en prison où sa vie, à en croire ses proches, est « en danger », qui dira le contraire. Encore moins Bobi Wine, espoir de la jeunesse devenu le porte-flambeau de l’opposition, qui continue de défier le pouvoir du natif de Ntungano. En effet, l’artiste-chanteur qui répond au nom de Robert Kyagulanyi à l’état civil, est aujourd’hui contraint à la clandestinité après un raid des forces de sécurité à son domicile, au lendemain de la victoire controversée du président Yoweri Museveni pour un septième mandat, à l’issue du scrutin du 15 janvier dernier.
Une démocratie en trompe l’œil
Et ce, dans un contexte où le leader de la Plateforme pour l’unité nationale (NUP) devenu le poil à gratter du pouvoir de Kampala, fait l’objet de menaces de mort de la part du chef de l’armée, le Général Muhoozi Kainerugaba, rejeton de l’octogénaire chef de l’Etat qui rêve de mourir au pouvoir après avoir tracé un schéma de succession dynastique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en continuant de ruer dans les brancards, le jeune opposant fait d’autant plus preuve de courage et de témérité, que sa vie semble aujourd’hui sérieusement menacée, après l’épisode de la présidentielle de 2021 où il avait déjà connu la torture et la prison. La rhétorique du pouvoir étant les accusations de « terrorisme » et de volonté de déstabilisation du pays portées à l’encontre des opposants pour mieux légitimer leur traque. C’est dans ces conditions que Kizza Besigye dont la famille nourrit aujourd’hui de sérieuses inquiétudes pour sa santé et même sa vie, a été enlevé en novembre 2024 au Kenya où il était en déplacement, pour être conduit et traduit en justice en Ouganda où il est accusé d’atteinte à la sécurité nationale et d’activités subversives à l’étranger, visant à déstabiliser le pays. Une façon, comme une autre, pour le pouvoir, de se débarrasser d’un candidat gênant et de l’écarter d’un scrutin où il aurait pu contrarier les plans du chef de l’Etat dans la volonté du prince régnant de continuer tranquillement l’exploitation de sa « bananeraie », comme le locataire du State House lui-même considère son pays et le crie à l’envi. Et tout porte à croire que si Bobi Wine a pu porter, cette fois-ci, encore le challenge dans les urnes au président Museveni, c’est juste pour donner le change d’une démocratie en trompe l’œil. Et le résultat du scrutin qui consacre la victoire de Yoweri Museveni pour un énième mandat, était écrit et connu d’avance. Et Bobi Wine ne peut rien y changer. Autant dire que dans cette contestation postélectorale, l’opposant ougandais lutte contre des moulins à vent. Car, on ne voit pas comment ces résultats pourraient être encore remis en cause dans un pays où l’inféodation des institutions au pouvoir, passe pour être une lapalissade. C’est pourquoi, moins qu’une volonté d’aller au casse-pipe, l’obstination de l’opposant à mener cette lutte acharnée pour le changement malgré les risques et les embûches, sonne comme une vive interpellation pour le président Museveni qui règne sur le pays d’une main de fer, depuis quatre décennies.
Les élections se suivent et se ressemblent depuis que Museveni a pris le pouvoir
Reste à espérer que l’engagement et le sacrifice du quadragénaire leader politique, ne seront pas vains, pour le triomphe de la démocratie. Encore faudrait-il que maintenant qu’il est obligé de vivre caché, il puisse échapper aux sicaires du régime emmenés par Museveni fils qui a proféré des menaces de mort directes à son encontre, et qui ronge ses freins à l’ombre du pouvoir de son père en attendant impatiemment son heure. C’est dire la perception que les Museveni ont du pouvoir en Ouganda. C’est dire aussi le défi qui est celui de Bobi Wine dans sa volonté de créer l’alternance dans son pays. En rappel, selon les résultats définitifs proclamés par la Commission électorale, Yoweri Museveni est donné vainqueur du scrutin du 15 janvier dernier avec 71,65% des voix. Son principal challenger, Bobi Wine, est crédité de 24,72% des suffrages exprimés. Des résultats contestés et rejetés d’une part par l’opposition, et critiqués d’autre part par les observateurs et certaines organisations de défense des droits de l’Homme qui dénoncent les intimidations et autres actes de répression de l’opposition tout en pointant du doigt les restrictions d’Internet pendant plusieurs jours. Ainsi va la politique au pays de Yoweri Museveni où les élections se suivent et se ressemblent depuis que l’ex-guérillero a pris le pouvoir, il y a de cela quarante ans.
« Le Pays »
