RENCONTRE DE MADRID SUR L’AVENIR DU SAHARA OCCIDENTAL :Trump réussira-t-il là où d’autres ont mordu la poussière pendant des décennies ?
La séquence diplomatique ouverte à Washington, en fin janvier, puis prolongée hier à l’Ambassade américaine à Madrid, pourrait marquer un tournant décisif dans le long conflit du Sahara occidental. En prenant l’initiative de réunir le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario, l’Administration Trump introduit un facteur jusqu’ici absent, celui d’un leadership diplomatique assumé et orienté vers le résultat. Le message américain est clair. Pour Washington, le règlement de ce dossier est devenu une priorité stratégique. Le conseiller spécial du président Trump, Massad Boulos, a personnellement piloté les discussions, rompant avec les prudences diplomatiques qui ont longtemps caractérisé ce dossier sous l’égide exclusive des Nations unies.
L’engagement américain a redonné à coup sûr du souffle à un processus longtemps placé sous l’égide des Nations unies
A Madrid, les lignes de fracture sont apparues sans fard. Le Maroc y est arrivé conforté par une dynamique internationale favorable, marquée par la reconnaissance croissante de sa souveraineté sur le Sahara occidental par plusieurs Etats influents. Rabat s’appuie également sur la résolution du Conseil de sécurité qui considère sa proposition d’autonomie comme base principale de négociation pour une solution durable au conflit. Pour le royaume chérifien, l’argumentaire est à la fois historique et stratégique. Il invoque, en effet, les liens d’allégeance entre tribus sahraouies et le roi du Maroc, Commandeur des croyants, tout en assumant les enjeux économiques et géopolitiques liés aux ressources naturelles et à l’ouverture vers l’Afrique de l’Ouest. Face à cette position, l’Algérie et le Front Polisario maintiennent une lecture strictement juridique et politique du conflit. Tous deux réclament l’application du droit à l’autodétermination, tel qu’énoncé dans les accords conclus il y a plus de trente-cinq ans. Pour Alger, ce soutien s’inscrit dans un héritage anticolonial revendiqué et une tradition tiers-mondiste, doublés d’un intérêt stratégique majeur, notamment l’accès potentiel à l’océan Atlantique. La Mauritanie, fidèle à sa ligne de conduite, a réaffirmé une neutralité prudente, consciente des risques d’embrasement régional et soucieuse de préserver ses équilibres diplomatiques. Si les positions régionales restent jusqu’ici figées et les divergences toujours profondes, l’engagement américain a redonné à coup sûr du souffle à un processus longtemps placé sous l’égide des Nations unies et qui, de ce fait, a toujours souffert d’un déficit de leviers coercitifs et incitatifs. Soyons clairs, les Etats-Unis ne s’invitent pas dans ce dossier par altruisme ou attachement sentimental au Maghreb, mais par intérêt purement géopolitique. Le Sahara occidental se situe aux portes de l’Europe, au croisement de routes commerciales et énergétiques sensibles, alors que le Maroc demeure un allié militaire clé de Washington et un partenaire central dans les dispositifs sécuritaires régionaux.
Espérons que l’Algérie et le Polisario prendront acte de cet environnement diplomatique qui leur est moins favorable
Dans un contexte de compétition accrue entre puissances sur le continent africain, Washington cherche donc à établir des points d’ancrage durables. Cette convergence d’intérêts explique pourquoi, pour la première fois depuis longtemps, une issue négociée apparaît techniquement envisageable. C’est vrai que, pour l’instant, l’on ne peut pas dire que Madrid a scellé un accord, mais elle a ravivé, en tout cas, une perspective longtemps jugée hors de portée. Et dans ce nouveau tempo diplomatique, ceux qui misent encore sur l’enlisement, pourraient découvrir que l’histoire avance sans eux. Espérons que l’Algérie et le Polisario prendront acte de cet environnement diplomatique qui leur est moins favorable qu’auparavant, et que l’Administration Trump réussira là où d’autres se sont enlisés et ont mordu la poussière du Sahara, des décennies durant.
« Le Pays »
