CRISE A L’UCAD AU SENEGAL : L’Etat doit s’assumer pleinement
Depuis quelque temps, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) du Sénégal est devenue un véritable foyer de tensions entre étudiants et forces de l’ordre. On y assiste, en effet, à des violents affrontements entre les deux camps, qui ont laissé un cadavre sur le carreau. L’infortuné s’appelait Abdoulaye Ba, inscrit en 2e année de médecine. Pourquoi alors une telle montée d’adrénaline ? En fait, les étudiants, remontés contre les retards de paiements de leurs bourses, ont décidé de donner de la voix, espérant que leur cause sera entendue. Mais le pouvoir a choisi de leur opposer la force en dépêchant les forces de l’ordre sur le campus et cela, en violation flagrante des franchises universitaires.
Il se pose un problème de gouvernance dont le seul responsable n’est autre que l’Etat
En conséquence, ce qui passait pour être un petit problème, est devenu une affaire d’Etat ce d’autant qu’à la suite des violences enregistrées, le pouvoir sénégalais tente de calmer le jeu. Parviendra-t-il à éteindre l’incendie ? La question reste posée surtout que la lame de fond semble avoir gagné d’autres universités à travers le pays. En tout cas, de la capacité du pouvoir de trouver une solution au problème soulevé par les étudiants, dépendra sa survie. Car, il faut le dire, le duo Diomaye Faye/Ousmane Sonko doit son accession au pouvoir à la jeunesse avec en grande partie les étudiants qui, on se rappelle, ont été le fer de lance de la contestation contre les velléités de l’ex-président Macky Sall de s’accrocher au pouvoir. Mais selon toute vraisemblance, l’heure est à la désillusion. Ce d’autant que les tenants actuels du pouvoir au Sénégal semblent avoir oublié ceux qui les ont propulsés là où ils sont aujourd’hui. Certes, on comprend les raisons invoquées par les autorités universitaires pour justifier les retards de paiements des bourses des étudiants. Mais la vérité est que, dans le fond, il se pose un problème de gouvernance dont le seul responsable n’est autre que l’Etat qui doit s’assumer pleinement. Surtout quand on sait que les retards de paiements des bourses des étudiants datent d’il y a très longtemps. A preuve, on se rappelle qu’en août 2014, un étudiant du nom de Bassirou Faye avait perdu la vie suite à des manifestations en lien avec le paiement des bourses. Il en a été de même en 2018, où un autre étudiant, Fallou Sène, a été tué dans les mêmes conditions. Ce dernier cas a été enregistré à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Si, plusieurs années après, le même problème perdure, il faut avoir le courage de reconnaître qu’il y a une forme de négligence qui ne dit pas son nom. En tout cas, une chose est sûre. On ne saurait exciper de la situation économique difficile du Sénégal pour justifier l’indolence des autorités face aux préoccupations des étudiants. En effet, pour avoir remporté la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), l’équipe nationale s’est vu gratifier de la rondelette somme de 3 milliards de F CFA. Et dans le même temps, chaque député s’est offert un véhicule flambant neuf à hauteur de 50 millions de F CFA.
Faye et Sonko gagneraient à faire toute la lumière sur les circonstances du décès de l’étudiant Ba
Comment peut-on espérer donc l’harmonie sociale dans un pays où les uns tirent le diable par la queue pendant que les autres roulent carrosse ? A l’analyse, on se rend bien compte que Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne font pas mieux que leurs prédécesseurs. On a même souvent l’impression que, pour eux, le pouvoir était une fin en soi ; tant ils donnent parfois l’impression d’être dépassés par les évènements. Et comme en politique, on voit derrière chaque action la main invisible d’un adversaire, le pouvoir sénégalais, comme il est de coutume, a vite fait d’accuser le défunt pouvoir de Macky Sall, d’instrumentaliser les étudiants. Info ou intox ? On ne saurait y répondre. Toujours est-il que comme on aime à le dire, gouverner, c’est prévoir. Et, la meilleure façon de déjouer le plan d’un adversaire, c’est de couper l’herbe sous ses pieds. Et cela passe par l’anticipation et non pas par l’agitation. Cela dit, il revient au président Bassirou Diomaye Faye et à son Premier ministre, Ousmane Sonko, de sortir de leur zone de confort pour affronter la réalité plutôt que de s’employer à chercher des boucs-émissaires à chaque situation qu’ils trouvent embarrassante. Aussi gagneraient-ils à faire toute la lumière sur les circonstances du décès de l’étudiant en 2e année de médecine à l’UCAD, qui a contribué à mettre le feu aux poudres. Car, si ce crime reste impuni, ce sera un encouragement aux forces de sécurité qui, presqu’à chaque descente sur un campus universitaire, tirent au déboulé sur les manifestants.
« Le Pays »
