DURCISSEMENT PAR L’UE, DES DEMANDES D’ASILE POUR LES RESSORTISSANTS D’EGYPTE, DU MAROC ET DE TUNISIE. :Une mesure qui crée la controverse
Décidé à protéger son espace géographique par tous les moyens, le parlement européen a adopté, le 10 février dernier, des textes visant à durcir la politique migratoire dans l’Union européenne (UE). Désormais, les ressortissants d’un certain nombre de pays considérés comme « sûrs » par Bruxelles, auront des possibilités limitées de demander l’asile dans l’espace communautaire. Dans cette short list de pays supposément clean, trois pays africains : le Maroc, l’Egypte et la Tunisie. L’objectif, pour l’UE, étant d’accélérer le traitement des demandes d’asile peu susceptibles d’aboutir dans ces pays qui, à ses yeux, ne sont pas en délicatesse avec les droits de l’Homme en termes de persécution, de risques de tortures ou de traitements inhumains.
L’UE cherche à protéger son espace, de l’invasion migratoire
Une décision lourde de conséquences pour les ressortissants de ces pays qui voient se compliquer, pour eux, les conditions de demande d’asile. Une mesure qui crée aussi la controverse, en ce qu’elle a provoqué un véritable tollé au niveau des organisations de défense des droits de l’Homme, au-delà même des frontières de ces pays. Lesquelles organisations trouvent non seulement à redire, mais aussi s’insurgent contre cette décision. En cause, les critères de classification qui restent sujets à caution. Mais aussi la liste où figure un pays comme la Tunisie où la situation des droits de l’Homme laisse beaucoup à désirer. Aussi bien pour les Tunisiens eux-mêmes, en particulier l’opposition qui fait l’objet de répression systématique, que pour les migrants qui sont traqués au quotidien et soumis à toutes sortes de violences, d’humiliations et de traitements dégradants. On se souvient encore des propos discriminatoires du président Kais Saïed à l’encontre des migrants clandestins accusés d’être à la base des malheurs de la Tunisie. Des propos qui avaient déclenché une vague de violences aveugles à l’encontre des ressortissants subsahariens. Ceci étant, on comprend que par ces mesures, l’UE cherche à protéger son espace de l’invasion migratoire. Mais attention à ne pas faire le jeu du dictateur ! Cela est d’autant plus vrai qu’en 2023 déjà, la même organisation européenne signait avec ce pays d’Afrique du Nord, un protocole d’accord lucratif pour le contrôle des frontières. Lequel visait à réduire les départs de demandeurs d’asile à partir des côtes tunisiennes. Deux ans et demi plus tard, il n’est donc pas étonnant de voir l’UE revenir à la charge en classant le pays de Kais Saeid parmi les pays dits « sûrs », pour mieux composer avec lui. Et ce, nonobstant les critiques et surtout les rapports accablants faisant état d’oppression politique, de violences policières et de restrictions des libertés et des droits fondamentaux des citoyens dans ce pays méditerranéen qui n’est pas le seul, sur la liste, à être dans le viseur des organisateurs de défense des droits humains. En tous les cas, la vague des migrants vers l’Europe, reste une préoccupation majeure pour Bruxelles.
La réprobation des organisations de défense des droits humains sonne comme une vive interpellation de l’UE
Et aux termes des nouveaux textes, l’UE veut se donner juridiquement la possibilité d’expulser des demandeurs d’asile vers des pays tiers, même si ces derniers n’y ont aucun lien d’attache, à condition que ces pays soient classés comme « sûrs » et acceptent d’accueillir ces indésirables sur le Vieux continent. Autant dire que cette classification est loin d’être anodine. Et que derrière ces nouvelles règles, il y a certainement des intérêts cachés. Mais les conséquences pour les ressortissants de ces pays, sont énormes, avec, d’une part, les risques de rejets automatiques de leurs demandes sans un examen approfondi, et d’autre part, de persécution d’opposants politiques qui n’auront aucun recours dans certains cas, si ces voix discordantes ne sont pas renvoyées en colis vivants à leurs bourreaux. Et que dire de tous ces réfugiés lambda qui apparaissent aujourd’hui comme autant de personnes vulnérables pouvant être expulsées du jour au lendemain, dans un pays tiers où ils n’auront pas la possibilité de bénéficier d’une protection efficace, ni d’accéder à des procédures d’asile équitables ? C’est dire si la réprobation des organisations de défense des droits humains, sonne comme une vive interpellation à l’endroit de l’UE. En tout état de cause, on attend de voir si, au regard de la clameur, l’UE sera amenée à revoir sa copie avant l’adoption définitive de ces nouvelles règles et leur mise en œuvre qui n’interviendra pas avant plusieurs mois.
« Le » Pays
