REPORT DES ELECTIONS LOCALES : Le Cameroun au rythme de papy Biya
S’adressant à la Nation à l’occasion de la 60e Journée de la jeunesse, le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, a annoncé, mardi soir, un « réajustement » du calendrier électoral pour les échéances qui auraient dû se tenir début février. Initialement prévues pour 2025, ces élections avaient déjà été reportées une fois, jusqu’au début de l’année 2026. Aucune nouvelle date n’a été fixée. Paul Biya a justifié ce report par « certaines contraintes impérieuses », tout en assurant que « les dispositions pertinentes des lois, et en particulier de la Constitution, seraient respectées ». Cependant, le discours du chef de l’Etat, comme les précédents, était pour l’essentiel constitué de propos déjà entendus et des engagements pris par le passé. En effet, la présidence de Paul Biya a toujours été marquée par des promesses de modernisation et de développement qui peinent à se concrétiser, malgré ses engagements récurrents. Si ce nouveau report qui survient dans un contexte marqué par l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement, après la présidentielle du 12 octobre 2025, n’a, pour l’instant, pas fait l’objet de réaction de la part de l’opposition, il n’en demeure pas moins que cette décision risque de créer une situation inédite au Cameroun : celle de l’expiration, de plus en plus, de mandats de députés et de conseillers municipaux.
Les Camerounais ont droit à de vraies élections, avec de véritables choix démocratiques
Cela est regrettable dans la mesure où, selon certains observateurs de la scène politique camerounaise, l’attitude de Biya et son clan, s’apparente à une tentative désespérée de s’accrocher, par tous les moyens, au pouvoir. En tout cas, le peuple camerounais ne mérite pas autant de mépris de la part d’un régime qui, depuis 1982, vit au rythme d’un pouvoir verrouillé, marqué par l’immobilisme, les violations des droits humains, la centralisation autoritaire et une élite politique vieillissante. En somme, un pays qui vit au rythme de Papy Biya. En tout état de cause, la longévité de Paul Biya est devenue moins une preuve de stabilité que le symptôme d’un blocage démocratique profond. A l’heure où l’Afrique connaît, ici et là, des chamboulements politiques, le Cameroun reste figé, comme pris dans l’étreinte d’une histoire qui refuse d’avancer. Les Camerounais méritent mieux qu’une campagne toujours axée sur la figure d’un homme dont la longévité dépasse désormais celle de nombreux monarques. Le temps est donc venu, pour le pays de Samuel Eto’o, de sortir du cycle des candidatures éternelles, de construire un Cameroun nouveau, capable d’inclure sa jeunesse, ses femmes, ses régions, et de repenser l’avenir, au lieu de toujours rester figé.
Seydou TRAORE
