HomeA la uneGESTION DES CRISES EN AFRIQUE : Que peut l’UA ?

GESTION DES CRISES EN AFRIQUE : Que peut l’UA ?


La 39e session de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), a refermé, après 48 heures de travaux, ses portes, le 15 février 2026 à Addis-Abeba, capitale éthiopienne qui abrite le siège de l’institution. Mais ce conclave n’a enregistré que la moitié de la cinquantaine des chefs d’Etat du continent. Une faible participation qui interroge. Désamour pour l’institution ? Manque d’intérêt pour le sommet ? Ou raison de calendrier ? Bien malin qui pourrait répondre à ces questions. Toujours est-il que cette 39e rencontre avait pour thème: “Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063”. Mais aussi pertinent qu’évocateur, ce thème a été, comme d’habitude, dominé par des sujets qui font plus l’actualité.

 

L’UA se montre incapable d’assurer elle-même son propre fonctionnement

 

En effet, se tenant dans un contexte géopolitique en pleine crise, le sommet s’est beaucoup plus penché sur des sujets qui troublent le sommeil de dirigeants africains comme le conflit en République démocratique du Congo (RDC), la guerre au Soudan, le terrorisme qui sévit au Sahel ou encore les dangers qui menacent le multilatéralisme. Si l’on peut saluer la volonté des têtes couronnées du continent, d’œuvrer à faire taire les armes, l’on ne peut s’empêcher de se poser les questions suivantes : que peut l’UA ? De quels moyens dispose l’organisation continentale pour mettre fin à ces différentes crises qui s’enlisent ? En effet, ce n’est un secret pour personne. L’UA se montre incapable d’assurer elle-même son propre fonctionnement. A preuve, même pour construire son propre siège, elle a eu besoin de recourir à des pays tiers. Comment une institution qui, pour réaliser le moindre projet d’envergure, tend la sébile, peut-elle résoudre de graves crises à l’échelle continentale? L’UA, on le sait, n’arrive pas à faire respecter ses propres décisions. Où est passée sa force en attente ? Créée en 2003 et opérationnalisée en 2016, pour parer à toute éventualité, cette force ressemble plus à un tigre en papier qu’à une véritable force unifiée. Cela est d’autant plus vrai que deux décennies après sa création, le bilan de cette force reste très mitigé. Car, elle n’existe véritablement que sur papier. Comment l’UA peut-elle, dans ces conditions, contraindre des belligérants surarmés à respecter ses décisions? En vérité, l’UA a perdu sa crédibilité tant et si bien qu’elle est incapable de taper du poing sur la table pour mettre au pas ceux qui rament à contre-courant de ses textes et ses décisions. Mais peut-il en être autrement quand on sait que parmi la cinquantaine de dirigeants africains, il y a très peu qui constituent des modèles ? C’est pourquoi l’on trouve que les propos virulents du président sortant de l’UA, Joao Lourenço, contre ce qu’il qualifie « d’élections qui blanchissent les coups d’Etat », risquent d’être comme de l’eau sur les plumes d’un canard. On est d’autant plus fondé à le penser que l’UA passe son temps à condamner les coups d’Etat militaires tout en fermant les yeux sur les coups d’Etat constitutionnels.

 

L’UA doit savoir se réinventer au risque de mourir de sa belle mort

 

Et ce n’est pas tout. Les jugements à géométrie variable de l’institution face à certaines crises, ont achevé de discréditer l’UA. Autant dire que l’organisation est victime de sa propre incurie. Et tant qu’elle n’aura pas le courage de se regarder dans la glace, elle fera du sur-place. Le péché originel de l’UA, c’est l’absence ou le non-respect de critères de convergence. Tant que les dirigeants du continent ne regarderont pas dans la même direction, ne parleront pas le même langage, il sera difficile, voire impossible de trouver des solutions durables aux maux qui minent le développement du continent.  En tout état de cause, si ce regroupement ne souhaite pas que les conclusions de ce 39e sommet dorment dans les tiroirs comme ceux des précédentes rencontres, il doit opérer, hic et nunc, des réformes majeures.  Dans un contexte où le multilatéralisme est mis à rude épreuve par la défense des intérêts des grandes puissances, l’UA doit savoir se réinventer au risque de mourir de sa belle mort. C’est dire si elle gagnerait à sortir des sentiers battus pour se donner les moyens de négocier d’égal à égal avec les autres grandes puissances.  Car, il est inconcevable que six décennies après les indépendances, fussent-elles formelles, l’Afrique soit toujours incapable de disponibiliser de l’eau potable pour ses populations et ce, en dépit des immenses ressources en eau dont regorge son sous-sol.

 

« Le Pays »

 


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