VISITE DU CHEF DE LA DIPLOMATIE FRANCAISE EN RCA :Un coup d’accélérateur au train de la coopération entre Paris et Bangui
Depuis le 12 mars dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est en visite officielle de deux jours à Bangui, la capitale centrafricaine, où il rencontrera le président Faustin Archange Touadéra. Ce déplacement intervient au lendemain de la visite du chef de l’Etat centrafricain à Moscou qui reste un partenaire sécuritaire de premier plan pour la RCA. C’est dire l’importance de cette visite qui vise à donner un coup d’accélérateur au train de la coopération entre Paris et Bangui. Et ce, dans un contexte de fragile réchauffement des relations entre les deux capitales dont les rapports s’étaient fortement dégradés entre 2020 et 2021 ; Paris ne voyant déjà pas, à l’époque, d’un bon œil, la présence du groupe paramilitaire russe Wagner en Centrafrique.
La France ne compte pas se laisser damer le pion en Afrique par ses concurrents
Une situation qui avait conduit à des tensions diplomatiques entre les deux pays, assorties de mesures de rétorsion de la France qui avait réduit sa coopération militaire et suspendu son aide budgétaire à ce traditionnel partenaire d’Afrique centrale. Toujours est-il qu’au plus fort de la crise diplomatique, entre accusations d’ingérence de la France par Bangui et dénonciation d’une campagne antifrançaise dans le pays, par Paris, ce n’était vraiment pas le parfait amour entre les deux pays aujourd’hui engagés dans une dynamique de normalisation et de renforcement de leurs relations. Et ce, à la faveur de la « feuille de route » tracée par les présidents des deux pays, en avril 2024. C’est dire si, au-delà de la symbolique, cette visite, qui est la première d’un diplomate français en RCA depuis maintenant sept ans, apparaît, pour Paris, comme une mission d’évaluation des progrès faits dans le rétablissement de ses relations avec un partenaire stratégique en Afrique. Et ce, dans un contexte où, au-delà de l’influence grandissante d’autres puissances comme la Russie par exemple, la montée du sentiment antifrançais qui s’est développé, ces dernières années, par endroits sur le continent noir, a entraîné un recul de l’ancienne puissance coloniale dans certaines contrées. Autant dire que Bangui valait bien un détour, pour le chef de la diplomatie française. C’est dire aussi si malgré les ressentiments dont elle a pu faire l’objet, la France est loin de jeter l’éponge et ne compte pas se laisser damer le pion en Afrique, par ses concurrents. Et tout porte à croire qu’à défaut de récupérer la place qui était la sienne dans ses relations avec certaines de ses anciennes colonies, elle veut rester présente. Et la Centrafrique est une belle illustration de cette volonté de Paris, de garder les pieds en Afrique. Quoi qu’il en soit, l’empressement de l’Elysée à féliciter le président Faustin Archange Touadéra pour sa réélection contestée à un troisième mandat acquis en décembre dernier dans les conditions que l’on sait, ne paraît pas innocent. Le poids des intérêts est sans nul doute passé par là, quand on sait que c’est ce qui guide généralement les pas des dirigeants des grandes nations. Et dans le cas de la visite du diplomate français, tout porte à croire que Paris est décidée à se donner les moyens de revenir en force en RCA.
La visite du patron du Quai d’Orsay en RCA, traduit la volonté des deux pays de tourner la page des tensions passées
De son côté, Bangui qui est dans une logique de diversification de ses partenaires, semble avoir opté de maintenir ses relations avec son ancien allié, tout en s’ouvrant à d’autres horizons. C’est dire si, de part et d’autre, des leçons ont pu être tirées pour le raffermissement de cette coopération qui s’annonce d’autant plus comme un nouveau départ, qu’en signe de volonté affirmée de son réengagement, la France avait accordé, en novembre 2024, un premier appui budgétaire à la Centrafrique pour soutenir ses finances publiques, avant de remettre le couvert en octobre 2025, par un second financement sous forme de prêt budgétaire. En tout état de cause, la visite du patron du Quai d’Orsay en RCA où il sera reçu par le président de la République, traduit la volonté des deux pays, de redynamiser un partenariat historique, et de tourner la page des tensions passées pour se projeter vers l’avenir. Elle marque aussi la volonté de Paris de redevenir un partenaire crédible pour un des pays africains devenu le symbole de l’influence grandissante de la Russie sur le continent noir. Et, entre projets de développement et diplomatie culturelle, l’agenda de Jean-Noël Barrot s’annonce plutôt chargé, en ce qu’il prévoit, entre autres, des visites à caractère social et scientifique, ainsi que des visites de sites financés par l’Agence française de développement (AFD). Une approche multidimensionnelle qui vise à reconstruire une image positive de la France auprès des populations centrafricaines.
« Le Pays »
