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AFFAIRE NKANDLA EN AFRIQUE DU SUD : Le rétropédalage suspect de Jacob Zuma  

 

L’affaire Nkandla ! Vous vous souvenez ? Il s’agit de l’un des plus gros scandales de ces dernières années, en Afrique du Sud. En effet, en 2014, la médiatrice de la République chargée de veiller sur la gestion des deniers publics, avait accusé le président Jacob Zuma d’avoir utilisé plus de 15 millions d’euros d’argent public à des fins personnelles, notamment pour rénover sa résidence privée, Nkandla. A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit au pays de Mandela, mais le président Zuma, visiblement cuirassé contre la critique, avait refusé de céder à la pression, soutenu en cela par son parti, l’ANC, majoritaire au Parlement, qui criait à qui voulait l’entendre que ces fonds publics ont été utilisés officiellement pour améliorer la sécurité de la résidence du chef de l’Etat. Mais comme le dit l’adage, « le mensonge a beau courir , la vérité finira toujours par le rattraper ». Car, à la surprise générale, Zuma qui faisait dans la dénégation, vient de prendre tout le monde de court, en annonçant qu’il était désormais prêt à rembourser une partie de l’argent public dépensé dans le cadre de la rénovation de sa résidence privée. Et ce n’est pas tout. Illico presto, Zuma demande au ministre des Finances et à l’auditeur général de se mettre d’accord sur la somme qu’il doit rembourser. Pourquoi une telle volte-face qui intervient deux ans après l’éclatement du scandale ? S’agit-il là d’une démarche dolosive ? Ou bien le président sud-africain cherche-t-il à gagner du temps ? Difficile d’y répondre. Toujours est-il qu’en prônant une solution à l’amiable, à une semaine de l’examen de l’affaire par la Cour constitutionnelle sud-africaine, Zuma cherche à couper l’herbe sous les pieds de la Justice de son pays. Craignant de perdre la bataille suite à la plainte contre lui déposée par les  deux principaux partis de l’opposition, le successeur de Thabo Mbeki a préféré faire contre mauvaise fortune bon cœur en reconnaissant aujourd’hui ce qu’il avait rejeté hier. Histoire de se mettre à l’abri d’une nouvelle humiliation, surtout que dans quelques jours, il prononcera son discours à la Nation devant un Parlement qui, s’il est vrai qu’il est dominé par le parti au pouvoir, n’en demeure pas moins hostile.

Le seul choix qui reste à Zuma, c’est de rembourser l’argent et de rendre son tablier

En effet, Zuma est conscient que le  truculent Julius Malema et ses camarades ne lui feront pas de quartier ; eux qui rejettent déjà la proposition du chef de l’Etat, estimant que l’action en justice doit aller jusqu’au bout. Pour eux, le président Zuma ne veut pas être jugé par la Justice de son pays dont il est le maître. C’est de bonne guerre. Car comme on le dit, « un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ». Dès lors, on comprend pourquoi,  en une semaine, Zuma avait procédé, sans autre forme de procès, au limogeage de ses deux ministres des Finances. Tout porte à croire qu’il voulait d’un homme acquis à sa cause et qui ne lui chercherait pas des noises quand, le moment venu, il proposerait de rembourser l’argent public utilisé pour la réfection de sa propre maison. Jacob Zuma achève de convaincre l’Afrique qu’il est incapable de chausser les bottes de son illustre aîné Nelson Mandela. Assurément, l’Afrique du Sud est aujourd’hui orpheline de ce dernier;  Jacob Zuma étant un petit président pour un si grand pays. Julius Malema a raison : le seul choix qui reste à présent à Zuma, c’est de rembourser l’argent indûment pompé des caisses de l’Etat et de rendre son tablier de président incapable et ripoux. L’histoire retiendra qu’au lieu de s’inscrire dans cette logique, il cherche pitoyablement à négocier son impunité. Et l’on n’est guère étonné que Zuma et certains de ses pairs du même acabit, s’emploient activement à vouloir liquider la Cour pénale internationale.

Boundi OUOBA

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