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ATTAQUE D’UNE PRISON ET ENLEVEMENT D’UN AMERICAIN AU NIGER : Sale temps pour Mahamadou Issoufou

 

Sale temps pour Mahamadou Issoufou. Ainsi, pourrait-on dire du président nigérien dont il ne semble plus faire l’ombre d’un doute que son pays est définitivement entré dans l’œil du cyclone djihadiste, au regard de la fréquence des attaques qu’il subit.  En effet, en l’espace de quelque huit mois, le pays a fait l’objet de plusieurs actes terroristes d’envergure. Entre autres, l’on peut citer l’attaque de Dolbel dans le Sud-Ouest, plus précisément dans la préfecture de Tera où trois gendarmes ont été tués en mi-mars dernier, à la veille du deuxième tour de la présidentielle qui a vu la réélection du président Issoufou pour un second mandat. Fin mai, c’est le village de Yébi à la frontière du Nigeria, qui subissait une deuxième attaque en l’espace de deux semaines, de la part de la secte islamiste Boko Haram, avec à la clé, une demi-douzaine de victimes civiles. En début juin, c’est trente-sept militaires nigériens qui périssaient à Bosso vers la frontière nigériane, dans une attaque massive des insurgés nigérians, attaque qui aura aussi fait une septantaine de blessés. Quelque deux semaines plus tard, soit en mi-juin, c’est l’école de la gendarmerie nationale à Niamey  qui était la cible d’assaillants non identifiés qui ont été mis en déroute, sans faire de mort ni de blessé parmi les forces de sécurité nigériennes.

Le pays de Mahamadou Issoufou est véritablement et de plain-pied dans la tourmente

Le 7 octobre dernier, vingt-deux soldats nigériens perdaient la vie dans l’attaque d’un camp de réfugiés à Tazalit, au Nord-Est de la capitale. La semaine dernière, c’est un humanitaire américain qui a été enlevé à Abalak dans le centre du pays, et amené au Nord-Mali, au cours d’une opération qui a laissé deux macchabées sur le carreau.  Au moment où les autorités de Niamey se démenaient encore comme de beaux diables pour remonter la piste des ravisseurs de l’Américain probablement enlevé par des éléments du MUJAO, le pays subissait un nouvel assaut de terroristes qui se sont attaqués, cette fois-ci, à une prison de haute sécurité située à Koutoukalé, à quelques encablures de la capitale nigérienne, dans le funeste dessein de libérer certains des leurs qui y étaient détenus. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pays de Mahamadou Issoufou est véritablement et de plain-pied dans la tourmente. Et les terroristes semblent avoir jeté leur dévolu sur ce pays, pour des raisons dont eux seuls détiennent véritablement  le secret. Toutefois, à y regarder de près, la vaste étendue de son territoire et sa proximité géographique avec des pays comme le Nigeria, la Libye et le Nord-Mali connus comme des bases sanctuarisées du terrorisme, ne semblent pas étrangères à cette situation. Pour en revenir à l’attaque de la prison de Koutoukalé, il faut dire que ce haut lieu de détention des prisonniers  les plus dangereux, abrite des éléments et des chefs djihadistes de la sous-région. C’est pourquoi la riposte des Forces de défense et de sécurité nigériennes qui ont réussi à repousser l’attaque, doit être plutôt rassurante pour les populations nigériennes. Pour autant, il est du devoir des autorités de doter les forces de défense et de sécurité de moyens conséquents, face à la multiplication des attaques. De même, chaque pays doit garder l’arme au pied en faisant preuve d’une vigilance assidue, face à un ennemi dont le mode opératoire se traduit bien souvent par l’effet de surprise. Cela dit, ce n’est pas la première fois qu’une prison fait l’objet d’attaque au pays de Seyni Kountché. En effet, le 30 octobre 2014, la prison de Ouallam, à 100 km au Nord de la capitale, avait été la cible d’un groupe armé qui avait réussi à libérer plusieurs détenus. De même, en juin 2013, la prison civile de Niamey avait subi les assauts d’un commando qui avait réussi à exfiltrer une vingtaine de terroristes dont des combattants de Boko Haram. Autant de faits qui amènent à s’interroger aujourd’hui sur la problématique de la détention des prisonniers djihadistes. Il est un fait que ce n’est pas du tout aisé d’assurer la surveillance de tels individus redoutables, qui sont davantage des colis encombrants. Même dans les grandes puissances, leur garde n’est pas chose aisée, a fortiori dans nos républiques faibles où les moyens font cruellement défaut. Sans compter tout ce qu’il y a d’exigences en matière de respect de la législation vis-à-vis de ces prisonniers de luxe, dans des pays qui se veulent des Etats de droit. Pour sûr, en dehors des informations que l’on pourrait éventuellement en tirer, beaucoup de citoyens lambda s’interrogent sur la nécessité de faire prisonniers, des individus hautement dangereux qui n’ont en plus aucun respect pour la vie d’autrui. Et dans les situations où l’on en vient à négocier avec eux ou à procéder à des échanges de prisonniers, nul doute que cela contribue à alimenter l’insatiable bête immonde qui n’a de cesse de se repaître du sang des innocents.

La prudence devrait recommander que les lieux de détention des prisonniers djihadistes soient tenus au secret

Pour autant, la solution de l’extrême est-elle la panacée ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que lorsque l’on observe les risques que prennent leurs camarades pour voler à leur secours en s’attaquant à des lieux hautement sécurisés comme le pénitencier de Koutoukalé, l’on a envie de croire que ces prisonniers constituent un danger pour leurs propres camarades, tant qu’ils sont entre les mains des autorités. Peut-être les préféreraient-ils eux-mêmes morts que de les savoir vivants et aux mains de  l’adversaire. Dans ces conditions, l’on peut être porté à croire que la capture d’un certain nombre d’entre eux a quelque peu ses côtés positifs. Encore faudrait-il pouvoir les contraindre à une certaine collaboration en vue du démantèlement de leurs réseaux. Quoi qu’il en soit, la prudence devrait recommander que les lieux de détention de ce genre de prisonniers, soient tenus au secret. De même, entre obligation d’informer et nécessité de discrétion, la presse dans son ensemble, devrait être plus regardante sur la façon de couvrir les événements qui concernent  les terroristes, pour éviter de faire quelque peu leur jeu, en leur offrant quelquefois sans le vouloir, la publicité qu’ils recherchent en menant des actions d’éclat. En tout état de cause, il appartient aux Etats de prendre les dispositions législatives nécessaires pour permettre aux FDS de mener à bien leur mission dans cette lutte contre un ennemi onctueux et difficilement saisissable. Ce qui fait dire à certains, qu’un terroriste inoffensif est un terroriste mort.

« Le Pays »

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