HomeA la uneBOLA AHMED TINUBU A LONDRES : Une visite aux enjeux multiples

BOLA AHMED TINUBU A LONDRES : Une visite aux enjeux multiples


Depuis le 17 mars dernier, le président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, est en séjour à Londres. Cette fois-ci, il n’y est pas pour une visite privée ou médicale comme c’est généralement le cas, mais dans le cadre d’une visite d’Etat. C’est une page qui se tourne. Car, cela fait près de 40 ans qu’un dirigeant nigérian ne s’était pas rendu au Royaume-Uni dans le cadre d’une visite officielle. Bien des prédécesseurs de Tinubu s’y sont rendus, mais n’ont jamais eu droit à un accueil digne de leur rang. Les raisons, on les connaît. Des tensions politico-diplomatiques, il y en a entre Abuja et Londres.

 

Au plan économique, le Nigeria n’est pas au mieux de sa forme

 

En témoignent les désaccords sur l’extradition de personnalités et des affaires judiciaires complexes comme, par exemple, la récente condamnation du Royaume-Uni par la Justice nigériane, pour des actes de corruption. Et ce n’est pas tout. Les politiques migratoires strictes mises en place par le Royaume-Uni autour des étudiants, ne rencontrent pas l’assentiment du Nigeria qui y compte une forte diaspora. Et pour ne rien arranger, Londres n’a jamais raté l’occasion de dénoncer la gouvernance du Nigeria, hérissant ainsi le poil des dirigeants de ce pays qui y voient une forme d’ingérence dans leurs affaires domestiques. Dès lors, on comprend pourquoi il s’était dressé un mur de glace entre Abuja et Londres, que Bola Ahmed Tinubu tente de briser, si ce n’est déjà fait. On se rappelle, en effet, que pour renforcer la coopération économique, migratoire et sécuritaire entre les deux capitales, ce dernier avait conclu un accord de partenariat avec le Premier ministre britannique. La visite d’Etat qu’il effectue à Londres, a donc pour objectif de procéder à la matérialisation de ce partenariat. On a donc envie de dire qu’il s’agit là d’une visite de raison. Car, en plus du souci d’aplanir des divergences de vues qui opposent son pays à l’ex-puissance coloniale, Tinubu, il faut le reconnaître, est à la recherche d’un second souffle. Au plan économique, le Nigeria n’est pas au mieux de sa forme. Il demeure un géant au pied d’argile ; tant son économie subit les contrecoups de la conjoncture mondiale. A preuve, les prix des carburants y ont déjà grimpé à la pompe et cela, suite à la guerre qui se mène au Moyen-Orient. Pourtant, le Nigeria est connu pour être un pays producteur de pétrole sur le continent africain. Ce qui fait dire à certains que le Nigeria est un pays des paradoxes où se jouent les contrebandes de tout genre, provoquant une crise économique structurelle aggravée parfois par la dévaluation de sa monnaie qu’est le naira. Tant et si bien que, connu pour être une puissance économique, le pays n’apparaît finalement que comme un tigre en papier. A preuve, le Nigeria, même pour la réalisation de ses infrastructures, sollicite l’aide de Londres. Mieux, il a déjà obtenu des prêts pour la réhabilitation de deux de ses ports. En réalité, si ses prédécesseurs, au nom du souverainisme, avaient tourné le dos à l’ancienne puissance coloniale, Bola Ahmed Tinubu, quant à lui, a préféré faire montre de réalisme en lui tendant la main.

 

Bola Ahmed Tinubu donne l’impression d’être à la peine

 

C’est un choix qu’il se doit d’assumer, pour autant qu’il souhaite relancer l’économie  mal en point de son pays, qui plus fait face à une grave crise sécuritaire liée au terrorisme et ce, depuis maintenant plus de deux décennies. En effet, pas plus tard qu’en début de semaine en cours, le Nigeria a enregistré plusieurs attaques terroristes qui ont laissé des dizaines de cadavres sur le carreau. A ces actions d’insurgés islamistes armés qui sèment la mort et désolation, s’ajoutent celles des groupes de bandits de tout acabit qui, conscients que les rapts nourrissent leurs auteurs à travers le paiement de rançons, sévissent régulièrement. Visiblement dépassé par les événements, Bola Ahmed Tinubu donne l’impression d’être à la peine. Si fait qu’il a inscrit la question sécuritaire à l’ordre du jour de son audience avec le Premier ministre Keir Starmer. Pour toutes ces raisons, Londres valait bien un détour, surtout au regard des tensions qui montent au sein de l’Eglise anglicane déchirée entre pro et anti-bénédiction des couples du même sexe, et divisée suite à la nomination d’une femme comme archevêque de Canterbury, chargée de jouer le rôle de chef spirituel de l’anglicanisme. Parmi les conservateurs africains en première ligne de ce combat, se comptent de nombreux Nigérians.

 

« Le Pays »


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