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CAN CAMEROUN 2021

Le coronavirus comme variable d’ajustement ?

 

Le coup d’envoi du plus grand et prestigieux tournoi sportif bisannuel du continent a été donné le  9 janvier 2022 dans l’enceinte du complexe sportif ultramoderne d’Olembé, dans la zone périurbaine de Yaoundé, la capitale du Cameroun. La 33è édition de la coupe d’Afrique des Nations, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, se déroulera jusqu’au 6 février et sera dispersée dans cinq villes du pays dans un contexte où le variant Omicron du coronavirus s’y répand comme un feu de forêt, et où les indépendantistes des régions anglophones menacent ouvertement de perturber le déroulement de la compétition à Limbé qui abrite le groupe F. Heureusement que ce contexte sanitaire et sécuritaire, quoique extrêmement préoccupant, n’est pas rédhibitoire, et les 24 équipes en lice vont se mesurer un mois durant dans six groupes différents, afin de trouver la meilleure d’entre elles qui va grappiller la première place et chiper  à l’Algérie sa couronne, au soir du 6 février prochain. En attendant donc l’épilogue de cette compétition, on a eu droit hier et comme de coutume, à une cérémonie d’ouverture riche en couleurs, en présence de tout ce que le Cameroun compte de gotha politique, intellectuel et footballistique. Après ce lever de rideau conclu par une grande clameur dans les travées du stade omnisport, le coup d’envoi de la première affiche du tournoi a été effectivement donné à 16h GMT, avec les Lions indomptables du Cameroun et les Etalons du Burkina Faso comme protagonistes. Un match d’ouverture qui réveille le souvenir de la CAN 98 jouée au Burkina Faso, et dont la première rencontre du tournoi avait opposé les deux pays qui étaient sur la pelouse hier après-midi. Le Cameroun, on s’en souvient, l’avait emporté au terme d’un match techniquement médiocre, par le score étriqué d’un but à zéro, but marqué en milieu de première période par Alphonse Tchami qui avait repris de plein fouet un centre excellemment brossé de l’insaisissable ailier gauche, Salomon Olembé.

C’est une entrée en matière réussie pour le pays organisateur

Les deux équipes s’étaient ensuite retrouvées à la CAN 2017 et s’étaient quittées dos à dos au terme d’un match de légende, avant que le sort ne les mette encore et pour la troisième fois aux prises, en match d’ouverture de cette CAN 2021. Même si les Lions indomptables avaient, avant le début de la rencontre, un léger avantage psychologique au regard des statistiques et compte tenu du bouillant public presqu’entièrement acquis à leur cause, ils ne s’en méfiaient pas moins de leurs adversaires du jour, d’autant que ces derniers restent invaincus depuis huit matchs officiels, et ont été récemment sans pitié face à l’équipe du Gabon à laquelle ils ont infligé une sévère correction lors de leur dernier match de préparation le 2 janvier dernier à Dubaï. Heureusement, ou malheureusement, c’est selon, les Etalons du Burkina Faso ont été à moitié décimés avant le début de la rencontre, cinq joueurs de champ et 3 membres du staff technique dont le sélectionneur ayant été mis à l’isolement pour avoir été testés positifs au coronavirus, dans des circonstances qui ne finissent pas de faire jaser au pays des Hommes intègres. La Fédération burkinabè de football s’est aussitôt fendue d’une lettre adressée à la Confédération africaine de football dans laquelle elle met en doute les résultats des tests et demande une contre-expertise, manifestement sans succès puisque la faîtière du foot africain a validé les examens réalisés selon elle par « un laboratoire médical international, indépendant et agréé ». Qu’à cela ne tienne, les porteurs réels ou supposés de l’infection virale ont été remplacés au pied levé, et les Burkinabè ont entamé la rencontre sur fond de suspicion et de désir de revanche dans un environnement hostile, et face à des adversaires gonflés à bloc par les ‘’youyous’’ et les ‘’vuvuzelas’’ de milliers de supporters en délire. Bien que beaucoup d’observateurs et de férus de foot redoutent l’utilisation abusive et malveillante du protocole sanitaire comme variable d’ajustement pour disqualifier les joueurs les plus percutants des équipes qui auront le malheur de croiser le pays organisateur en match de poule ou en élimination directe, cette 33e édition de la CAN pourrait nous réserver des surprises de taille, surtout quand on sait que beaucoup de formations regorgent de joueurs au sommet de leur art. L’équipe du Burkina, malgré le handicap de l’absence de certains de ses cadres a abordé la rencontre sans complexe et à ouvert le score à la 24e minute sur un superbe plat du pied de Gustavo Sangaré. Les coéquipiers de Bertrand Traoré se sont fait rejoindre au score à la 40e minute sur pénalty par le capitaine et feu follet de l’équipe camerounaise, Vincent Aboubakar, avant que ce dernier ne double la mise sur un autre coup de pied arrêté, juste avant la fin de la première période. En deuxième mi-temps, les deux équipes ont manifestement laissé leurs vertus offensives au vestiaire, et les deux gardiens de but ont passé 45 dernières minutes des plus tranquilles, en dehors du troisième but du virevoltant attaquant camerounais invalidé par la VAR, dans le dernier quart d’heure de la rencontre. C’est donc une entrée en matière réussie pour le pays organisateur, mais une douche froide pour les Etalons du Burkina qui devront galoper davantage pour gagner leur prochain match contre le Cap-Vert, s’ils veulent continuer leur parade équestre en terre camerounaise. C’est encore jouable, à condition que les poulains de Kamou Malo soient moins rugueux et plus inventifs au niveau de la défense, et que Bertrand Traoré et ses camarades de l’attaque soient plus incisifs face aux buts adverses. Au vu du match haletant que le Cap-Vert et l’Ethiopie ont livré la nuit dernière toujours à Yaoundé, on peut d’ores et déjà dire que la prochaine étape ne sera pas une partie de plaisir ni pour le Burkina ni pour le Cameroun, pourtant considérés comme grandissimes favoris de ce groupe A. En attendant les autres rencontres de cette poule, les Camerounais vont continuer à savourer cette victoire qui était loin d’être acquise, et la fête a d’ailleurs commencé dès le coup de sifflet final avec les tirs de feux d’artifice qui ont illuminé le ciel d’Olembé sous le regard admiratif de l’inamovible président de la République, Paul Barthélémy Biya.

 

                                                                      Hamadou GADIAGA

 

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