CAN MAROC 2025 : Une fin chaotique qui n’honore pas le football africain
Débutée en fanfare et dans la ferveur populaire le 21 décembre 2025, la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football a éteint ses lampions le 18 janvier 2026 au Maroc, sur une note chaotique qui n’honore pas le football africain. Pour tout dire, on a frôlé la catastrophe, voire l’incident footballistique, pour ne pas dire diplomatique, qui aurait mis dans l’embarras les organisateurs, avec une finale qui a failli ne pas se disputer jusqu’au bout. Les Sénégalais, s’estimant lésés par l’arbitrage, ayant décidé de quitter la pelouse pour rentrer dans les vestiaires, après un pénalty très contesté accordé au pays organisateur, le Maroc, dans les ultimes instants du match.
C’est un bien triste spectacle de violences anti-sportives, que l’Afrique a offert au monde
Il aura fallu la grandeur d’âme d’un Sadio Mané, légende vivante du football sénégalais, pour ramener ses coéquipiers sur le terrain, afin de permettre à la rencontre d’aller à son terme. Et ce, après de longues minutes d’arrêts de jeu pendant lesquelles la tension est montée de plusieurs crans, aussi bien sur la pelouse que dans les gradins où l’on a assisté à des bagarres et autres échauffourées entre supporters, et même dans la tribune de presse. C’est dire l’ambiance délétère dans laquelle s’est déroulée cette finale pourtant palpitante. Et pour en revenir au jeu, la suite a montré que bien en a pris aux Sénégalais de reprendre la partie puisque dans un rebondissement inattendu, le Maroc ratera son pénalty, ouvrant la voie à des prolongations. Certains y voient d’autant plus le signe d’une justice divine, que la suite de la rencontre a souri à Sadio Mané et ses camarades qui l’ont remportée au finish par le score étriqué d’un but à zéro, au terme d’une bataille épique et féroce entre Lions de la Teranga et Lions de l’Atlas qui ont fini la rencontre toutes griffes dehors. C’est dire si du suspense et des émotions, il y en a eu lors de cette finale qui aurait pu rester dans les annales comme l’une des plus intenses et des plus abouties, n’eût été l’environnement de fortes tensions sur fond de décisions arbitrales plutôt controversées. Toujours est-il qu’en lieu et place d’une fin en apothéose, c’est un bien triste spectacle de violences anti-sportives que l’Afrique a offert au monde en clôture de cette fête du football qui était partie pour marquer durablement et positivement les esprits, au regard de la qualité des infrastructures, mais aussi du spectacle dans une compétition où les favoris ont globalement tenu leurs rangs. Et cette finale qui opposait les deux meilleures équipes africaines du moment au classement FIFA (Fédération internationale de football et associations), était aussi inédite qu’elle représentait le must d’une compétition qui a battu des records d’audience cette année. Toute chose qui fait, si besoin en était encore, la preuve de son attractivité. Mais les démons de la violence et de la passion débordante ont surgi au mauvais moment. En cause : un arbitrage jugé parfois partisan, voire scandaleux, quand le pays organisateur n’était pas accusé, à tort ou à raison, d’être favorisé, tant on avait parfois l’impression que tout était mis en œuvre pour son couronnement.
Cette compétition a enregistré beaucoup de plaintes et suscité de nombreuses polémiques
A l’heure du bilan, les tristes événements de cette finale sonnent comme une interpellation pour la CAF (Confédération africaine de football). En particulier son président, Dr Patrice Motsepe dont l’arrivée, en 2021, à la tête de l’instance sportive panafricaine, avait suscité les espoirs de renouveau et d’impulsion d’une nouvelle dynamique visant à tirer le football africain vers les sommets. Mais cinq ans plus tard, force est de constater que le football africain cherche encore ses marques, même si des progrès ont certes été enregistrés. Et certaines décisions interrogent, comme par exemple, celle de la périodicité de la CAN qui passera, dès 2028, de deux à quatre ans. En tout état de cause, en tant qu’organisatrice du tournoi, la CAF porte quelque part la responsabilité de ce qui est arrivé. Et ce tournoi risque d’autant plus de laisser des traces qu’au-delà du pays organisateur, cette compétition a enregistré beaucoup de plaintes et suscité de nombreuses polémiques. Non seulement au niveau de l’arbitrage qui reste la plaie du football africain, mais aussi de la VAR dont l’utilisation semblait à géométrie variable. Au niveau des supporters, il faut déplorer le manque de fair-play de certains. Toute chose qui a contribué à polluer l’atmosphère de cette finale et de la compétition dans son ensemble. Au bout du compte, si ce tournoi au Royaume chérifien a été globalement une réussite sur le plan organisationnel, son dénouement laisse un goût plutôt amer à de nombreux amoureux du football pour qui les valeurs de fair-play, d’équité et de probité sportives qui font la force de ce sport, sont en décrépitude constante si elles ne sont pas bafouées. D’où la nécessité d’une introspection individuelle et collective au niveau des instances dirigeantes du football africain pour redresser la barre là où il le faut, si l’on veut que la CAN continue, à intervalles réguliers, d’être cet espace de communion et de fraternité entre les peuples du continent noir.
« Le Pays »
