HomeA la uneCHUTE VERTIGINEUSE DU PRIX DU CACAO EN COTE D’IVOIRE :Une page est-elle en train de se tourner ?

CHUTE VERTIGINEUSE DU PRIX DU CACAO EN COTE D’IVOIRE :Une page est-elle en train de se tourner ?


57% ! C’est le pourcentage de la chute du prix du cacao qui est passé de 2 800 F CFA le kilogramme à 1 200 F CFA pour la campagne intermédiaire de commercialisation en cours en Côte d’Ivoire.  L’annonce a été faite le 4 mars dernier par le ministre ivoirien de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse tenue dans la capitale économique, Abidjan. Une nouvelle qui tombe comme un coup de massue sur la tête des producteurs ivoiriens. Des producteurs aujourd’hui désemparés et dont la joie a été d’autant plus de courte durée, qu’à l’entame de la campagne 2025-2026, en octobre dernier, le président Alassane Ouattara avait annoncé des prix bord champ, qui culminaient au montant record de 2 800 F CFA le kilogramme pour le cacao, et 1 700 F CFA pour le café.

 

La filière cacao est aujourd’hui en grande difficulté

 

Une revalorisation significative des tarifs de ces produits, qui avait été accueillie dans l’enthousiasme et l’allégresse par les producteurs. Et qui traduisait un engagement fort du gouvernement, à soutenir une filière vitale pour l’économie ivoirienne, dans un contexte de forte instabilité des marchés internationaux. Mais moins de six mois après cette annonce, c’est la grande désillusion pour les producteurs ivoiriens qui, entre dettes liées aux crédits d’achat des engrais et autres insecticides nécessaires à la production, et retards d’enlèvement et de paiement de leurs productions, ploient sous le poids des difficultés énormes en se trouvant privés de leurs revenus essentiels. Signe qu’autrefois fleuron de l’économie ivoirienne, la filière cacao est aujourd’hui en grande difficulté, du fait de l’instabilité et de la volatilité des cours mondiaux. En tout cas, c’est à son corps défendant que le gouvernement ivoirien a fait cette annonce, dans un contexte où l’avenir de la filière cacao ne manque pas d’interroger. Et l’on peut d’autant plus se poser la question de savoir si une page est en train de se tourner, que de l’avis d’experts, cette chute vertigineuse des prix du cacao s’explique en partie par la baisse de la demande. Une diminution qui intervient dans un contexte où au-delà de l’offre excédentaire sur le marché mondial en raison de récoltes abondantes, les industriels du cacao et du chocolat ont développé d’autres alternatives pour être moins dépendants tout en restant concurrentiels, en remplaçant, par exemple, des produits comme le beurre de cacao par d’autres matières grasses. Autant dire que c’est une situation liée à la conjoncture internationale et qui est largement indépendante de la volonté des autorités ivoiriennes. Qu’elle est donc loin, l’époque où feu le président Félix Houphouët Boigny, le père de la Nation ivoirienne, exhortait ses compatriotes à investir dans les plantations de cacao. Un secteur clé de l’économie ivoirienne dont l’agriculture, comme il se plaisait à le dire, était le moteur. Toute chose qui lui a permis de réaliser ce qu’on a appelé plus tard le « miracle ivoirien », avec une approche axée sur l’exploitation des richesses agricoles. Aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la lagune Ebrié. Et avec des difficultés qui ne cessent de s’amonceler telles des tuiles sur la tête des producteurs, le planteur ivoirien n’est plus ce qu’il était.

 

C’est toute la filière qui a besoin d’être repensée

 

La question qui se pose, à présent, est la suivante : quelle politique les autorités d’Abidjan adopteront-elles pour s’adapter à la situation et maintenir à flot une filière stratégique qui ne génère pas moins de 40% des recettes d’exportation du pays qui, soit dit en passant, est le leader mondial du cacao ? La question est d’autant plus fondée que malgré leur position dominante dans la production mondiale du cacao et la qualité de leurs produits, la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux pays voisins d’Afrique de l’Ouest reconnus pour être les plus grands producteurs mondiaux, peinent à imposer leur prix sur le marché mondial. Et ce, dans un contexte où le rapport de forces entre les producteurs et les multinationales de cacao, penche invariablement en faveur des dernières citées, depuis des décennies. Comment peut-il en être autrement quand l’essentiel de la production est destiné à l’exportation, sans grande capacité d’absorption à l’interne, par la transformation qui aurait pu donner une plus-value beaucoup plus substantielle à ces produits ? Et au-delà de cette grande dépendance du marché extérieur, force est de reconnaître que ces pays ouest-africains sont aujourd’hui confrontés à des défis structurels qui menacent la pérennité du secteur.  Au nombre de ces défis, les aléas climatiques, mais aussi la déforestation qui a entraîné la disparition d’une grande partie des forêts ivoiriennes. Et dans tout cela, c’est le pauvre planteur qui se bat en tant qu’un maillon essentiel de la chaîne, qui se trouve à être le dindon d’une vilaine farce qui l’empêche de tirer profit du fruit de son labeur. Au-delà, c’est toute la filière qui a besoin d’être repensée, dans un contexte d’instabilité continue du marché mondial.

 

« Le Pays »    

 

 


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