A la uneDialogue intérieur

COMPILATION DES RESULTATS DU DOUBLE SCRUTIN AU BURKINA

La CENI doit se ressaisir

On avait des raisons de craindre des attaques terroristes et dans une moindre mesure, de possibles affrontements entre militants de partis rivaux. Mais de tout cela, il n’en a rien été. Car, c’est plutôt un vote dans le calme qu’il a été donné de voir lors du double scrutin législatif et présidentiel du 22 novembre dernier au Burkina Faso, après une campagne tout aussi apaisée et globalement empreinte de cordialité, malgré l’enjeu. C’est le lieu de faire une mention spéciale aux Forces de défense et de sécurité qui ont su admirablement mouiller… le treillis en veillant au grain, quand on sait la menace des forces du mal qui planait sur ces élections.  Cela dit, le hic sera venu de là où on l’attendait le moins, c’est-à-dire des couacs et autres difficultés logistiques et organisationnelles qui sont venus quelque peu ternir l’image d’une élection qui était pourtant bien partie pour être une des références en Afrique, eu égard au fair-play unanimement salué des acteurs politiques durant la campagne.

 

Le Burkina n’a pas besoin d’une crise post-électorale

 

La faute à une Commission électorale qui semble avoir été débordée au dernier moment et qui est pointée du doigt pour les nombreux manquements constatés ça et là, allant, entre autres, de la difficulté, pour des électeurs, de retrouver leurs bureaux de vote à l’ouverture très tardive de certains bureaux en passant par le mélange, par endroits, de spécimen de vote quand ce ne sont pas d’autres documents électoraux comme les PV, qui faisaient défaut. Un véritable capharnaüm qui est d’autant plus incompréhensible que l’institution dirigée par Newton Ahmed Barry, affichait son optimisme et avait donné, bien avant la tenue des scrutins, des gages de sérénité qui laissaient croire qu’elle était effectivement « techniquement et matériellement prête » à relever le défi de ces élections  couplées. C’est pourquoi la CENI doit se ressaisir pour rectifier autant que faire se peut le tir en cette phase de compilation des résultats, qui est aussi extrêmement importante, pour ne pas mettre en cause la crédibilité des résultats qu’elle va proclamer. C’est dire si après avoir quelque peu raté le coche sur le plan organisationnel, la CENI n’a plus droit à l’erreur. Elle doit revoir sa copie. Aussi veut-on bien croire qu’elle s’entourera de toutes les garanties de transparence nécessaires pour ne pas laisser planer le doute. En tout cas, il lui appartient de ne pas prêter le flanc. Il y va de l’intérêt de tous. D’autant que l’on ose espérer que les difficultés organisationnelles du vote, pour autant qu’elles ne fussent pas d’une extrême gravité, ne serviront pas de prétexte à certains pour remettre en cause la sincérité du vote. Le Burkina n’a pas besoin d’une crise post-électorale. C’est pourquoi il importe de prendre le temps qu’il faut pour mettre tous les atouts de son côté, avant toute proclamation des résultats. D’autant que le Chef de file de l’opposition (CFOP), Zéphirin Diabré, avait déjà clairement annoncé la couleur en disant que le Burkina n’est pas tenu de battre des records de vitesse en matière de proclamation des résultats et que l’opposition n’accepterait pas des résultats proclamés dans la précipitation.

 

Le Burkina donne l’impression de n’avoir pas capitalisé l’expérience de 2015

 

Après les ratés du vote, la CENI sait qu’elle marche désormais sur des œufs. C’est pourquoi elle serait bien inspirée de faire dans la prudence en prenant en compte les observations du CFOP.  Dans cet ordre d’idée, l’ouverture des opérations de dépouillement aux représentants des partis politiques et pourquoi pas à des électeurs lambda que l’on a pu constater par endroits,  devrait pouvoir contribuer à rassurer  les acteurs sur la fiabilité des résultats. C’est en cela que la CENI pourrait se racheter en menant à bon terme cette phase de compilation des résultats dans la transparence, pour lever toute suspicion. En tout état de cause, aucune élection n’est parfaite mais le plus important est de ne pas tomber dans les travers du passé. Au contraire, il faudrait travailler à consolider les acquis pour mieux avancer. C’est pourquoi on peut regretter que le Burkina donne l’impression de n’avoir pas capitalisé l’expérience de 2015 qui a été unanimement saluée bien au-delà des frontières nationales, pour mieux asseoir sa notoriété sur un continent où la question électorale demeure encore, à bien des égards, un sujet hautement sensible en termes de menace pour la paix sociale. Par conséquent, au sortir de ces consultations populaires, l’institution en charge de l’organisation des élections devrait pouvoir se remettre en cause et travailler, dès à présent, à corriger les erreurs, en vue des scrutins à venir.  A commencer par les municipales de l’année prochaine qui ne manqueront pas de déchainer encore les passions.  Cela dit, en attendant les chiffres officiels, les premières tendances ne semblent pas montrer une mobilisation particulière des Burkinabè dans les urnes, à l’occasion de ce scrutin couplé dont le verdict ne manque pourtant pas  d’intérêt pour les Burkinabè. Si les questions sécuritaires a priori, et les difficultés organisationnelles subsidiairement, peuvent être des justificatifs tous trouvés, il convient de se demander si cette situation ne traduit pas aussi une certaine désaffection des populations vis-à-vis de la chose politique.

 

« Le Pays »

 

 

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer