HomeA la uneCRISE DU LOGEMENT AU BURKINA : Des OSC crient leur ras-le-bol dans la rue

CRISE DU LOGEMENT AU BURKINA : Des OSC crient leur ras-le-bol dans la rue


 

La crise du logement a poussé les organisations de la société civile, la coalition des associations pour la défense du droit au logement et bien d’autres structures associatives dans la rue, le 5 avril 2018, à Ouagadougou. Une marche-meeting à laquelle ont pris part une foultitude d’hommes et de femmes, des zones non loties notamment. Ce rassemblement a été l’occasion, pour les marcheurs, de dénoncer la crise du logement et d’exiger de l’Etat, sa résolution de façon générale et particulièrement dans la ville de Ouagadougou et ses environs.

 Il fallait bien comprendre le mooré ce 5 avril à la Bourse du travail, pour mieux capter la substance du message des « marcheurs » qui ont battu le pavé pour dénoncer la crise du logement au Burkina et exiger sa résolution. Après deux reports, cette marche-meeting qui a mobilisé beaucoup d’habitants des zones non loties, des associations comme la Coalition des Associations pour la Défense du Droit au Logement (CADDL), la Coalition nationale de lutte Contre la Vie Chère (CCVC), la Coordination des Comités de Défense et d’approfondissement des Acquis de l’Insurrection populaire (CDAIP) et le Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), est, de l’avis du Secrétaire général de la CADDL, Pama Nébié, un signal fort de leur détermination à prendre leurs responsabilités, que les « organisations démocratiques, patriotiques et révolutionnaires » envoient « au pouvoir du MPP et de ses alliés d’hier et d’aujourd’hui». Une première étape d’une série d’activités  que ces organisations citées  vont entreprendre jusqu’à la satisfaction totale de leur plateforme revendicative, selon le SG du CADDL.  Pour lui, «en prenant activement part aux luttes qui ont conduit à l’insurrection de fin octobre et début novembre  2014 et en contribuant activement à la résistance victorieuse au putsch de mi-septembre 2015, les populations avaient l’espoir que la justice serait enfin faite sur les lotissements catastrophiques passés, marqués par les vols et détournements en bandes organisées par des maires, des conseillers municipaux, des puissants du pouvoir dont les mêmes sont toujours et encore là ». Ces populations, a poursuivi le SG Pama Nébié, ont espéré que « les voleurs de parcelles et d’espaces verts allaient être jugés et sanctionnés et leur butin retiré et remis aux propriétaires légitimes que sont les populations résidentes des différentes zones », que «le pillage du foncier par les sociétés immobilières prendrait fin et que (enfin) la majorité du peuple constitué de petits commerçants, de vendeuses de légumes, de tisseuses, de marchands ambulants, de maçons, de soudeurs, de mécaniciens, d’agriculteurs et d’éleveurs, de chômeurs et de travailleurs du privé et du public allaient être pris en compte dans les politiques de logement et avoir  accès à des logements décents à prix abordables » et que « les coûts des loyers et matériaux de construction seraient régulés pour alléger la cherté de la vie des gens du peuple ». Mais le sort réservé  aux populations sur cette question du foncier, de l’avis du SG Pama Nébié, n’est pas enviable. Et pour cause. Au lieu d’apurer le « lourd passif foncier », c’est-à-dire faire des audits sérieux avec la participation des populations via leurs organisations de lutte et retirer les parcelles et espaces volés pour les rétrocéder aux populations dépossédées, le gouvernement s’adonne à la diversion, selon lui. Seul un vrai travail d’investigations sur le terrain, avec l’implication des populations, permettra de comprendre  le nombre de parcelles volées et détournées dans les quartiers et d’identifier les auteurs  de ces vols, selon le SG de la Coalition des associations pour la défense du droit au logement. Et de rappeler, à titre d’exemple, qu’entre 500 et 2000 parcelles ont été détournées par  des maires de communes et d’arrondissements à Ouaga et à Bobo, selon le rapport d’enquête parlementaire sur le foncier d’octobre 2016. Une remarque de taille, selon les marcheurs : c’est aux sociétés immobilières que le gouvernement aurait confié la tâche d’expropriation des populations urbaines et rurales de leurs terres, selon les mots de Pama Nébié. Cela, parce qu’en dépit de la suspension des lotissements depuis 2011, des sociétés immobilières s’accaparent en toute liberté des terres des périphéries des grandes villes comme Ouaga et Bobo, selon lui. La CADDL a aussi déploré ce qu’elle a appelé « des cadeaux fiscaux faits par l’Etat aux sociétés immobilières », en ce sens que, selon elle, ces sociétés ne paient pas de droits de douane ni de TVA depuis 2009, au prétexte qu’elles construisent des logements sociaux. Une inacceptable escroquerie, selon elle, dans la mesure où les logements produits sont à des coûts inaccessibles pour la grande majorité des populations ne disposant pas de moyens pour se construire elles-mêmes des logements.

Le ministre Bonanet annonce l’accélération du processus de résolution de la crise du logement

Le logement décent est un droit pour tous les fils et filles du Burkina, selon les marcheurs. Raison pour laquelle ils ont appelé le gouvernement à construire des logements sociaux adaptés aux moyens de la majorité des populations. Que dire de ceux qui ont dénoncé, la veille, cette marche-meeting, comme Seydou Traoré du Mouvement de solidarité pour le droit au logement ? Pour la coalition des associations qui ont participé à la marche-meeting, Seydou Traoré est « un nomade dans le milieu associatif, qui ne vit pas dans une zone non lotie et collabore avec l’autorité pour ses intérêts ». Battant le pavé jusqu’au pool de bâtiments administratifs près de l’aéroport de Ouagadougou où est logé le ministère de l’Urbanisme et de l’habitat, les marcheurs sont allés exprimer leur ras-le-bol au ministre Dieudonné Maurice Bonanet qui les a rassurés qu’une suite sera donnée à leurs réclamations. Le ministre de l’Urbanisme et de l’habitat a, en réaction, remercié les organisateurs de la marche pour « la bonne tenue de la manifestation » qui est autorisée, dans la mesure où nous sommes dans « un Etat de droit ». Il a confié que dans le cadre du dialogue social, la question du logement, celle des lotissements et de l’aménagement ont fait l’objet d’échanges avec les OSC. Son ministère, a-t-il dit, a un ambitieux programme de logement et la question du lotissement et des aménagements est un aspect important du programme présidentiel, à l’entendre. Il a fait comprendre que le processus concernant ces différentes questions est déjà en cours et que le ministère va l’accélérer. L’exemple de Gaoua est, à son avis, un exemple de logements sociaux dont les coûts ont baissé jusqu’à 3 500 000 F CFA. A propos des zones non loties, Dieudonné Maurice Bonanet a confié que des échanges ont  commencé avec les conseillers municipaux et se poursuivront sur le terrain avec les populations. Pour lui, le rapport de la commission d’enquête parlementaire (sur le foncier) a été remis au Premier ministre vendredi dernier, et sera bientôt adopté en conseil des ministres. Les préoccupations des marcheurs seront examinées avec l’ensemble des acteurs comme les populations, les OSC, les collectivités locales, à l’entendre.  Il a rassuré les marcheurs en leur confiant que les autorités sont dans le même axe qu’eux sur la question du logement, l’axe de la résolution des préoccupations. Pour ce faire, le ministre a souhaité l’appui des OSC représentatives  avec qui les autorités vont travailler.

 Lonsani SANOGO

 


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