DES CHEFS D’ETAT AFRICAINS A L’ELYSEE : Le jeu des intérêts
La semaine en cours est très chargée pour le président français, Emmanuel Macron. En effet, en l’espace de 48 heures, il aura reçu trois dirigeants africains. Il s’agit, pour ne pas les nommer, du colonel Michael Randrianirina de Madagascar, d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) de la Côte d’Ivoire et de Félix Tshisékedi de la République démocratique du Congo (RDC). Pourquoi un tel ballet diplomatique à l’Elysée dans un contexte où le monde entier connaît de grands bouleversements ? C’est la question que les uns et les autres se posent, convaincus que le jeu des intérêts y est pour quelque chose.
Le dirigeant malgache cherche à montrer qu’il est à équidistance de Paris et Moscou
A preuve, le dirigeant malgache entame sa visite en France après un séjour en Russie où il a échangé avec le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, qui lui a, à l’occasion, envoyé un avion spécial. Ce rapprochement entre la Grande Ile et la Russie a provoqué une véritable levée de boucliers ; d’aucuns estimant que le maître de « Tana » a grillé la politesse à la France à qui il devait sa première visite officielle en tant qu’ex-puissance coloniale. Dès lors, on comprend pourquoi à peine est-il rentré de Moscou que le président Randrianirina a repris son bâton de pèlerin pour Paris et ce, pour « une visite de travail ». Si ce n’est pas de l’équilibrisme diplomatique, cela y ressemble fort ; tant on a l’impression que le dirigeant malgache cherche à montrer qu’il est à équidistance de Paris et Moscou. Il en a le droit. Car, en matière de relations internationales, la diversification des partenaires a cela d’avantageux qu’elle permet aux uns et aux autres d’en tirer le meilleur profit. Du reste, si avec la Russie, le colonel Randrianirina a parlé de défense et de sécurité, il en va autrement pour la France avec laquelle les discussions ont porté sur « l’accompagnement de la transition et l’aide humanitaire après le passage sur l’île, de cyclones dévastateurs ». C’est dire si, après Moscou, Paris méritait bien aussi une escale et ce, au regard des enjeux politiques et socio-économiques en jeu. A cela s’ajoute le fait que Paris et Antananarivo entretiennent des relations séculaires très étroites que le colonel, à défaut de les renforcer, ne souhaite pas briser ou fragiliser. C’est un choix souverain qu’il assume devant l’Histoire. Il en est de même pour le président ivoirien ADO qui, en dépit du ressentiment anti-français qui monte dans certains pays africains, a fait le choix de maintenir des relations privilégiées avec Paris où il se rend régulièrement. A preuve, il y séjourne depuis le 14 février dernier pour des raisons qui n’ont pas été communiquées, avant d’être reçu, hier, par son homologue français Emmanuel Macron. Sans doute fut-ce l’occasion pour ce dernier, de réitérer ses félicitations à ADO dont le pays vient de sortir d’un cycle électoral ayant consacré la victoire du Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir. La crise sécuritaire qui prévaut dans la sous-région ouest-africaine, n’a pas été occultée ; la Côte d’Ivoire ayant parfois subi des incursions meurtrières.
La France ne peut pas tourner le dos à l’Afrique
La France étant le premier investisseur et un partenaire économique majeur de la Côte d’Ivoire, les deux chefs d’Etat ont aussi évoqué les questions bilatérales. C’est dire si, à travers cette nouvelle visite d’ADO en France, Paris et Abidjan, tout en regardant dans la même direction, poursuivent leur lune de miel. En tout cas, la France ne peut pas tourner le dos à l’Afrique. Elle y a des intérêts à défendre. A preuve, le président Macron, après la journée surbookée d’hier, reçoit aujourd’hui le président congolais Félix Tshisékedi. Certes, on le sait, la crise sécuritaire qui prévaut dans la partie orientale de la RDC, sera au cœur des échanges entre les deux personnalités. Mais force est de reconnaître que les richesses minières du pays de Tshisékedi, suscitent la convoitise des Occidentaux qui cherchent leur part du gâteau ; certains, pour mieux pêcher en eaux troubles, n’hésitant pas à souffler sur des braises.
« Le Pays »
