DEVELOPPEMENT DU FOOTBALL NATIONAL : Il faut des réformes courageuses et ambitieuses
Le constat est patent et fait froid dans le dos. Les stades de football au Burkina Faso sont désespérément vides. Du championnat national de première division à la deuxième division, en passant par la Coupe du Faso et même les compétitions féminines, le résultat est le même : le douzième homme manque cruellement à l’appel. Il est de ces matchs du Fasofoot Ligue 1, qui est pourtant l’élite du football burkinabè, où il est difficile de trouver, ne serait-ce qu’une vingtaine de supporters et ce, en dépit d’une entrée libre et gracieusement offerte. Il y a certains matchs même qui se jouent uniquement entre les deux équipes et leurs staffs techniques respectifs, sans supporters. C’est la triste image que renvoient la plupart des compétitions nationales de football dans notre pays. Même si, il faut le reconnaître, il existe quelques exceptions, avec des villes comme Bobo-Dioulasso ou encore Banfora, où les gens font l’effort de se rendre au stade pour soutenir les équipes. Mais le constat général fait ressortir un manque d’engouement qui traduit un désintérêt progressif pour le football local. Et franchement, ce n’est pas fortuit. Le football, faut-il le relever, est une véritable passion pour ses amateurs. Et ces derniers vont au stade pour voir du spectacle, pour y vivre des émotions fortes. Mais la vérité est que lorsqu’on se rend dans nos stades pour assister aux matchs du championnat, on reste sur sa soif.
Notre football est en perte de vitesse
Le spectacle qui y est offert, n’emballe pas. Si fait que les amoureux du ballon rond préfèrent se délecter, chaque week-end, des championnats européens qui sont à un niveau nettement supérieur et qui offrent plus de sensations et de vibrations. Notre football est en perte de vitesse et son niveau actuel a clairement régressé. Il faut l’admettre. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir la quasi- absence de joueurs locaux en équipe nationale A. Par exemple, sur la dernière liste concoctée par le sélectionneur national pour les deux matchs des éliminatoires du Mondial 2026, il n’y avait qu’un seul joueur évoluant dans le championnat national. C’est très peu, et cela en dit long sur le faible niveau de nos clubs. Et cette situation doit interpeller les autorités du football national qui doivent davantage mouiller le maillot pour inverser la tendance. On le sait, des efforts sont déjà consentis en faveur du sport-roi dans notre pays. On peut, par exemple, noter la subvention accordée aux clubs, qui permet à nombre d’entre eux de continuer à fonctionner, une médiatisation de plus en plus poussée du championnat national avec la retransmission en direct des matchs sur la chaîne nationale. Mais de gros défis restent toujours à relever. Il s’agit notamment de la cruciale question des infrastructures sportives qui font clairement défaut. Nul besoin de rappeler que notre pays, depuis 2021, ne dispose pas de stade répondant aux normes internationales. Les matchs, pour la plupart, se jouent sur des terrains synthétiques, dans des conditions météorologiques totalement défavorables. Difficile donc pour un joueur d’exploiter tout son potentiel dans de telles conditions. En plus du déficit infrastructurel qui, lui seul, constitue déjà un handicap majeur pour le rayonnement de notre football, il y a aussi le manque de moyens, notamment financiers. En effet, nos clubs, dans leur grande majorité, tirent le diable par la queue ; les sponsors et mécènes se faisant de plus en plus rares. Cette situation est fortement handicapante pour les clubs qui se démènent comme ils peuvent pour survivre. Les joueurs, en plus d’avoir des salaires de misère, sont aussi confrontés, pour certains, à des arriérés de paiements. Quel avenir pour un football où les acteurs vivent difficilement de leur métier? C’est une question qui doit faire réfléchir les uns et les autres et les amener surtout à penser des politiques courageuses et ambitieuses pour développer véritablement notre football.
«Sidzabda»