A la uneSur la braise

FEU VERT DU CONSEIL D’ETAT FRANÇAIS POUR L’EXTRADITION DE FRANÇOIS COMPAORE  

Les carottes sont presque cuites pour le « petit président »

Les mâchoires de l’étau judiciaire sont en train de se resserrer petit à petit autour de François Compaoré, mis en cause dans l’affaire Norbert Zongo pour « incitation à assassinat », par la Justice burkinabè. Son pourvoi contre  son extradition vers le Burkina Faso, autorisée par un décret du gouvernement français datant du 21 février 2020, a été, en effet, rejeté vendredi dernier par la plus haute juridiction de la France, mettant un terme au bras de fer qu’il a engagé contre la Justice française, depuis qu’il a été alpagué à l’aéroport parisien de Roissy Charles De Gaulle, le 29 octobre 2017, sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par la Justice de son pays. Ses avocats qui multiplient les procédures depuis lors pour contester ce mandat, n’entendent pas baisser les bras pour autant, et ont  saisi en urgence la Cour européenne des droits de l’Homme afin que leur client ne soit pas immédiatement renvoyé vers le Burkina Faso, décrit comme un pays politiquement instable, presqu’au bord du collapse et « dans lequel la Justice est complètement délabrée ». Des arguments aériens qui risquent d’être battus en brèche par la Cour européenne en raison du caractère manifestement apolitique de la demande d’extradition, et des garanties suffisamment fournies par le Burkina Faso par rapport à la sécurité du « petit président» comme le surnomment ses compatriotes, une fois qu’il sera de retour au pays. Pour autant, le recours introduit auprès de la Cour européenne ne sera probablement pas le dernier épisode de cette longue série, François Compaoré et ses avocats pouvant encore attaquer au fond la décision de la Justice française de le livrer pieds et poings liés à son pays.

 

François Compaoré oublie   qu’en quittant précipitamment le palais de Kosyam, lui et son président de frère n’ont pas tiré la chasse

 

Certes, les choses peuvent aller très vite et le frère cadet de Blaise Compaoré peut se retrouver devant le juge burkinabè plus tôt que lui-même ne l’imagine. Mais on est encore théoriquement loin de la fin du feuilleton avec cette possibilité que l’ultime décision dans cette saga judiciaire, soit rendue en 2026. Une éventualité qui fait naturellement bondir tous ceux qui ont toujours en mémoire ces images apocalyptiques dignes d’un film d’épouvante montrant les corps de Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune calcinés, dans une voiture elle-même en pleine consumation, le 13 décembre 1998, à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. Ceux qui se battent depuis vingt-trois ans pour que l’autodafé de Sapouy ne reste pas un crime impuni, vont certainement piquer une crise d’urticaire à l’idée de voir François Compaoré bénéficier pour des années encore, d’un  sursis à exécution du feu vert pour son extradition, et se demandent pourquoi ce dernier continue de faire feu de tout bois pour éviter de donner sa version des faits au juge burkinabè.  Il y a certainement chez lui la peur d’être broyé par ce qu’il estime être l’arbitraire d’une machine judiciaire aux ordres, d’autant qu’il a été innocenté en 2006 par la même Justice burkinabè, et le dossier classé sans suite. En clair, il pourrait penser qu’une scénographie judiciaire a été préparée par des acteurs de la société civile qui nourrissent d’obscurs desseins pour lui et pour son clan, et par ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir, qui espèrent obtenir son extradition et sa condamnation pour renforcer leur oligopole politique. François Compaoré oublie sans doute qu’en quittant précipitamment le palais de Kosyam en octobre 2014, lui et son président de frère n’ont pas tiré la chasse, et que des dossiers sales et emblématiques comme celui de Norbert Zongo dans lequel il serait impliqué, n’ont jamais été vidés de façon transparente. S’il s’agit d’une cabale judiciaire et s’il est innocent comme lui et ses avocats  le clament, alors pourquoi tant de gesticulations et de fébrilité à chaque fois que sa comparution devant le juge est rendue possible ? Pour ses détracteurs, ce n’est ni plus ni moins qu’une forme d’aveu de culpabilité, et celui dont les mauvaises langues disent qu’il ne mérite même pas d’être jeté dans les bonnes poubelles de l’histoire du Burkina, peut croire que les pirouettes et la stratégie de l’évitement peuvent le mettre in fine à l’abri de la justice des Hommes, mais la justice immanente réputée être impartiale, implacable et incontournable lui sera, si elle ne l’est déjà, appliquée dans toute sa rigueur s’il était reconnu coupable, comme le disait de façon prémonitoire la défunte mère de Norbert Zongo. Pour ce faire, il devrait plutôt penser à décharger sa conscience.

 

Hamadou GADIAGA

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer