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FPI-GOR/FPI LEGAL

Au-delà du rapprochement, il faut désarmer les cœurs

Les deux branches du Front populaire ivoirien (FPI) sont visiblement à la manœuvre pour se rapprocher avec probablement en ligne de mire, l’établissement des listes communes pour les élections législatives de mars prochain dont le coup d’envoi pour le dépôt des candidatures, a été donné lundi dernier. L’un des temps forts de cette tentative de rapprochement, est la visite dite de « solidarité et de compassion » rendue par le FPI-Gbagbo ou rien (GOR), au président du FPI-légal, Pascal Affi N’Guessan qui a recouvré tout dernièrement la liberté après, l’on imagine, un éprouvant séjour à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). La question que l’on peut se poser face à ces lignes qui semblent bouger dans le camp de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo dont les démêlées judiciaires avec la Cour pénale internationale (CPI) n’ont pas encore pris fin, est la suivante : qu’est-ce qui contraint les frères ennemis à vouloir enfin enterrer la hache de guerre et fumer enfin le calumet de la paix ?

 

Les leaders des deux tendances ont compris qu’ils ont intérêt à vivre en bonne intelligence

 

Les premiers pas vers la réconciliation opérés par les leaders des deux tendances du FPI, peuvent s’expliquer d’abord par les efforts personnels de l’ex-pensionnaire de la prison de La Haye, de recoller les lambeaux de son parti au moment où se dessine de plus en plus clairement l’éventualité de son retour au bercail après plusieurs années d’exil passées dans les rets de l’institution présidée par Fatou Bensouda. Du reste, les rivalités entre les deux challengers qui se sont disputés pendant longtemps l’héritage de Laurent Gbagbo, deviennent sans objet et doivent donc logiquement s’estomper avec l’éventuel retour du père-fondateur du parti qui dispose à la fois de l’aura et de la légitimité historique pour reprendre ce qu’il avait été contraint autrefois d’abandonner. L’autre raison de ce rapprochement est sans nul doute l’incarcération de Pascal Affi N’Guessan qui aura appris à ses dépens que le président Alassane Dramane Ouattara que l’on soupçonne de l’avoir utilisé pour affaiblir le FPI, n’est pas un allié fiable. Et c’est n’est pas Guillaume Soro, l’ex-président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui contraint de raser les murs ou Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire/Rassemblement Démocratique Africain (PDCI/RDA) qui a divorcé, à son corps défendant, d’avec le Rassemblement des Houphouétistes pour le Démocratie et la paix (RHDP), qui diront le contraire. C’est donc comme le dit le proverbe « la pluie qui ramène le vieux bouc à la maison ». Enfin, la dernière explication possible de cette tentative de rapprochement, est que les leaders des deux tendances ont compris, après que l’opposition ivoirienne s’est fait laminer à la dernière élection présidentielle, qu’ils ont intérêt à vivre en bonne intelligence pour survivre au lieu de s’accrocher chacun à son ego au risque de périr. « Quand la pluie vous bat, il faut éviter de se battre soi-même », dit la sagesse populaire. Mais, quelles que soient les raisons de la fin de la mésentente entre les deux frères ennemis, l’on doit se féliciter du retour des brebis égarées dans l’enclos car c’est non seulement du tout bénef pour le FPI, mais c’est aussi un important gain pour la démocratie ivoirienne.

 

 

Gageons que les acteurs politiques ivoiriens ont appris de leurs erreurs

 

D’abord, pour le FPI, l’union faisant la force, l’on peut espérer que le parti va reprendre toutes ses couleurs et constituer le troisième pied de l’escabeau ivoirien qui paraissait quelque peu bancal. Ensuite, ce rapprochement va surtout mettre fin au dilemme des militants et sympathisants du parti qui ne savaient plus dans quel camp se ranger face à cette guerre fratricide. Et l’on peut espérer que la fin de cette confusion à la veille des élections législatives, aura son pesant d’or dans les urnes. Pour la démocratie ivoirienne, l’éventuelle réunification du FPI lui permettra de jouer les troisièmes larrons ou d’arbitrer le conflit entre les héritiers du père-fondateur de la patrie, feu Félix Houphouët Boigny, qui se disputent la scène politique ivoirienne juste pour des questions de positionnement plutôt que sur des projets de société qui peuvent faire avancer le pays. Et puis, l’opposition ivoirienne, avec ce remariage de raison annoncé, pourra reprendre du souffle après sa bérézina à l’élection présidentielle. Et c’est tant mieux pour la vitalité démocratique de la Côte d’Ivoire avec une opposition qui peut véritablement jouer son rôle de contre-pouvoir.  Cela dit, tout cela peut rester de vains espoirs si au-delà du rapprochement politique, les cœurs ne sont pas véritablement désarmés. On s’acheminerait vers une rencontre avec des poignards dissimulés dans le dos avec des risques que les agapes se transforment en orgies sanglantes. Il faut donc une réconciliation sincère et véritable pour présenter un front uni face aux adversaires qui voient d’un mauvais œil, la réunification de la maison FPI. Ils sont encore nombreux, en effet, les Ivoiriens qui, faute d’une vraie dynamique de réconciliation nationale impulsée par le régime du président ADO, apprécient très mal la résurrection du FPI après les horreurs de la crise post-électorale qui a vu l’éviction de Laurent Gbagbo du pouvoir. Pour eux, le FPI réunifié et revigoré, constitue une menace pour la paix et la stabilité politique en Côte d’Ivoire. Mais gageons que les acteurs politiques ivoiriens ont appris de leurs erreurs et que les populations ont aussi gagné suffisamment en maturité pour ne pas se laisser embarquer à nouveau sur des sentiers jonchés de ronces, par des vendeurs d’illusions.

 

« Le Pays »

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