HomeA la uneFRAPPES ISRAELO-AMERICAINES SUR L’IRAN :Jusqu’où ira l’escalade ?

FRAPPES ISRAELO-AMERICAINES SUR L’IRAN :Jusqu’où ira l’escalade ?


Après des semaines d’escalade verbale, de menaces calibrées et de déclarations à géométrie variable, Donald Trump a franchi le Rubicon, samedi dernier, en visant ouvertement un changement de régime à Téhéran, pour prétendument débarrasser le monde d’un pouvoir jugé tyrannique et anachronique. Les opérations menées conjointement avec Israël, à cet effet, ont consisté à frapper des installations militaires et des centres de commandement stratégiques iraniens. Le bilan, dès le premier jour du déclenchement du conflit, est catastrophique pour la République islamique, puisque les missiles de croisière lancés depuis des destroyers et autres bâtiments de guerre positionnés dans la mer d’Oman et le Golfe arabo-persique, ont été fatals au Guide iranien Ali Khamenei ainsi qu’à plusieurs hauts responsables du régime.

 

Les répercussions de cette montée des périls au Moyen-Orient, pourraient être globales dans les prochains jours

 

L’annonce de la mort du Guide suprême qui marque un tournant d’une gravité exceptionnelle et qui bouleverse profondément l’équation politique à Téhéran, a déclenché une réaction immédiate des forces iraniennes, qui ont tiré des centaines de missiles balistiques visant les positions américaines dans le Golfe et touchant plusieurs cibles en Israël ainsi que des bases alliées dans la région. L’élimination du centre de gravité institutionnel du pouvoir iranien, fragilise certes le pouvoir des Mollahs, mais ne garantit pas pour autant son effondrement. Elle peut plutôt provoquer une recomposition accélérée autour des Gardiens de la révolution, une radicalisation accrue ou une lutte interne pour la succession, avec des conséquences imprévisibles.  L’illusion d’une opération « propre », rapide et maîtrisée relève dès lors, d’un pari périlleux dans un Moyen-Orient où chaque intervention extérieure a produit des effets secondaires incontrôlables. Si du côté de Washington et de Tel-Aviv, on a accueilli avec soulagement, la mort de la figure centrale et tutélaire du régime iranien, rien n’indique que cet assassinat ne deviendra pas le mythe fondateur d’une nouvelle séquence révolutionnaire sous une autre forme mais avec la même ossature. Les répercussions de cette montée des périls au Moyen-Orient, pourraient être globales dans les prochains jours, avec une riposte élargie du pilier militaire du régime via des frappes indirectes, des actions contre des intérêts occidentaux ou une activation des réseaux alliés au Liban, au Yémen ou en Irak.  Les conséquences économiques d’un embrasement général seront immédiates et mondiales, quand on sait que l’Iran contrôle le détroit d’Ormuz, qui est l’un des verrous énergétiques majeurs de la planète. Une moindre perturbation du trafic pétrolier sur cette importante voie maritime, provoquerait, en effet, une flambée des cours du brut, et alimenterait ainsi inflation, tensions sociales et instabilité politique bien au-delà du Moyen-Orient.

 

 

Il ne reste plus aux Africains, qu’à espérer que cette guerre sera éclair

 

C’est surtout le continent africain qui paierait le prix le plus élevé, d’autant que la hausse des prix du pétrole alourdirait les déficits budgétaires de la majorité des pays qui dépendent fortement des importations de l’or noir, renchérirait le coût des transports et des denrées de base et accentuerait ipso facto la pression sociale sur les gouvernements. Dans des Etats déjà confrontés à l’endettement et à l’insécurité alimentaire, un tel choc externe pourrait raviver des tensions internes. Par ailleurs, la reconfiguration des alliances internationales après la chute possible du régime iranien, pourrait détourner l’attention diplomatique et financière des partenaires traditionnels du continent, au moment même où plusieurs régions africaines font face à leurs propres crises sécuritaires.   Il ne reste plus aux Africains, qu’à espérer que cette guerre sera éclair, surtout qu’il n’y a personne pour jouer les intermédiaires entre les protagonistes et pour freiner cette spirale de la violence. L’ONU, qui est conçue pour préserver la paix, est, cette fois-ci encore, réduite au rôle de spectatrice d’un monde qui est en train de s’embraser. La mécanique diplomatique continue certes de tourner, mais elle n’en fera pas davantage ; l’ONU ne disposant pas de levier coercitif réel face aux Etats-Unis et à leurs alliés, alors que les missiles sont en train de répondre aux bombes presque partout au Moyen-Orient. Cette incapacité à freiner l’escalade, nourrit la crainte d’un scénario de chaos à la libyenne : implosion politique, fragmentation du territoire, milices concurrentes, circulation accrue d’armes et de combattants, crise humanitaire durable. L’histoire récente du Moyen-Orient et du Maghreb rappelle qu’abattre un régime ne suffit pas à bâtir un ordre. Dans le vide laissé par la chute d’un pouvoir, ce sont souvent le désordre et la violence qui prospèrent. Espérons qu’il n’en sera pas ainsi pour l’Iran.

 

« Le Pays »


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