HomeA la uneGRENIER FRAIS DE L’INNOVATEUR SILVERE SALGA : 10 ans après, ce que l’on sait de l’avancée du projet  

GRENIER FRAIS DE L’INNOVATEUR SILVERE SALGA : 10 ans après, ce que l’on sait de l’avancée du projet  


Silvère Salga, jeune inventeur burkinabè, a mis en place depuis 10 ans, la chambre froide solaire multifonctionnelle Klymax Z1000, appelée aussi le « grenier frais ». Après avoir obtenu le brevet de l’OAPI (Organisation africaine de la propreté intellectuelle) en 2017 du proto-type réalisé, où en est-on avec cette innovation ? Nous sommes allés à sa rencontre le 26 février 2026, à son cabinet, sis à Ouaga 2000. Zoom sur cette technologie qui a poussé ses toutes premières dents.

                                                                                                                                                    

22 millions de F CFA ont été engloutis dans la réalisation du prototype grande nature de ce grenier frais avec une capacité de stockage de 15 tonnes. Inauguré officiellement le 2 octobre 2018, il a été entièrement financé par les prix que Silvère Salga dit avoir remportés au plan national grâce à cette découverte.  10 ans après, l’on peut dire que les choses ont bougé. Car, à l’heure actuelle, cette technologie qui est alimentée par l’énergie solaire est déjà vulgarisée même si cela est visible à petite échelle.  L’impact est certes pour le moment léger. Mais l’évènement est important pour être relevé au regard des insuccès liés au passage d’un prototype à un produit commercial sous nos cieux.  Le problème que veut résoudre Silvère Salga à travers ce concept, c’est la déperdition dans la production agro-sylvo pastoral. Il compte à travers ce projet, conserver les produits périssables, et ce grâce à ce système de froid. Une dizaine au moins, affirme-t-il, de ces greniers frais sont installés, notamment au marché du secteur 7 de la ville de Kaya, à Fada-N’Gourma et Ouagadougou.

 

« On voulait que les collectivités territoriales équipent leurs marchés »

 

Un techno Park, en miniature pour mettre en musique le condensé de technologie que nécessite l’invention a vu le jour et ce, en attendant l’installation d’une usine. Laquelle usine devrait permettre une production de masse afin de réduire les coûts de production et in fine réduire le prix d’accès à ces chambres froides. Des installations qui ont été faites à l’initiative d’acteurs du privé et d’institutions internationales. Cependant, les progrès réalisés sont en deçà de son espérance, regrette-t-il. « On avait voulu que cette innovation soit prise en compte dans un programme gouvernemental. Demander à chaque femme de faire installer une chambre froide, c’est presque impossible. On voulait que les collectivités territoriales équipent leurs marchés et les zones de production de ces greniers frais solaires », souhaite -t-il.  Des coopératives peuvent être soutenues pour installer ces chambres froides, propose-t-il. « Cela fait plus de 10 ans que je fais ce plaidoyer. Les acteurs des filières viande, poisson, et produits vivriers, souffrent énormément pour la conservation de leurs produits. Il y a donc beaucoup de pertes. L’idée est de mettre en place cette chambre froide communautaire pour permettre à chaque acteur de conserver ses produits tout en donnant une réponse à la question de l’énergie car le froid consomme beaucoup d’énergie », dit-il.

 

Des vertes et des pas mures, il dit en avoir connu avec ce projet

 

Le modèle économique qu’il promeut, c’est l’accompagnement des partenaires comme des organisations non gouvernementales et l’Etat afin de faciliter la mise en œuvre d’une telle vision. « Dans l’option produire et vendre, ce n’est pas sûr d’atteindre notre cible. Déjà, il y a un certain nombre d’acteurs du privé qui s’en ont procuré. Mon objectif, c’est d’atteindre un niveau où il n’y a pas de marchés ni de zones de production sans ce grenier frais », laisse-t-il apprécier.  Cette approche énergie solaire, dont le processus a été suivi par l’Institut national des sciences appliquées et de technologie (INSAT), peut être vulgarisée dans les campagnes afin d’être plus proches des zones de productions vivrières, fruits et légumes, animales et halieutiques. Et même dans la chaîne sanitaire, la conservation des vaccins et autres consommables médicaux peuvent y trouver des réponses. « Le grenier frais de Kaya est toujours fonctionnel. Cela a été installé au profit des femmes des fruits et légumes avec l’accompagnent d’un partenaire. C’est vraiment ce modèle que j’encourage », déclare-t-il. Des vertes et des pas mûres, il dit en avoir connu avec ce projet.  Des partenaires qui lui ont fait traverser des périodes difficiles et qui sont toujours d’actualité, déplore-t-il. « On s’est retrouvé des fois à être exploité par certains partenaires. Ils ont pris nos données et ont attribué des marchés à des gens qui n’ont pas de brevet. Ce qui fait que cela n’encourage pas les inventeurs », fulmine-t-il.

 

Pour la production en masse de sa technologie, pas de souci à se faire

 

Dans ce contexte où la volonté politique semble s’afficher pour une sécurité alimentaire, l’innovation de ce jeune ne pouvait en rêver mieux. Sa vision, c’est de mettre en place une usine afin de résoudre le problème de la fabrication de masse pour une meilleure vulgarisation de la technologie. « Tant qu’on ne va pas résoudre le problème de la chaîne de conservation, cela restera le talon d’Achille de notre chaîne alimentaire. On produit beaucoup avec l’offensive agricole. La chambre froide est un élément clé dans la valorisation de la chaîne de valeur », propose-t-il.  Il souhaite que les innovateurs soient davantage valorisés pour ne pas, à l’entendre, décourager les innovateurs. Pour la production en masse de sa technologie, pas de souci à se faire, il affirme en être capable au regard de son expérience et des atouts qu’il a.

 

Boureima KINDO

 

 


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