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INVESTITURE DE MOHAMED BAZOUM SUR FOND DE BRUITS DE BOTTES

La démocratie a triomphé

C’est aujourd’hui 2 avril 2021, que le nouveau président du Niger, Mohamed Bazoum, prête serment à  Niamey. Pour un événement historique, c’en est un. En effet, c’est la première fois dans l’histoire du pays, qu’un président élu démocratiquement succède à un président démocratiquement élu également. Et l’on doit cette dévolution démocratique du pouvoir et cette alternance au sommet de l’Etat du Niger, à un certain Mahamadou Issoufou. Et dans cette Afrique où bien des dirigeants n’ont pas pu résister à la tentation du 3e mandat, le comportement du président sortant nigérien mérite d’être mis en lumière avec l’espoir qu’il inspirera les présidents en activité qui seraient tentés de s’inscrire  à l’école de Yoweri Museveni, de Denis Sassou Nguesso, de Idriss Deby Itno, de Faure Gnassingbé ou encore d’Alpha Condé. Et l’on en oublie. Le Niger peut donc légitimement célébrer l’événement. Cela dit, Mohamed Bazoum prend officiellement les rênes du pouvoir dans un contexte où le Niger traverse des moments très difficiles. Et les mots choisis pour le dire, relèvent pratiquement de l’euphémisme. De ce point de vue, Mohamed Bazoum risque fort de ne pas bénéficier d’une période de grâce, tant les défis qu’il doit relever sont immenses comme le désert du Ténéré, et pressants. Le premier d’entre eux, est, sans conteste, celui de la sécurité. En effet, le Niger, dans sa partie ouest-frontalière du Mali et du Burkina, est régulièrement attaqué par des groupes terroristes affiliés à Al Qaida et à l’Etat islamique. Et comme si cela ne suffisait pas pour son malheur, le groupe nigérian Boko Haram s’est invité dans sa partie est-frontalière du Nigeria où il sème fréquemment la mort et la désolation.

 

La tentative de coup d’Etat pourrait être l’une des conséquences de ce climat politique délétère

 

 La pacification de ces deux fronts se pose donc comme un préalable à toute action de  développement dans ces zones meurtries du pays, où la misère des populations est ambiante.  Et comme si les terroristes s’étaient concertés pour souhaiter, à leur façon, la bienvenue à Mohamed Bazoum, les attaques contre les civils se sont multipliées ces derniers temps. La dernière de ces attaques de grande ampleur, a eu lieu le 21 mars dernier dans la région de Tahoua, faisant 141 morts. Le deuxième grand défi pressant que Bazoum doit relever, est celui du développement du Niger.  En effet, le Niger compte parmi les pays les plus pauvres de la planète. Et le moindre effort qui est fait dans le sens du développement, est vite annihilé par le fort taux de natalité du pays. A titre d’illustration, chaque femme nigérienne fait entre 6 à 10 enfants. La tâche du président philosophe marxisant s’avère difficile dans ce pays où les pesanteurs socio-culturelles exercent encore une forte influence sur les populations. Une des conséquences du sous-développement du Niger, est le chômage endémique et structurel auquel les jeunes sont en proie. Bazoum doit faire de la résolution de ce fléau, un prérequis au traitement de la question terroriste. Sans cela, toute action d’éradication du terrorisme s’apparenterait au tonneau des Danaïdes. Le troisième défi est lié à la situation socio-politique du Niger. En effet, le pays aujourd’hui est secoué par une grave crise politique qui tire ses origines du processus électoral qui a vu la victoire de Mohamed Bazoum. Et la fronde est entretenue par le candidat malheureux, Mahamane Ousmane. En effet, ce dernier conteste toujours les résultats du scrutin et a appelé l’Opposition à ne pas siéger à l’Assemblée et l’armée à ne plus respecter les ordres donnés par Mohamed Bazoum. La tentative de coup d’Etat que le pays vient de connaître, pourrait être l’une des conséquences de ce climat politique délétère. En tout cas, ce triste événement est suffisamment révélateur du fait que nos démocraties sont encore fragiles. D’où la nécessité de travailler chaque jour que Dieu fait, à leur consolidation. Et cela passe par la mise en place d’institutions fortes comme le suggérait Barack Obama. En tout cas, le fait que le Niger ait pu organiser la cérémonie d’investiture du nouveau président élu, et cela après que le pays a été secoué par un coup d’Etat, est la preuve que c’est la démocratie qui a triomphé de toutes ces forces rétrogrades qui rêvent de renouer le Niger à l’arbitraire.

 

Pousdem PICKOU

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